Bilan

Air2030: des affaires qui pèseront lourd

L’industrie suisse doit bénéficier d’importants contrats liés au projet d’acquisition d’avions de chasse pour 6 milliards de francs. Un argument massue pour les partisans du projet.

Les avions de combat de type F/A-18 arriveront au terme de leur durée d’utilisation en 2030.

Crédits: VBS/DPPS

Le 27 septembre prochain, le peuple se prononcera sur le projet Air2030 qui prévoit l’achat d’une nouvelle flotte d’avions de combat pour la somme de 6 milliards de francs. Et comme il est d’usage en Suisse en cas d’achat d’armement à l’étranger, des compensations sont exigées par la Confédération de la part du vendeur des équipements militaires. Celui-ci doit passer des contrats avec les entreprises locales. Dans le cas du programme Air2030, il a été décidé que 60% des 6 milliards seront restitués en affaires compensatoires (offsets).

Les Romands redoutent bien sûr de voir cette manne réduite à portion congrue, car les poids lourds de la fabrication de l’industrie militaire sont tous situés outre-Sarine. Avec pour unique actionnaire la Confédération helvétique, Ruag exploite, depuis son siège bernois, des sites dans les cantons de Zurich, Lucerne et Saint-Gall. Coté à la Bourse de Francfort, Rheinmetall compte deux sites de production en Suisse, à Zurich et Altdorf (Uri). Côté à la Bourse de Paris, la multinationale française Thales dispose de deux usines zurichoises et d’une troisième en Argovie.

Peu d’entreprises romandes répondent aux critères

Conséquence de ce déséquilibre industriel, les débats ont été intenses au Parlement en décembre 2019. Il fallait établir un consensus autour de la proportion des 6 milliards de francs qui serait restituée en affaires compensatoires. Une hauteur finalement adjugée à 60%, soit 3,6 milliards de francs.

La clé de répartition des affaires compensatoires est fixée à 65% pour la Suisse alémanique, 30% pour la Suisse romande, et 5% pour le Tessin. Résultat des courses, la somme de 1,08 milliard doit maintenant revenir à la Suisse romande.

«Le décret fédéral qui fixe les contours des mandats compensatoires prend toujours en compte plus d’une dizaine de secteurs. Parmi eux figurent notamment l’aéronautique et le spatial, l’industrie horlogère, ainsi que la coopération avec de hautes écoles», explique Corinne Aeberhard, porte-parole de l’USAM (Union suisse des arts et métiers).

Reste que les entreprises romandes effectivement en mesure de remporter des mandats s’avèrent plutôt rares. Secrétaire général du GRPM (Groupe romand pour le matériel de défense et de sécurité), Philippe Zahno détaille: «Quelque 20% des collaborations industrielles seront compensées directement sur la fabrication ou l’assemblage de l’avion. Les sociétés romandes sont peu nombreuses à pouvoir répondre aux critères requis, par exemple avec une certification adéquate pour l’aviation. Nous estimons que seule une dizaine d’entreprises sont concernées. Ensuite, toutes les entreprises déjà actives ou fournisseuses dans les domaines de la défense sont particulièrement concernées.»

Un processus très réglementé

Qui choisira les bénéficiaires des commandes compensatoires? Philippe Zahno répond: «Il appartiendra à l’avionneur désigné par le DDPS, le Département de la défense, de la protection de la population et des sports, de rechercher les collaborations industrielles. En Suisse romande, le GRPM, qui regroupe 61 entreprises, mettra ses capacités de contact à disposition. Nous organiserons des rencontres entre l’avionneur et les sociétés locales.» Un processus qui doit respecter de nombreuses obligations, qu’énumère Philippe Zahno: «L’avionneur devra soumettre ses listes de fournisseurs à armasuisse, l’Office fédéral de l’armement, et au Bureau des offsets de Berne.»

L’expérience montre que les affaires compensatoires jouent un rôle important dans le vote de la population. Lors du scrutin de 2014 sur les avions suédois Gripen, l’analyse Vox a révélé que l’argument des offsets a rapporté 9% de voix en faveur d’un achat des appareils. Un pourcentage de votes en mesure de faire basculer une majorité ce 27 septembre prochain.


Des avions classés secret-défense

Quatre jets sont sur les rangs pour un achat par la Confédération:

(VBS/DPPS)

Le Rafale du constructeur Dassault, entré en service en 2002 en France, figure parmi les vétérans des avions de chasse sur le marché.

La commande de 24 appareils par l’Egypte en 2015 a libéré les ventes en attente à l’exportation, suivie par celle de l’Inde la même année (36 exemplaires), puis le Qatar (24).

(Crédits: VBS/DPPS)

L’Eurofighter Typhoon, utilisé depuis 2008 en Grande-Bretagne, a été développé par le conglomérat européen Airbus qui réunit dans un consortium, en plus du Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. L’Autriche, Oman, le Koweït, l’Arabie saoudite et le Qatar s’en sont portés acquéreurs.

(Crédits: VBS/DPPS)

Le Super Hornet de Boeing était en 2018 le deuxième avion de combat le plus vendu dans le monde. Dérivé du McDonnell Douglas F/A-18 Hornet, cet appareil américain représente 7% d’une flotte mondiale de 15 000 appareils.

(Crédits: VBS/DPPS)

Le F-35A de Lockheed-Martin est l’avion numéro un, avec plus de 2000 unités vendues. Lui aussi américain, cet appareil furtif de cinquième génération a été conçu par le Pentagone pour l’offensive terrestre et les missions de supériorité aérienne.

Directeur du musée de l’aviation militaire de Payerne Clin d’Ailes, Jürg Studer prévient: «Beaucoup d’informations clés concernant ces quatre avions de la dernière génération sont classifiées. Une comparaison basée uniquement sur des sources publiques risque d’être trompeuse, voire fausse, car il manquerait nombre d’informations indispensables pour faire une analyse sérieuse.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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