Bilan

Airbnb oblige les hôtels à s’adapter

L’Ecole hôtelière de Lausanne consacre toute une journée à se pencher sur le futur de la branche, concurrencée par internet. Interview du directeur général, Michel Rochat.

Michel Rochat: «C’est un domaine très compétitif.»

Crédits: Wavre

A l’heure où des sites comme Airbnb entrent en concurrence directe avec l’hôtellerie traditionnelle, l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL) consacre le 11 avril une journée de débats et de réflexions baptisée «Window to the Future». Pour son directeur général, Michel Rochat, «il y a de la place pour tous sur le marché». 

La conférence «Window to the Future» est-elle une première pour l’EHL? D’où l’idée est-elle venue?

Nous organisons régulièrement des conférences avec des leaders de l’industrie de l’accueil. C’est ce qui nous permet de maintenir un lien fort avec les professionnels de notre branche et de s’assurer que nos programmes répondent aux exigences et nouvelles tendances du marché, afin d’offrir la meilleure éducation possible pour nos étudiants. 

L’idée de «Window to the Future» est née de constatations sur des changements impactant le secteur et notre volonté de soutenir sa croissance et son évolution. L’objectif est de rassembler les acteurs de l’industrie de l’accueil, les experts au sein du groupe EHL et des étudiants afin de discuter des challenges et opportunités sur le marché.

Nous voulons provoquer une discussion, un débat sur l’avenir de notre industrie et définir ensemble les différents scénarios pour son futur. Nous traiterons les impacts liés aux avancées technologiques, des nouveaux modèles d’affaires, des responsabilités sociétales et environnementales et des nouvelles habitudes des consommateurs. 

Des grands patrons de l’industrie internationale sont conviés à cette journée du 11 avril. Quels sont les plus connus? Sur quelles bases ont-ils été choisis?

Nous accueillerons des dirigeants de grands groupes hôteliers tels que Dusit International, Oberoi Hotels & Resorts ou Mövenpick. Certains font partie de l’International Advisory Board de l’EHL qui se réunit chaque année pour contribuer à l’évolution de nos programmes académiques, d’autres avec lesquels nous collaborons régulièrement dans nos activités de consulting – via notre entité Lausanne Hospitality Consulting – ou par des projets d’étudiants. 

Assiste-on aujourd’hui à une remise en cause de l’industrie hôtelière? Et par conséquent du rôle des écoles hôtelières, qui constituent l’une des forces de l’économie suisse? Comment celles-ci doivent-elles évoluer? 

Je ne pense pas qu’on puisse parler de remise en cause de l’industrie hôtelière. Celle-ci continue à montrer une très forte croissance, autant dans les marchés émergents que dans les économies plus matures. Par contre, il est évident que l’industrie se doit une perpétuelle remise en question pour répondre aux attentes des clients. 

Le rôle des écoles hôtelières est d’anticiper les évolutions du marché afin de préparer au mieux les étudiants. Ce sont eux qui seront les leaders de l’industrie de demain. L’EHL existe depuis plus de 120 ans, et notre reconnaissance internationale aujourd’hui est due au fait que nous avons toujours maintenu des liens forts avec l’industrie, au quotidien et de manière totalement intégrée au cursus académique.

Derrière le marketing qui prend de plus en plus de place, est-ce que l’on n’oublie pas le rôle primordial de «l’hôtelier», de la personne qui se cache derrière le management pur et dur?

L’hôtelier doit combiner une multitude de rôles et de compétences pour assurer le succès de son établissement – et cela a toujours été le cas. Les proportions des différents domaines d’expertise évoluent avec le temps, selon la taille de l’établissement, ou des nouvelles technologies, mais la clé demeure la passion pour l’hospitalité, la recherche systématique de l’excellence et la relation avec le client.  

Comment le directeur de l’EHL voit-il l’hôtellerie de demain, à l’heure où des sites comme Airbnb – pour le plus connu – entrent en concurrence directe avec l’hôtellerie du XXIe siècle?

Les nouveaux acteurs sur le marché de l’hôtellerie, tels qu’Airbnb, font maintenant partie intégrante du paysage économique et touristique. Les hôteliers traditionnels doivent en effet s’adapter à cette nouvelle réalité et affiner leur offre pour continuer à se développer – mais les opportunités sont toutefois très prometteuses, et il y a de la place sur le marché pour tous. 

C’est un domaine très compétitif, et les hôtels doivent toujours faire évoluer leur offre pour satisfaire les clients. Il ne s’agit plus d’offrir un lit pour la nuit, mais d’offrir un large panel de prestations, un service de plus en plus personnalisé et une expérience pour ses clients. 

Faut-il pactiser et composer avec le «diable» ou lui faire la guerre comme les taxis avec Uber? Et si oui, comment ne pas vendre son âme à une économie participative qui n’en est pas une?

Les nouveaux produits de l’économie participative amènent une plus large diversité aux clients, et c’est une bonne chose à mon sens! Ils ont ouvert la porte à de nouveaux marchés, à un nouveau profil de client, qui enrichit le panorama du secteur de l’hôtellerie. Oui, il y a de la place pour tous sur le marché! 

Les nuitées touristiques continuent à croître et présentent une opportunité de segmentation accrue de l’offre. Les hôtels offrent un gage de qualité et des services que les clients ne trouvent pas forcément ailleurs. Les voyageurs d’affaires, les familles, les jeunes ou les retraités ont chacun des attentes différentes. Les acteurs actuels de l’industrie peuvent répondre aux besoins des clients de différentes manières, avec une offre adaptée et personnalisée. 

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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