Bilan

A qui appartient l’horlogerie suisse?

Un nombre important de marques d’origine suisse ou produisant sur le territoire helvétique sont aujourd’hui en mains de groupes ou de personnalités étrangères. Tour d’horizon.
  • Groupe Swatch (coté à Zurich): Breguet, Harry Winston, Blancpain, Jaquet Droz, Omega, Longines, Rado, Tissot, Balmain, Certina, Mido, Hamilton, Calvin Klein Watches & Jewelry, Swatch...

    Chiffre d'affaires 2013: 8,8 milliards de francs. Contrôlé par: Famille Hayek [CH]

  • Groupe Richemont (coté à Zurich): Vacheron Constantin, Baume & Mercier, Jaeger-LeCoultre, Cartier, Officine Panerai, IWC, Piaget, Van Cleef & Arpels, Montblanc, Roger Dubuis.

    Chiffre d'affaires 2012: 5,96 milliards de francs. Contrôlé par: Famille Rupert (la famille contrôle 50% des voix avec 9,1% du capital) [Afrique du Sud]

  • Rolex et Tudor

    Chiffre d'affaires 2012: 4,5 milliards de francs. Contrôlé par: Fondation Hans Wilsdorf [CH]

  • Groupe LVMH (coté à Paris): Tag Heuer, Hublot, Zenith, Bulgari, Dior Montres, Louis Vuitton.

    Chiffre d'affaires 2012: 1,785 milliard de francs. Contrôlé par: Famille Arnault [F]

  • Patek Philippe

    Chiffre d'affaires 2012: 1,15 milliard de francs. Propriété de: Famille Stern [CH]

  • Audemars Piguet

    Chiffre d'affaires 2013: 700 millions de francs. Contrôlé par: Descendants des familles Audemars et Piguet [CH]

  • Chopard

    Chiffre d'affaires 2012: 600 millions de francs. Propriété de: Famille Scheufele [CH]

  • Groupe Movado (coté à New York): Movado, Concord, Ebel.

    Chiffre d'affaires 2013: 500 millions de francs. Contrôlé par: Famille Grinberg [USA]

  • Groupe Festina: L.Leroy, Perrelet, Candino, Festina.

    Chiffre d'affaires 2012: 350 millions de francs. Propriété de: Miguel Rodriguez [E]

  • Breitling

    Chiffre d'affaires 2012: 350 millions de francs. Propriété de: Famille Schneider [CH]

  • Franck Muller

    Chiffre d'affaires 2012: 300 millions de francs. Propriété de: Vartan Sirmakes [apatride] et Franck Muller [CH]

  • Groupe Kering (coté à Paris): Girard-Perregaux, JeanRichard, Gucci Montres.

    Chiffre d'affaires 2012: 250 millions de francs. Contrôlé par: Famille Pinault [F]

  • Ulysse Nardin

    Chiffre d'affaires 2012: 220 millions de francs. Contrôlé par: Oi Fah Chai [CH, Malaisie]

  • La Montre Hermès (coté à Paris)

    Chiffre d'affaires 2012: 207 millions de francs. Contrôlé par: Hermès International [F]

  • Frédérique Constant et Alpina

    Chiffre d'affaires 2012: 180 millions de francs. Propriété de: Peter et Aletta Stas [NL]

  • Raymond Weil

    Chiffre d'affaires 2012: 150 millions de francs. Propriété de: Famille Weil-Bernheim [CH]

  • Chanel et Bell & Ross

    Chiffre d'affaires 2012: 120 millions de francs. Propriété de: Alain et Gérard Wertheimer [F]

  • Parmigiani Fleurier

    Chiffre d'affaires 2012: 120 millions de francs. Propriété de: Fondation Sandoz [CH]

  • Richard Mille

    Chiffre d'affaires 2012: 110 millions de francs. Contrôlé par: Richard Mille [F]

  • Carl F. Bucherer

    Chiffre d'affaires 2012: 100 millions de francs. Propriété de: Jörg Bucherer [CH]

Le classement des 300 plus riches de Suisse compte bon nombre de propriétaires de marques ou de groupes horlogers actifs en Suisse. Mais plutôt que de parler d’«horlogerie suisse», sans doute serait-il plus adéquat d’évoquer l’«horlogerie en Suisse».

De fait, un nombre important de marques d’origine suisse ou produisant sur le territoire helvétique sont aujourd’hui en mains de groupes ou de personnalités étrangères. Faut-il s’en étonner?

Certainement pas, car l’horlogerie de ce pays a souvent été le fait de citoyens non suisses. Pour brosser un portrait de cette réalité, nous avons retenu ici les groupes et marques dont le chiffre d’affaires horloger estimé dépasse les 100 millions de francs. Voici ce qu’il en est.

Les trois géants de l’horlogerie suisse que sont Rolex, Cartier et Omega ont été fondés par un Allemand (Hans Wilsdorf), un Français (Louis-François Cartier) et un Suisse (Louis Brandt). Ils sont aujourd’hui dirigés par un Italien (Gian Riccardo Marini), un Français (Stanislas de Quercize) et un Suisse originaire d’Ecosse (Stephen Urquhart). 

Quant aux marques les plus prestigieuses, elles ont parfois aussi été fondées par des citoyens européens: Patek était Polonais et son compère Philippe Français, le Français Jaeger et le Suisse LeCoultre se sont associés dans une entreprise durable, tandis que l’Américain Florentine Ariosto Jones a installé l’horlogerie à Schaffhouse (IWC). 

Mais la haute horlogerie n’est naturellement pas le seul fait des immigrés: Vacheron, Constantin, Audemars ou encore Piguet étaient citoyens suisses, tandis que Breguet, né à Neuchâtel, a fait l’essentiel de sa carrière en France.

Bref, les horlogers des XVIIIe et XIXe siècles pratiquaient bien avant l’heure la libre circulation des personnes. Et l’apport des étrangers à l’essor de l’horlogerie suisse ne s’est jamais tari. Plusieurs exemples récents le confirment: tout comme le duo franco-britannique Greubel-Forsey, les Français Richard Mille et François-Paul Journe ont réussi leur percée dans l’univers horloger suisse.

L’apport des frontaliers

Mais le plus important apport étranger à l’horlogerie suisse réside dans la main-d’œuvre. Alors que la branche occupe quelque 56 000 personnes (dont 15 000 dans le canton de Neuchâtel, 11 000 dans le canton de Berne et 9000 dans le canton de Genève), les frontaliers occupent une bonne part de ces emplois.

En 2008, 61% des emplois horlogers sont occupés par des frontaliers dans le canton de Vaud. Ces proportions sont respectivement de 36 et de 31% dans ceux du Jura et de Neuchâtel. Et force est de constater que ce sont principalement les travailleurs frontaliers qui ont permis à l’horlogerie suisse de croître.

Il en fut notamment ainsi au cours de la période 2005-2008 (dernières statistiques fiables connues): l’emploi horloger a progressé de 34%, alors que le nombre de frontaliers occupés dans cette industrie a augmenté de 60%.

Reste qu’au-delà des travailleurs frontaliers, de nombreux autres collaborateurs étrangers travaillent pour l’horlogerie suisse. Interrogé en juillet dernier par swissinfo.ch, Patrick Rérat, chercheur à l’Institut de géographie de l’Université de Neuchâtel, déclarait: «Tout le monde s’accorde à dire que l’industrie horlogère ne pourrait pas se développer sans les frontaliers, puisque 60% des employés de ce secteur ne possèdent pas le passeport suisse.»  

Michel Jeannot
Michel Jeannot

FONDATEUR DE WTHEJOURNAL.COM

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Journaliste spécialisé, fondateur du site WtheJournal.com et des applications iPhone, iPad et Android associées, Michel Jeannot est à la tête du Bureau d’Information et de Presse Horlogère (BIPH), un team de journalistes collaborant avec une quinzaine de médias dans le monde, dont Bilan et le Figaro. Sa plume sûre et parfois acérée est aussi à l’aise sur les questions techniques que sur les enjeux liés à la branche et à son économie. Michel Jeannot est également éditeur et rédacteur en chef du magazine Montres Le Guide / Uhren von A bis Z / 顶级钟表鉴 (225 000 exemplaires).

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