Bilan

«Un Steve Jobs suisse? C’est peu probable»

Le cofondateur d’Apple se retire, rattrapé par la maladie. Ce qui devrait confirmer son aura de rock star de la techno.

Steve Jobs est bien plus qu’une icône. Il est devenu celui à l’aune duquel se mesure le génie d’un CEO. Peut-être son nom propre deviendra-t-il à l’avenir un nom commun. Comme on dit aujourd’hui un frigidaire (marque déposée en 1918 par  General Motors), on dira un steve jobs pour décrire une femme ou un homme particulièrement éclairé et auréolé de succès dans son métier de patron. Mais au fond, comment donner la mesure du génie de cet homme dont on ignore si son cancer le laissera revenir aux affaires? En détaillant les résultats de sa société? C’est une manière de le faire, en effet. Quand Steve Jobs reprend en 1997 les rênes d’Apple, l’action de la société, empêtrée dans les déficits, est au plus bas. Le 1er décembre de cette année-là, elle ne vaut guère que 3,28 dollars. Jobs savoure alors un certain goût de revanche. En 1985, le conseil d’administration lui avait retiré sa confiance, lui reprochant ses mauvaises performances. Un échec dont son orgueil avait pris ombrage et qui explique sûrement que le revenant se montrera plus génial, et intransigeant, et secret, et visionnaire, et calculateur que jamais. Les résultats sont là: l’action s’échangeait à environ 380 dollars le 1er septembre 2011. Ce qui vaut à Apple de s’offrir parfois le titre de première capitalisation boursière avec un chiffre dépassant les 350 milliards de dollars.

Les chiffres sont une chose, mais il y a bien plus selon Xavier Comtesse, du think tank Avenir Suisse. Apple a créé une communauté de fans absolus qui sont prêts à défendre bec et ongles les marches du temple. Ils se sentent investis d’une mission: répandre, ou plutôt relayer la vérité technologique. Ces apôtres geek, on les appelle les earlier adaptors. «J’ai eu la chance d’assister à une grand-messe donnée par Steve Jobs, raconte Xavier Comtesse. Quand il est entré sur scène, une incroyable rumeur a parcouru l’assistance. Oui, il y avait bien quelque chose de religieux. Et je me suis laissé prendre au jeu. J’avais la chair de poule. Un Steve Jobs suisse, je ne pense pas que cela soit possible.» Ce n’est pas que la Suisse manque de génie et d’excellents dirigeants, mais Steve Jobs, selon le directeur romand d’Avenir Suisse, ne peut apparaître que dans un pays comme les Etats-Unis, capables grâce à leur histoire et à leur rapport si particulier à l’innovation, de donner le «la» en matière technologique, d’être le prescripteur jusqu’ici incontesté. «L’iPhone n’est pas un produit, c’est un concept», ajoute Xavier Comtesse.

Des nuages vite dissipés L’auréole de gloire qui ceint la tête de Steve Jobs lui sert non seulement à garantir que ses produits rencontreront un public toujours plus acquis à sa philosophie, mais également à écarter les nuages qui ne manquent jamais d’assombrir pareille aventure industrielle. Qui se soucie aujourd’hui, en achetant un produit Apple, des scandales qui ont touché ses sous-traitants taïwanais comme Foxconn ou encore Wintek. Suicides en série ou encore graves intoxications, ces cas graves n’ont pas suffi à pourrir l’image de la Pomme. Récemment, les employés intoxiqués de Wintek ont une fois encore appelé la société de Cupertino à les aider à faire face à leurs dépenses de santé suite à l’accident de 2009. Une requête qu’ils ont souvent adressée aux Californiens sans jamais recevoir de réponse.

Certes, depuis, Apple a adopté une charte censée imposer un code de conduite exemplaire à ses fournisseurs. Un code qui tarde à produire ses effets si l’on en croit le rapport publié en septembre d’un groupe écologique de Pékin qui détaille les manquements graves de 27 fournisseurs chinois d’Apple à l’égard de l’environnement. Une nouvelle qui devrait vite sombrer dans l’oubli alors que la sortie de l’iPhone 5, prévue pour octobre, s’approche.

 

Crédit photo: Dr

Pierre-Yves Frei

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