Bilan

«Nous délocalisons une partie de la recherche»

Fin février dernier, André Kudelski annonçait ses résultats 2007. Bénéfice en baisse, perspectives peu réjouissantes pour l'année 2008, un titre en chute libre de plus de 60% en six mois. Et tout cela sur fond de procès, menée par une filiale aux Etats-Unis, contre son principal concurrent, NDS Group. La période n'est donc pas au beau fixe pour le patron vaudois qui ne s?émeut guère de cette situation. Néanmoins, des changements sont à l'ordre du jour du côté de Cheseaux.

Que se passe-t-il pour votre groupe depuis quelques mois?

Nous vivons une transformation fondamentale de notre core business qui a un impact négatif sur nos résultats à court terme. Pour nous, cette transformation est aussi profonde que le passage de l'analogique au numérique. Et même si le timing n'est pas idéal, nous devons procéder à ces changements. Il en va de l'avenir du groupe.

De quels changements parlez-vous?

Nous allons proposer aux diffuseurs du câble et du satellite une interface utilisateur complète pour les décodeurs. Ainsi, nous serons au c?ur du système de pilotage au lieu de nous limiter au cryptage. Parallèlement, nous remplaçons la vente des cartes à puce à nos clients par la location. Cette réforme pèse d'autant plus défavorablement sur nos résultats à court terme que nous changeons simultanément de système chez deux gros clients. Enfin, nous développons des solutions très novatrices pour la diffusion de la télévision sur les téléphones mobiles.

L'Europe a beaucoup de retard sur la télévision mobile par rapport au Japon. Quel rôle allez-vous jouer sur ce marché?

La télévision sur téléphone mobile en est à ses balbutiements en Europe, mais nous avons déjà deux ans d'avance sur la concurrence. Et nous attendons un retour sur investissements important dans ce domaine. Grâce à notre savoir-faire technique, tout le monde pourra prochainement regarder de longues émissions sur son mobile. Parallèlement, nous développons des solutions publicitaires novatrices et très ciblées sur les réseaux câblés. Ainsi, l'utilisateur final pourra-t-il bénéficier de la télévision sur son portable à un prix abordable. Et cela grâce à des business models mixtes entre le payant et le financement publicitaire ciblé.

Quand les Suisses pourront-ils regarder la télévision sur leur portable?

Cela concernera d'abord l'Italie, les Etats-Unis ou la France, qui ont la masse critique suffisante et un vrai marché concurrentiel sur les télécoms. En Suisse, cela viendra plus tard et à condition que les opérateurs deviennent réellement compétitifs et innovateurs. La position de Swisscom n'avantage pas l'innovation. Certains jugent que cette entreprise doit stratégiquement rester en mains publiques. (Lire en page 62.) Pour ma part, je pense que conserver une compagnie aérienne helvétique aurait été beaucoup plus utile que de contrôler une entreprise de télécoms.

Malgré les difficultés rencontrées avec OpenTV, vous semblez en attendre beaucoup ?

Bien sûr. D'ailleurs, pour mener à bien nos projets, nous devons compter sur un OpenTV fort et stratégiquement lié à notre groupe. Nous avons acheté cette entreprise lorsqu?elle était proche du break-even, les coûts se sont avérés plus importants que prévu, mais le marché est très demandeur de nos solutions intégrées. Je n'ai aucun doute sur la pertinence de ce choix.

Par contre, ce choix a été critiqué, notamment par les analystes?

Oui, mais nous en avons l'habitude. Quans nous avons choisi de nous positionner sur le contrôle d'accès physique, il a fallu du temps pour bénéficier d'un retour sur investissements. Les analystes nous demandaient sans cesse quand nous allions vendre cette division. Aujourd'hui, elle s?avère très rentable et la question ne se pose plus. Dans quelques mois, il se passera certainement la même chose concernant les réformes actuelles.

Vont-elles entraîner des modifications opérationnelles au sein du groupe?

Oui. Les structures du groupe n'ont pas cessé de se modifier ces dernières années et cela va continuer. Pour accompagner l'augmentation continue de notre volume d'affaires, nous allons étoffer nos équipes de recherche et développement hors de la zone euro, dans des régions où les structures de coûts sont plus favorables. Nous entendons ainsi abaisser nos coûts unitaires, sans pour autant affecter notre politique de rémunération là où nous sommes présents.

Où exactement?

Définir un lieu compétitif à long terme demande une analyse complète. Nous sommes en plein dans cette phase et l'endroit final n'est pas encore déterminé.

C?est une véritable révolution pour vous qui avez toujours défendu votre responsabilité sociale d'entrepreneur pour la région

. Oui et non. Oui dans la mesure où notre centre de gravité va évoluer. Et non dans le sens où notre centre de Cheseaux va y gagner en efficacité. Nous comptons renforcer nos équipes ici, mais de façon plus modérée, tout en misant parallèlement sur de nouveaux centres de recherche à l'étranger. Ceux-ci seront actifs sur des domaines moins concernés par la propriété intellectuelle. Cela nous permettra de réduire sensiblement nos coûts unitaires de recherche qui sont devenus élevés par rapport à nos pairs hors zone euro.

Vous dites que tout va très bien si l'on se positionne sur le long terme. La bourse a pourtant sévèrement sanctionné le titre Kudelski qui s?est effondré de plus de 60% en six mois. Le marché se trompe-t-il sur l'avenir de votre groupe?

Autrefois, une société s?évaluait en analysant son chiffre d'affaires, sa marge bénéficiaire et le nombre de ses employés. Aujourd'hui, seul le cours de l'action fait figure de référence. Or, dans un cours de bourse, vous avez au moins 50% de facteurs exogènes à l'entreprise qui influencent le prix. A mes yeux, la valeur boursière d'une entreprise ne renvoie pas forcément une information cohérente sur la santé et les perspectives d'avenir d'une société.

Cette chute n'est donc imputable qu?à des facteurs exogènes?

Les résultats 2007 étaient parfaitement en ligne avec ce que nous avions annoncé en novembre dernier. Par contre, la surprise est venue des perspectives 2008, moins bonnes que prévu et nous n'avons pas encore communiqué sur les perspectives 2009. Les facteurs exogènes, dans notre cas, sont liés à la bonne santé de l'économie en général qui a offert une multitude d'opportunités d'achats aux investisseurs et les difficultés rencontrées par plusieurs acteurs de notre branche.

Entreprise cotée et vision à long terme sont-elles donc inconciliables?

Je pense que les investisseurs cherchent trop les récompenses à court terme. Un indice? Le rachat d'actions par les entreprises est très demandé en ce moment. Mais le titre Kudelski est différent car la majeure partie du patrimoine familial se trouve dans l'entreprise et je compte bien le faire fructifier sur le long terme. Ainsi, même si j?ai de la peine pour les investisseurs qui voient la valeur de leurs actions fondre pendant un temps, je peux leur assurer que je fais tout pour augmenter le rendement sur le moyen terme.

Conseillez-vous d'acheter le titre aujourd'hui?

Ce n'est pas mon rôle de donner des conseils aux investisseurs. Mais plusieurs cadres et employés sont en train d'investir sur Kudelski.

Vous parlez de vos cadres. Quand allez-vous leur laisser les commandes opérationnelles?

Pas pour l'instant. Dans notre business, la double casquette, c?est la règle. Regardez Echostar, NDS, Newscorp, c?est partout pareil. C?est une particularité de notre secteur où il faut savoir prendre des décisions extrêmement rapides. En cumulant les fonctions de CEO et de président, c?est le meilleur moyen d'assurer une réactivité optimale. Si le marché devient plus serein dans les dix prochaines années, j?y songerai sérieusement. Mais, si je devais abandonner aujourd'hui l'une de mes fonctions, je lâcherais le poste de président même si mon successeur n'aurait pas la tâche facile avec un actionnaire majoritaire comme CEO.

En avril, le procès contre NDS aura lieu aux Etats-Unis. Ces méthodes de concurrence dignes d'un roman policier vous préoccupent-elles?

Cela démontre que ce marché est très convoité et que nos concurrents utilisent des moyens à la hauteur des enjeux. Tout cela nous a beaucoup appris et nous sommes désormais préparés à réagir rapidement face à des situations aussi dures et imprévues. B

Photo: André kudelski à Chavannes, 30 janvier 2008 / © Laurent de Senarclens/Le Matin

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