Bilan

A Zurich, Jelmoli mélange les genres

Le plus vieux grand magasin de la Bahnhofstrasse accueille sur son 4e étage une clinique de chirurgie esthétique. Une arrivée qui se fond dans les grandes tendances mondiales.

Le plus vieux grand magasin de la Bahnhofstrasse accueille sur son 4e étage une clinique de chirurgie esthétique. Une arrivée qui se fond dans les grandes tendances mondiales.

Crédits: Merlin Photography Ltd

Zurich sera plus beau. C’est avec ce slogan, affiché depuis début septembre sur les murs de la métropole alémanique, que Pallas, un des leaders helvétiques de la chirurgie esthétique douce, annonce l’ouverture de locaux en plein cœur de la ville. Installé au 4e étage du grand magasin Jelmoli, le nouveau centre réunit médecine esthétique, chirurgie plastique, transplantation capillaire et laser oculaire sur près de 1000 m2, avec 25 employés dont 6 médecins.

Des compétences médicales dans un grand magasin: c’est une première en Suisse. Créé il y a vingt-cinq ans par l’économiste d’entreprise Georgos Pallas (43 ans), le groupe emploie 400 collaborateurs et exploite 17 cliniques, toutes situées en Suisse alémanique. Ayant su anticiper la banalisation des interventions esthétiques, cette entreprise basée à Olten (SO) a connu une expansion foudroyante.

L’économiste d’entreprise Georgos Pallas a créé son groupe il y a vingt-cinq ans. (Crédits: Dr)

Dans les anciens bureaux du 4e étage de Jelmoli occupés par Pallas, la gamme de services est large. Les tatouages ou les taches de naissance peuvent être enlevés, et les oreilles, replacées. Des traitements plus importants, tels que chirurgie mammaire, sont également disponibles. A leur arrivée, les clients se fondent discrètement aux visiteurs du grand magasin. Georgos Pallas précise: «La clinique de Jelmoli correspond au principe du shop-in-shop. La clientèle peut se faire coiffer, s’acheter une nouvelle tenue et, pour la touche finale, s’offrir un traitement des rides ou un lifting des paupières, sans même avoir pris de rendez-vous au préalable.»

Créer une «expérience client»

Cette ouverture intervient alors que, à la suite de résultats décevants, Franco Savastano, patron de Jelmoli, renonce à son poste et quitte Swiss Prime Site (SPS), société immobilière propriétaire du site. C’est que, comme l’ensemble du commerce de détail, le magasin souffre de la concurrence d’internet. Au premier semestre 2019, Jelmoli a enregistré une baisse de son chiffre d’affaires à 57,2 millions de francs (-4%) et une nouvelle perte d’exploitation qui s’élève à 5,4 millions, après une perte de 6,2 millions l’année précédente. Selon SPS, Jelmoli ne sera pas rentable avant 2021 ou 2022. «La stratégie de Jelmoli est de se concentrer sur les segments haut de gamme et luxe. Nous voulons créer une expérience client unique grâce à une gamme de marques de renommée mondiale, des services innovants et une offre gastronomique hors pair», indique Tomic Mladen, responsable de la communication chez SPS.

La tendance est par ailleurs globale. Que ce soit chez Harrods à Londres ou au Siam Paragon à Bangkok, les centres commerciaux se muent en «Urban Entertainment Center», des pôles où se divertir tout en faisant quelques achats. Les surfaces de vente diminuent au profit de services liés à la santé et aux loisirs. Tomic Mladen reprend: «On peut voir un exemple de cette stratégie au centre La Praille à Genève, qui appartient aussi à notre groupe. On y trouve des salles de cinéma, un centre de fitness et bien d’autres possibilités.»

L’avenir dira si cette nouvelle orientation sauvera le plus vieux grand magasin de Zurich. En 1837, Franz Jelmoli créait le premier commerce à son nom dans le centre-ville. Puis en 1898, l’enseigne voit grand avec l’ouverture du «Glaspalast» (palais de verre), sur le modèle des grands magasins parisiens. Il s’agit de la dernière enseigne de ce nom toujours en activité aujourd’hui. Toutes les succursales ont disparu.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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