Bilan

Cabinets de conseil: quelles tendances vont subsister?

Avec la pandémie du Covid-19, le passage au télétravail a révolutionné d’un jour à l’autre les activités de conseil. Mais quelles tendances resteront durables pour la branche? Les avis de trois spécialistes. Par Carla Palm, Finanz und Wirtschaft

Quatre questions

1. Qu’est-ce que la crise sanitaire a changé dans l’activité de conseil?

2. Lesquels de ces changements dureront-ils?

3. Quelles sont les spécificités du marché suisse?

4. Quelles sont vos attentes pour 2021?

«Les nouveaux projets sont plus difficiles à acquérir» Stefan Pfister, CEO, Head of Advisory, KPMG Suisse (Crédits: Dr)

1) Au début de la pandémie, ce sont surtout les questions de «business continuity management» qui ont préoccupé nos clients. Aujourd’hui, ils sont plus nombreux à requérir des solutions et du soutien pour la transformation numérique. Dans le contexte actuel, l’acquisition et le renouvellement de la clientèle sont parfois devenus compliqués parce que les contacts personnels se sont faits rares. Dans la branche du conseil également, la crise conjoncturelle causée par le Covid-19 occasionne forcément moins de nouveaux contrats.

2) Une fois cette crise passée, les prestations à distance constitueront toujours une composante majeure de tout projet. L’échange interpersonnel reste évidemment important mais, pour des raisons d’efficacité, il se déroulera en partie virtuellement.

3) Le marché suisse est mondialement connecté et compte beaucoup d’entreprises travaillant par-delà les frontières. Nos conseillers doivent disposer du réseau mondial correspondant, mais aussi suivre attentivement les évolutions en cours à l’international, notamment en matière de réglementation ou de fiscalité, pour être en mesure d’accompagner les entreprises actives au-delà des frontières.

4) Les pertes de nouveaux contrats ont pu, jusqu’ici, être partiellement compensées par les mandats attribués avant la pandémie. Nous constatons cependant que beaucoup de nouveaux projets sont retardés ou étalés dans le temps. Dans le contexte actuel, les nouveaux projets sont plus difficiles à acquérir, notamment à cause de la limite des échanges personnels. A notre avis, cela conduira à une réduction des volumes de chiffres d’affaires futurs.


«Nous nous attendons à un boom des activités de restructuration  et de transformation» Beatrix Morath, Managing Director, AlixPartners (Crédits: Dr)

1) Le Covid-19 a, d’un jour à l’autre, changé l’activité de conseil plus qu’aucune autre crise auparavant. Les entreprises ont affronté – et affrontent parfois toujours – des défis immenses. Le pragmatisme s’impose. Et une grande vivacité des conseillers est plus essentielle que jamais. Les interactions purement virtuelles étaient impensables pour la grande majorité des projets lancés avant la crise. Or, nous savons désormais qu’il est possible de faire bien davantage que ce que nous admettions tous jusqu’ici.

2) Des modèles hybrides de travail et de collaboration constituent une réalité nouvelle dans le conseil. La collaboration virtuelle prendra donc de l’importance, mais les rencontres en tête à tête et les ateliers demeurent nécessaires, notamment pour renforcer les relations et la confiance ainsi que pour discuter des sujets compliqués. Je vois aussi dans ces modèles de travail hybrides une immense opportunité en matière de mixité dans le conseil. La branche a trop perdu
de conseillers qui, en raison de l’intensité du besoin de déplacements, n’ont plus pu concilier carrière et famille.

3) Outre les trois espaces linguistiques qui se présentent comme des sous-marchés, la spécificité en Suisse réside dans le grand nombre d’entreprises leaders au niveau mondial, de leurs équipes de direction et conseils d’administration souvent composés internationalement. Cela apporte énormément de diversité dans les exigences et les manières de penser. D’autre part, comparé à d’autres marchés, le «private equity ownership» est encore plutôt sous-représenté.

4) A mon avis, nous ne voyons encore que la pointe de l’iceberg concernant les restructurations indispensables dues au Covid-19 dans les entreprises. Les indemnités de chômage partiel et les aides financières ont été des palliatifs importants. Dans certaines branches, le retour aux niveaux antérieurs nécessitera plusieurs années, pour d’autres le poids de l’endettement est devenu trop élevé. Nous nous attendons à un boom des activités de restructuration et de transformation.


«La tendance à une numérisation accélérée va se poursuivre» Adam Stanford, Partner, responsable consulting, Deloitte Suisse (Crédits: Dr)

1) Le conseil a toujours été mieux habitué à s’adapter aux changements que d’autres branches. Le passage au télétravail n’a pas été un problème pour la branche, car nous recourons depuis longtemps déjà à des formes de travail flexibles. En passant à leur tour au télétravail, nombre de nos clients ont remarqué qu’il y avait moyen de préserver la productivité et même de l’accroître, y compris quand on ne travaille pas physiquement ensemble. Pour la branche du conseil, c’est une opportunité. Nous pouvons ainsi nous montrer encore plus flexibles dans la composition de nos équipes et mieux assurer que nous réunissons les talents les plus appropriés pour soutenir nos clients, indépendamment de leur localisation géographique.

2) La tendance à une numérisation accélérée va se poursuivre. Nous nous attendons aussi à ce que les modes de travail se normalisent quelque part entre ce à quoi nous étions habitués et ce que nous avons vécu ces derniers mois. Nous savons désormais tous que le télétravail fonctionne. En même temps, nous comprenons mieux où se situent ses limites et pouvons donc déterminer un juste équilibre. Un mode de travail plus flexible a aussi des effets positifs sur les déplacements que, très probablement, nous allons réduire, et donc aussi sur nos objectifs climatiques.

3) Nous sommes optimistes: la société et l’économie récupéreront relativement vite de cette crise. Nous sommes un pays extrêmement innovant, qui investit beaucoup pour demeurer un précurseur. Mais la Suisse est aussi un pays à coûts très élevés. Pour rester concurrentiels dans un monde où les frontières perdent de leur importance en raison du télétravail et d’une numérisation accélérée, nous devons être à la pointe en matière d’innovation.

4) Nous avons tous compris que des prévisions précises étaient devenues pratiquement impossibles. Comme l’an dernier, nous entendons croître à nouveau en 2021. C’est dans ce but que nous investissons dans notre offre et recherchons les meilleurs talents sur le marché. En 2021, nous souhaitons surtout aider l’économie suisse à se redresser. La pandémie enseigne qu’on est plus fort en équipe.



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