Bilan

«Un leader seul ne va nulle part»

L’himalayiste genevoise Sophie Lavaud s’inspire des situations extrêmes vécues en montagne pour donner des conseils en management dans les entreprises.
  • Surnommée «The 64 000 Lady», Sophie Lavaud a déjà gravi huit sommets de plus de 8 000 mètres d’altitude (ici en haut du K2). 

    Crédits: Dawa Sangay Sherpa
  • Lors d’une conférence: selon elle, chacun peut atteindre un jour «son» Everest.

    Crédits: Thibaut Bouvier / Photoproevent

A peine revenue en Suisse après avoir atteint le sommet K2 (8611 m) le 21 juillet dernier, deuxième plus haut sommet de la planète, Sophie Lavaud est déjà repartie début septembre en direction de Katmandou. Son objectif: s’attaquer à son neuvième sommet culminant à plus de 8000 mètres, le Dhaulagiri (8167 m), septième plus haute montagne du monde située dans la chaîne de l’Himalaya.

 La Genevoise a un parcours atypique. Après une carrière de cadre et dirigeante dans l’hôtellerie, le luxe et l’événementiel, Sophie Lavaud a quitté le monde de l’entreprise pour vivre sa passion: l’alpinisme. Rapidement, en 2012,  elle fait une entrée remarquée dans le monde de l’himalayisme avec un double succès, à dix jours d’intervalle, au Shishapangma (8020 m) et au Cho Oyu (8201 m). Puis elle atteint l’Everest en 2014 et fait une tentative d’ascension du K2 en 2016 (avortée à la suite d’une avalanche qui a emporté un camp d’altitude). Une grande frustration qui n’empêchera pas la sportive de retenter l’expérience deux ans plus tard. Ces deux exploits par ailleurs ont fait l’objet de films réalisés par le cinéaste et guide François Damilano (On va marcher sur l’Everest et K2, une journée particulière).

«Quand j’ai arrêté mon emploi dans l’événementiel financier à la suite de la crise de 2008, j’ai réfléchi à l’avenir. Une ascension en amateur au Mont-Blanc en 2004 avait été un premier déclic. J’ai rapidement consacré tous mes loisirs, mes week-ends et mon temps à l’alpinisme avec, à chaque fois, des objectifs de progression plus grands, passant de 4000 à 8000 mètres en quelques années.»  Ainsi, il lui aura fallu dix ans pour atteindre 8000 mètres, l’Everest, le sommet le plus haut aussi (8848 m) et quatre années encore pour devenir la première femme suisse à atteindre la pointe du K2. Il reste encore six sommets à gravir pour que la Suissesse entre dans la liste très restreinte des femmes ayant réussi l’exploit des 14 toits les plus hauts du monde. 

Sponsoring et conférences

Côté financement, le budget pour l’ascension d’un «8000» varie en fonction du prestige de la montagne. Il se situe entre 20 000 et 50 000 francs (pour l’Everest). En effet, le coût dépend du prix des permis d’ascension, facturés plus ou moins chers, et de l’importance des besoins logistiques. Ainsi, pour vivre de sa passion, Sophie Lavaud est allée demander l’aide de sponsors et partenaires comme Gedeon Richter, Teamwork, la Banque Reyl, Millet, ou encore Danone. Le restant de l’année, elle donne des conférences et propose des conseils en management pour les entreprises. «Ma valeur ajoutée, c’est que je connais très bien le monde de l’entreprise», argumente l’alpiniste qui a ainsi plus de facilités que d’autres à faire des analogies entre ce monde-là et celui de la montagne. Ses conférences sont très visuelles, avec des images et vidéos à l’appui. «J’emmène les gens au sommet de l’Everest. Je leur fais partager mon expérience tout en leur expliquant que, eux aussi, peuvent atteindre un jour «leur» Everest».

Le concept du followership

Tout a commencé il y a quelques années, lorsqu’elle rencontre Chantal Marino, fondatrice de l’institut de coaching Futura21 à Genève. Sophie Lavaud rejoint l’équipe de 2013 à 2016, période durant laquelle elle met en place des conférences sur des thématiques liées à ses expériences en montagne comme «la gestion du doute, le renoncement, l’adversité, le stress et le followership ou l’art d’être un bon suiveur». «Ce n’est pas parce que l’on est un suiveur que l’on est un mouton, précise l’alpiniste. Que ce soit en entreprise ou sur une montagne, il faut tout simplement avoir confiance en son chef ou envers les autres qui collaborent avec nous, sinon on n’avance pas.»

Elle donne un exemple: «Je suis connectée en permanence, grâce à un téléphone satellite, à un météorologue basé à Chamonix durant mes ascensions. Quand il me dit que je peux y aller alors que je suis dans un nuage, dans une tempête de neige et qu’il y a du vent, je dois vraiment lui faire confiance.» D’où le concept du followership. «Je pars du principe qu’un leader seul ne va nulle part. Il a besoin d’être bien entouré et bien accompagné. C’est exactement ce qui se passe en montagne.» Sophie Lavaud estime être une suiveuse en montagne. Et qu’atteindre un sommet est une réussite d’équipe. «Nous avons besoin des porteurs, des sherpas, du cuisinier, du météorologue. Sans eux, nous ne pourrions pas faire ces ascensions.»

 Doute-t-elle parfois? «Oui, ça m’arrive surtout dans des moments difficiles, lors de passages très techniques comme il y en a sur le K2.» Mais tant qu’elle a la motivation, les moyens financiers et le physique, elle continuera. «J’en profite pour l’instant.» Et après? «Je ferai autre chose. J’ai travaillé dans des domaines tellement différents toute ma vie, passant de la cosmétique à la finance, puis à l’alpinisme. Je sais m’adapter, cela ne me fait pas peur.» Elle aime répéter cette phrase: «Je suis Mme Tout-le-Monde qui s’est donné les moyens de réaliser ses rêves. Tout le monde peut s’identifier à moi.» Tâchons d’en prendre de la graine.  

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