Bilan

Alexandre Bonvin: «Les mœurs changent»

Le jeune Valaisan, propriétaire du sex-shop en ligne KissKiss.ch et de huit entreprises, tokénise son capital. En pleine crise du Covid, son groupe a continué d’investir dans des sociétés suisses.

L’entrepreneur passionné de motos veut offrir «la possibilité à tout un chacun d’investir dans des entreprises non cotées en bourse».

Crédits: Syedrik Nemeth

S’il est une ressource dont Alexandre Bonvin ne manque pas, c’est bien d’audace. Le jeune Valaisan l’a prouvé souvent, par exemple en se lançant dans la vente en ligne d’objets érotiques ou en choisissant de tokéniser l’intégralité de ses parts dans son groupe. Un groupe qu’il a d’ailleurs baptisé Audacia.

Cet entrepreneur de 27 ans ne manque pas non plus d’ambition. Son but est de devenir le pôle de référence en matière d’e-commerce et de marketing digital en Suisse. Il y voit même un plus grand potentiel que l’immobilier, secteur qui a fait la réussite de son père, le Valaisan Stéphane Bonvin, fondateur et propriétaire d’Investis Real Estate Group, dont la fortune est estimée par Bilan à plus d’un milliard de francs. «Il est plus facile de faire du business dans l’e-commerce que dans l’immobilier», estime Alexandre Bonvin qui possède déjà huit entreprises. Ses sociétés, regroupées sous la holding Audacia, livrent dans 20 pays et comptabilisent 1,2 million de clients.

Son aventure entrepreneuriale débute en 2018 lorsqu’il rachète le sex-shop en ligne KissKiss.ch, actif depuis 2009 en Suisse. Originaire de Lens, le jeune homme a auparavant étudié à Londres et travaillé quelques mois pour le compte de son père. «J’adorais la finance, je me voyais déjà dans une grande banque à Londres. Mais j’ai trouvé, par la suite, que l’e-commerce était plus intéressant et que la qualité de vie était bien meilleure en Valais que dans une grande ville internationale.» Il rentre dès lors en Valais, s’installe à Crans-Montana, et recherche des «pépites» à acquérir dans l’e-commerce. On lui propose alors le rachat de KissKiss.ch.

Alexandre Bonvin remarque un potentiel de développement dans le secteur des sex-toys «car les mœurs changent. J’ai découvert que la majorité des clients étaient des femmes entre 25 et 35 ans.» C’est ainsi l’occasion pour le jeune homme de se lancer à son compte. Aujourd’hui, le site enregistre entre 1500 et 2000 commandes par jour avec un panier moyen d’environ 100 francs. Offrant 9500 références, de la lingerie aux sex-toys en passant par les préservatifs, la plateforme aurait d’ailleurs explosé durant la période de confinement (lire l’encadré).

L’année suivante, l’entrepreneur reprend deux sociétés existantes depuis une dizaine d’années en Suisse: stickerkid.ch et stickeryeti.ch. Alors que la première propose des étiquettes et autocollants personnalisables pour les privés, la seconde réalise des étiquettes pour des entreprises parmi lesquelles Google, le CERN ou encore l’EPFL. Avec la vente de milliers de stickers par an et une croissance de 100% par an, la plateforme ambitionne de s’exporter.

Voyance et bougies en ligne

En 2020, le groupe a fait l’acquisition de deux portails de voyance en ligne: le leader romand idealvoyance.ch et son pendant germanophone manticus.ch. Les deux plateformes réunissent des centaines «d’experts», cartomanciens, astrologues et autres coachs de vie spirituelle proposant leurs prophéties. Outre ces deux sites, Audacia a lancé kandle.ch, qui vend des bougies en ligne. A terme, Alexandre Bonvin souhaite créer une plateforme de vente de crèmes solaires.

Audacia stocke ses produits dans la zone industrielle de Sion. (Crédits: Kiss Kiss)

C’est dans la zone industrielle de Sion que se trouvent les bureaux – stockage inclus – de 3000 m2 du groupe Audacia qui emploie une cinquantaine de collaborateurs pour un chiffre d’affaires qui s’est établi à 36 millions de francs en 2020, soit en croissance de 100% par rapport à l’année précédente. Au rez-de-chaussée du bâtiment nouvellement acquis, les employés peuvent s’adonner au fitness, au flipper et même à la cryothérapie. «Je la pratique tous les matins pour être en forme», explique l’entrepreneur passionné de motos. En effet, un peu partout sont exposées des Harley-Davidson ultrabriquées, dont une est même électrique.

A l’étage, on retrouve un studio d’enregistrement où l’homme d’affaires réalise blogs et podcasts sur des sujets autour de l’actualité et de la finance. Un domaine qui le passionne toujours autant puisqu’il a décidé de tokéniser l’intégralité des parts du groupe, en partenariat avec Taurus Group. Audacia devient donc l’une des premières PME suisses à numériser son capital grâce à la technologie blockchain. «Notre démarche offre la possibilité à tout un chacun d’investir dans des entreprises non cotées en bourse. Cette possibilité était jusqu’alors réservée aux family offices et à des fonds de pension», explique Alexandre Bonvin. L’idée est de donner de la visibilité à l’entité afin de pouvoir, à terme, lever du capital pour racheter des sociétés dans l’e-commerce. «Je souhaite attirer les top talents pour qu’ils m’aident à faire grandir ces sociétés et à les commercialiser.»

A côté de cela, le serial entrepreneur détient toujours le Green Van: trois foodtrucks – dans des Citroën authentiques – et deux restaurants d’hamburgers réalisés à base de produits locaux au Flon, à Genève, et bientôt à Crissier. 


Qui sont les plus coquins?

(Crédits: Dr)

Les restrictions sanitaires mises en place en Suisse ont stimulé les ventes de sex-toys. L’année passée, les messieurs ont été plus nombreux (59%) à faire leurs achats sur KissKiss.ch que les femmes (41%). Alors que les premiers se sont tournés vers des lubrifiants, des masturbateurs ultraconnectés et des objets d’ambiance, les secondes se sont orientées vers les stimulateurs, les vibromasseurs et les gels orgasmiques. C’est surtout la tranche d’âge entre 25 et 35 ans qui s’est intéressée aux articles érotiques.

Les Zurichois ont été les plus grands consommateurs d’objets sexuels, devant les Vaudois, les Genevois et les Bernois.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. De 2010 à 2021, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est de 2019 à 2021 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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