Bilan

«PPG n’exclut pas de nouveaux rachats»

Jean-Marie Greindl dirige depuis Rolle (VD) la division EMEA du groupe PPG, leader mondial des peintures. L’entreprise américaine pourrait envisager d’acquérir des sociétés suisses.
  • A la tête de la division Europe - Moyen-Orient - Afrique, Jean-Marie Greindl gère 15 000 collaborateurs, dont près de 115 en Suisse.

    Crédits: Dr
  • L’une des innovations récentes: une peinture qui se change en mousse lors d’un incendie, retardant la déformation du métal qu’elle recouvre.

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  • L’une des innovations récentes: une peinture qui se change en mousse lors d’un incendie, retardant la déformation du métal qu’elle recouvre.

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Depuis quatre mois, Jean-Marie Greindl dirige le département «peintures architecturales» de PPG. Il est également à la tête de la division Europe - Moyen-Orient - Afrique de la multinationale américaine depuis trois ans. Et c’est à Rolle (VD) que cette unité est basée depuis 2006. Pour ce Belge d’origine, la Suisse n’est pourtant pas une découverte: «Mon père a étudié à l’EPFL en 1952, mes sœurs sont nées en Suisse et ma grand-mère était Suissesse», confie-t-il.

Quand PPG a décidé de devenir partenaire de l’EPFL pour son programme Euler, un cours qui identifie et soutient des jeunes talents en mathématiques, le dirigeant belge en a donc ressenti une grande fierté: «Nous avons développé des liens avec le département chimie de l’EPFL dès 2013; nous avons été impressionnés par les compétences et les savoirs dans le domaine de la chimie des polymères», explique-t-il. Un domaine crucial pour PPG.

Car si la société est née autour du verre à Pittsburgh voilà 133 ans, c’est essentiellement autour de la peinture que l’activité du groupe se déploie aujourd’hui: 93% des 15,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires réalisé en 2015 se rattachent à l’une des divisions peintures de PPG. Depuis un demi-siècle et la mise au point des bains de protection des carrosseries automobiles, l’entreprise américaine s’est positionnée comme le leader mondial des peintures. 

Et loin du simple aspect esthétique, la peinture revêt aujourd’hui de multiples fonctions, dont la protection des structures n’est pas la moindre. «Une voiture sans peinture tiendrait un an au maximum, puis, face à la corrosion et aux éléments climatiques, elle serait bonne pour la casse», assure Jean-Marie Greindl.

L’un des meilleurs exemples des atouts des peintures contemporaines réside dans cette couche de 2 mm appliquée sur les éléments métalliques des structures des bâtiments: confrontée à des températures très élevées (lors d’un incendie), elle se transforme en mousse de 5 à 10 cm qui se solidifie instantanément, constituant ainsi une couche protectrice retardant jusqu’à deux heures la déformation des poutrelles d’acier. Ce sont justement ces développements que pilote Jean-Marie Greindl au sein de la division peintures architecturales.

Quant à sa casquette de responsable de la zone EMEA, elle lui confère la responsabilité de 15 000 collaborateurs, dont près de 115 en Suisse (75 à Rolle et 40 autres répartis sur deux sites à Renens et à Berthoud). Des effectifs en augmentation régulière, aussi bien au fil de la croissance interne que grâce à des acquisitions, comme celles de Revocoat et Le Joint Français (LJF), les deux spécialistes des mastics dans les secteurs de l’automobile et de l’aviation, en 2015.

«Nous n’excluons pas de nouveaux rachats en Suisse à l’avenir; on suit ce qui se passe sur le marché et chez nos concurrents, et selon la complémentarité stratégique avec nos investissements, nous envisageons les opérations», glisse Jean-Marie Greindl. Cinq cents millions de dollars ont été consacrés à de nouvelles activités l’an dernier. Mais cette veille reste discrète et le dirigeant n’en dit pas plus sur les acquisitions éventuellement envisagées. 

Des produits à la pointe

En interne, la croissance est notamment portée par l’innovation et la recherche: 3% du chiffre d’affaires est dévolu à la R&D chaque année, soit 500 millions de dollars. Ainsi, un procédé a été mis au point récemment pour contribuer à alléger le poids des avions: PPG fabrique des hublots de verre dont la couleur peut être modifiée grâce à un léger courant électrique, ce qui évitera à l’avenir aux constructeurs d’intégrer des rideaux de plastique dans la carlingue. Et c’est bien dans cette optique-là que PPG s’intéresse aux recherches menées notamment à l’EPFL, mais aussi dans de nombreux laboratoires universitaires à travers le monde.

Parmi les produits développés ces dernières années figurent des «cool paints», inspirées par le phénomène de l’aubergine. Malgré sa teinte sombre, ce légume, en effet, ne chauffe pas au soleil grâce à une épaisseur très fine de cette couche sombre qui laisse passer les rayons UV vers une couche blanche plus profonde. Cela a mené PPG à créer un produit qui permet de réduire la température externe d’un bâtiment en plein soleil par 30 degrés. Autre avancée: des peintures qui absorbent les composés chimiques de l’air dans une pièce, à l’instar de certains végétaux.

Ce sont sur ces technologies de pointe notamment que travaillent d’anciens étudiants de l’EPFL. Mais le groupe a aussi des liens avec l’IMD à Lausanne, dont certains alumni ont rejoint les rangs de l’entreprise. Et ce avec des perspectives de long terme. Car PPG n’est pas adepte du turnover: au sein du groupe, les perspectives de carrière se construisent sur le long terme.

Jean-Marie Greindl en est l’un des meilleurs exemples, lui qui a démarré sa carrière en Belgique dans le secteur du pétrole, a travaillé chez Petrofina puis Total, au sein d’une division rachetée en 2008 par PPG: «Je suis la preuve que le groupe ne connaît pas de barrières en interne pour gravir les échelons.»

Tous les cadres du groupe ont cependant conscience que les défis du XXIe siècle sont cruciaux. Et au premier rang celui de l’environnement. Les peintures à base de solvants ont été remplacées par des bases aqueuses au cours des dernières années. Innovation dans les composants, mais aussi dans les processus: «Nous avons mis au point un système qui permet de gagner 30% de l’énergie nécessaire à la peinture d’une voiture. Car notre rôle, dans l’écosystème de l’industrie automobile notamment, est aussi de permettre à nos clients d’avoir une empreinte environnementale atténuée», professe Jean-Marie Greindl.

La recherche sur les polymères, pour laquelle le partenariat avec l’EPFL est à l’œuvre, vise aussi à rendre les peintures de plus en plus efficaces, afin de rendre les couches de plus en plus fines et légères, sans rien perdre de leurs propriétés. Une donnée pas si anodine que ça quand on sait qu’une voiture compte 30 kg de peinture.

Dans un autre domaine, PPG a mis au point une gamme de peintures qui empêchent les coquillages de s’accrocher à la coque des bateaux: «C’est loin d’être un détail, car ces coquillages créent un sillage et freinent les navires: avec ces peintures, on réduit cette traînée et on économise du carburant.»

Rester en Suisse, un défi?

Admiratif des recherches menées sur les campus suisses, Jean-Marie Greindl n’en conserve pas moins un regard attentif sur les récentes évolutions du cadre légal dans le pays: «Nous ne sommes pas réticents à l’évolution et à l’adaptation du contexte au monde qui change, mais la Suisse a toujours offert un cadre stable et une visibilité de long terme: il est important que le pays maintienne cela. Or, les modifications récentes des lois dans le pays posent un défi qu’il s’agit de résoudre.»

Pour un groupe qui fait appel aux meilleurs talents «sans se préoccuper de leur passeport ou de leur origine», la votation du 9 février 2014 a donc fait figure de menace potentielle.

Désormais, les regards sont braqués sur la Réforme de l’imposition des entreprises (RIE III): un défi crucial qui devrait rééquilibrer la fiscalité entre les entreprises locales et les multinationales implantées dans le pays. «Combinée avec la hausse du franc, l’attractivité de la Suisse est effectivement en léger recul», concède Jean-Marie Greindl. Avant de se montrer immédiatement rassurant: «Mais de là à nous voir partir sous d’autres cieux, ce n’est pas à l’ordre du jour.» Et le partenariat de long terme avec l’EPFL est là pour témoigner de cette volonté de s’ancrer localement.  

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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