Bilan

A l'aéroport de Genève, les commerces sont à la peine

Genève Aéroport a vu ses recettes grimper. Or, les revenus des commerces (+1,9%) ne progressent pas autant que les recettes aéroportuaires (+11,6%). Une tendance lourde ou passagère ?

Plus de 15 millions de passagers sont passés par Genève Aéroport en 2014.

Crédits: Genève Aéroport

La direction de Genève Aéroport annonce avoir franchi la barre des 15 millions de passagers (15,152 mios) en 2014. Une excellente surprise puisqu’en juin 2006, alors à peine entré en fonction, Robert Deillon déclarait : «Nous pensons désormais que nous atteindrons 15 millions de passagers en 2020».

Dès lors que penser des prévisions faites pour 2030, soit 25 millions de passagers ? Y parviendrons-nous déjà dans dix ans au prix d’une optimisation renforcée de la taille des aéronefs, comme le proposent plusieurs spécialistes ? D’ores et déjà, on constate qu’en dix ans, le nombre moyen de passagers par mouvement a progressé de 30%, passant de 80 personnes par vol en 2005 à 104 en 2014. Si ce rythme reste le même lors des dix prochaines années (y compris 2015), cela signifierait plus de 135 passagers par vol en 2024, ceci avec 185 000 mouvements (au lieu de 187 600 en 2014).

Cette croissance soutenue ne se reflète malheureusement pas dans la progression des recettes non aéroportuaires. Alors que les recettes aéroportuaires, soit les redevances d’atterrissages et redevances passagers, ont grimpé de 11,58% en 2014 par rapport à l’année précédente, les recettes non aéroportuaires n’ont augmenté que de 2,7%. Cette croissance ne s’est même élevée qu’à 1,9% en ce qui concerne plus spécifiquement les redevances commerciales. Il faut rappeler que Genève Aéroport gère 80 arcades, dont 62 dans l’aérogare et 18 dans la gare CFF. «Ces points de vente représentent un chiffre d’affaires d’environ 300 millions de francs par an pour ce qui est des commerces, des restaurants et bars et du duty free. Les commerces de la gare CFF représentent entre 10 et 15% du total », nous indique Bertrand Stämpfli, attaché de presse à la direction générale de Genève Aéroport.

Croissance en baisse

Peut-on dès lors parler de décorrélation entre l’augmentation de la fréquentation de Genève Aéroport et les redevances commerciales ? «Historiquement, l’évolution du chiffre d’affaires a suivi celle du nombre de passagers, jusqu’en 2011, date du premier décrochage du franc, de la morosité économique et d’une défection de la clientèle russe. C’est à partir de là que l’on assiste à une décorrélation des deux courbes. Le chiffre d’affaires des commerces continue à augmenter en moyenne de 1,7% par an, alors que le trafic augmente en moyenne de 5%. La corrélation est maintenue sur le segment food & beverage. Par contre, le segment du luxe est le plus touché. On assiste à une baisse de la croissance de son chiffre d’affaires», ajoute l’attaché de presse.

Vérification faite, les redevances commerciales ont augmenté de 70,2% en dix ans, tandis que les redevances aéroportuaires ont crû de 96,7% durant la même période. En 2004, la part des redevances non aéroportuaires était de 51,8% sur le total des recettes de Genève Aéroport. Jusqu’en 2010, celles-ci dépassaient la barre des 50%. C’est après que cela a commencé à changer et en 2014: cette part a encore baissé pour ne représenter plus « que » 46,2% des recettes totales.

Et pourtant, Genève Aéroport a systématisé depuis plus d’une décennie les appels d’offres. Le concessionnaire verse un pourcentage sur son chiffre d’affaires. En gros, cela varie entre 6% et 20% dans le luxe. Autant dire que le renforcement du franc va durablement pénaliser les recettes non aéroportuaires de Genève Aéroport ! Reste à savoir si l’entrée en fonction à la présidence de Genève Aéroport de Corine Moinat, qui dirigea le plus grand centre commercial de Suisse romande (Balexert) de 2005 à 2010, permettra d’inverser cette tendance ?

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN DE 2019 A 2021

Lui écrire

Serge Guertchakoff a été rédacteur en chef de Bilan de 2019 à 2021, et est l'auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019, avant de céder la place à Julien de Weck à l'été 2021.

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