Bilan

«Nous croyons à la gestion sélective»

Zeno Staub, CEO de Vontobel, explique comment la banque zurichoise tire son épingle du jeu grâce à sa stratégie de boutique spécialisée.

Zeno Staub, CEO de Vontobel depuis 2011, a développé l’activité sur les marchés londonien, scandinave et italien en 2015.

Crédits: Dr

Vontobel, cela évoque à la fois la finance sophistiquée et la Zurich de l’écrivain Max Frisch. S’étant fortement développée dans l’asset management depuis 2008, la banque zurichoise, fondée en 1924 et cotée depuis 1986, est reconnue dans la gestion de fortune de par sa tradition d’entreprise familiale, détenue à plus de 60% par la famille Vontobel.

Si le premier trimestre 2016 a été marqué par la volatilité des marchés, l’année dernière fut plus que clémente pour l’établissement d’outre-Sarine, élu «Meilleure banque privée» de Suisse en 2014 et 2015 par notre confrère alémanique Bilanz. Le groupe est parvenu à attirer 8 milliards d’apports nets de clientèle, en bonne partie auprès de clients suisses, dans un contexte où les investisseurs helvètes gagnent en pouvoir d’achat. Fin mars 2016, les actifs sous conseil  totalisaient 142,3 milliards de francs, après avoir atteint 147,8 milliards fin 2015.

Le succès de l’an dernier s’explique par la forte identité de la banque et par ses choix très ciblés, d’après Zeno Staub, le CEO du groupe: «Nous évoluons certes sur un marché mature, mais notre marque est reconnue, et l’une de nos spécialités, la gestion obligataire, a connu une sophistication croissante.»

Le marché obligataire (ou «fixed income») s’est en effet complexifié, allant d’une gestion de titres AAA, aux durations longues, vers un marché inédit affichant des taux d’intérêt négatifs, dont la notion d’actifs sans risque est désormais absente. «Il s’agit de gérer les produits fixed income avec plus de souplesse», résume Zeno Staub. 

Le marché est également aux gestionnaires actifs, aux «stocks pickers» capables de dégager du rendement positif. Il s’agit d’opérer une sélection des risques encore plus fine qu’auparavant, «surtout dans un contexte où des entreprises sans chiffre d’affaires en vue sont valorisées à 18 fois leurs bénéfices», ajoute le patron de Vontobel. Ce dernier est arrivé à la tête du groupe en mai 2011 après avoir œuvré comme CFO (2003-2006), puis comme chef de l’investment banking (2006-2007)  et de l’asset managment (2008-2011).

Il y a un an, Vontobel acquérait 60% de la firme britannique TwentyFour Asset Management afin de compléter sa spécialisation dans le fixed income et de mettre un pied à Londres. L’an dernier a aussi vu le rachat de Finter Bank Zurich, dans l’objectif de renforcer l’activité auprès des clients italiens. Autre offensive: l’arrivée de Vontobel sur le marché scandinave (Suède, Finlande), où elle détient 15% des parts du marché des produits structurés. 

Un marché global depuis la Suisse

La gestion des actions gagne aussi en sophistication. Selon Zeno Staub, une sélection active, orientée sur un marché global plutôt que des zones géographiques distinctes, est désormais le maître mot. «Nestlé génère par exemple 43% de ses revenus dans les pays émergents, souligne le CEO. La plupart des clients qui confient un mandat de gestion actif optent pour un mandat global.»

Cela fait peu de sens, explique-t-il, de limiter un gérant qui sait générer de l’alpha (superformance) à un seul marché. Bref, chez Vontobel, on croit fermement que la sélectivité en matière d’actions et d’obligations gagnera en importance ces prochains mois.

Une boutique qui se positionne comme un spécialiste se définit aussi par ce qu’elle n’est pas: Vontobel ne fait pas de private equity, ni de gestion indicielle ni de levier. Au plan géographique, Zeno Staub souligne que Vontobel ne vise pas à s’établir au Moyen-Orient ou en Asie: «Notre offre se fait depuis la Suisse.» Cette focalisation est le secret des résultats performants du groupe, dont la profitabilité a néanmoins souffert du franc fort, sa structure de coûts étant à 60% en franc suisse.

Se digitaliser, oui mais…

Le groupe zurichois, dont la plateforme technologique deritrade est en pointe dans les produits dérivés et qui a lancé une application pour private banking mobile l’an dernier, ne veut pas pour autant remplacer les conseillers à la clientèle par le mobile: «Nous croyons à l’interaction directe, souligne Zeno Staub. Le conseil responsable, la gestion active et les solutions taillées sur mesure requièrent une intervention humaine.» 

A ses yeux, le mobile private banking doit être un outil d’aide à la décision et au contact avec la banque, qui facilite le reporting, le trading et l’accès à la recherche.

L’interaction humaine, un concept que n’aurait pas renié feu Hans Vontobel, décédé en janvier dans sa 100e année, et qui avait vécu huit crises financières. Aujourd’hui, la famille Vontobel maintient son engagement à assurer l’indépendance du groupe. A l’assemblée générale du 19 avril, le conseil d’administration a accueilli deux nouveaux membres issus de la quatrième génération des familles propriétaires, Maja Baumann et Björn Wettergren.

«La présence d’un actionnaire de référence est un atout dans le private banking», souligne Zeno Staub. L’indépendance veut-elle dire que Vontobel n’est pas un acquéreur sur le marché suisse ? «Si l’on ne sait pas comment créer de la croissance organique, on n’est pas non plus un acheteur crédible», lance Zeno Staub. 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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