Bilan

Abandon du taux plancher: l’épreuve de trop pour l’horlogerie suisse?

L’annonce surprise de la suppression du taux plancher par la BNS est une mauvaise nouvelle de plus pour des horlogers qui s’attendaient déjà à vivre une année 2015 compliquée. Analyse.

Les horlogers suisses exportent le 95% de leur production (photo: le salon horloger Baselworld en 2011).

Les familles Hayek et Rupert ont perdu des centaines de millions de francs jeudi avec l’effondrement du cours des actions Swatch et Richemont à la Bourse suisse. Conséquence de l’annonce surprise de ce matin par la BNS de l’abandon du cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro, cette chute ne concernait pas les seuls cours des titres horlogers, mais emmenait pratiquement toutes l’industrie suisse dans son sillage.

La réaction des marchés a été à la hauteur de leur surprise. Mais pour les horlogers suisses, qui exportent le 95% de leur production, le coup est particulièrement dur. Le problème n’est pas tant que cette industrie ne peut pas absorber ce choc, mais c’est un gros nuage de plus dans un ciel déjà menaçant. Et l’horizon s’assombrit.

Certes, les horlogers suisses s’apprêtent à annoncer dans les semaines à venir des chiffres records pour 2014, mais les résultats des derniers mois étaient beaucoup moins triomphants. Et les difficultés rencontrés tant en Chine depuis de longs mois, que plus récemment à Hong Kong (révolution des parapluies) ou en Europe de l’Est (crise ukrainienne) ne s’étaient assurément pas encore traduites dans les résultats – déjà en demi-teinte – des chiffres à l’exportation. Or tous les acteurs horlogers s’attendaient à une année 2015 au mieux « challenging », au pire « extrêmement compliquée ». La nouvelle donne résultant de la décision de la BNS – en réalité incapable de poursuivre sa politique – ne sera évidemment pas sans effets à court terme pour la branche. C’est peut-être l’épreuve de trop, « celle qui va finir par nous faire perdre notre légendaire sérénité », confie un fabricant.

Dans l’immédiat, les horlogers (comme tous les autres exportateurs du pays) ont pratiquement perdu 15 % de revenus potentiels en une journée. Si certains économistes espèrent une stabilisation de la situation à moyen terme, beaucoup penchent pour une poursuite du renforcement du franc contre l’euro (voire peut-être aussi contre le dollar). Et si les horlogers sont plus impactés par le dollar que par l’euro, les évolutions montrent que les deux devises ont connu les mêmes fluctuations jeudi.

Ces fortes fluctuations du taux de change peuvent-elles être répercutées sur les marchés par les horlogers suisses ? Si les principaux acteurs – surpris – n’ont pas encore pris de décision et attendent de connaître l’évolution à court ou moyen terme, il paraît dans tous les cas impossible de répercuter l’entier de la perte. Plus proche de nous, le renchérissement du franc a une répercussion immédiate pour les magasins d’horlogerie en Suisse : leurs ventes – essentiellement le fait de touristes étrangers - vont être à l’arrêt dans les semaines ou mois à venir, où elles devront être consenties avec de substantielles baisses de prix. Ces deux situations sont naturellement néfastes pour l’emploi.

Sur le versant industriel, les choses devraient également se détériorer avec les baisses de revenus et de marges à venir. Et les 50'000 emplois directs dans l’horlogerie – sans parler de tous les secteurs annexes qui vivent de cette industrie – vont nécessairement en pâtir. A ce titre, les frontaliers seront certainement les premiers touchés. Paradoxalement, eux qui ont vu leur salaire bondir de 15 % en un jour, ont peut-être perdu leur emploi.

Michel Jeannot
Michel Jeannot

FONDATEUR DE WTHEJOURNAL.COM

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Journaliste spécialisé, fondateur du site WtheJournal.com et des applications iPhone, iPad et Android associées, Michel Jeannot est à la tête du Bureau d’Information et de Presse Horlogère (BIPH), un team de journalistes collaborant avec une quinzaine de médias dans le monde, dont Bilan et le Figaro. Sa plume sûre et parfois acérée est aussi à l’aise sur les questions techniques que sur les enjeux liés à la branche et à son économie. Michel Jeannot est également éditeur et rédacteur en chef du magazine Montres Le Guide / Uhren von A bis Z / 顶级钟表鉴 (225 000 exemplaires).

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