Bilan

«Les jeunes Vietnamiens vont représenter un terreau extrêmement fertile»

Entre ses impressions sur ce voyage et les objectifs qu'il s'est fixés, il évoque son avenir au sein du Conseil fédéral. Quels sont les résultats concrets de ce déplacement? Ce voyage m'a permis de rencontrer les responsables des Gouvernements chinois, philippin et vietnamien. Avec ces derniers, nous avons, par exemple, signé des accords qui marquent la base d'une collaboration entre des universités romandes et des universités vietnamiennes ainsi qu'entre la plus prestigieuse école polytechnique de ce pays et l'EPFL. Tout cela était en discussion depuis des mois mais mon déplacement dans ce pays a permis d'accélérer les choses. Le Vietnam est un pays très jeune où 30% de la population a moins de 25 ans. Ces jeunes ont envie d'étudier et ils vont représenter un terreau extrêmement fertile en matière de recherche scientifique dans les années à venir. En leur permettant de profiter de nos conseils maintenant, nous engageons des relations à long terme avec les scientifiques de ce pays et la Suisse en profitera pleinement le moment venu. Nous avons également évoqué un projet d'accord de libre-échange dans ces pays, mais rien ne s'est encore concrétisé pour l'instant. Le Vietnam et les Philippines sont ils aussi prometteurs que la Chine? Pour les entreprises suisses, stratégiquement, cela ne fait pas le moindre doute. Au Vietnam, un pays de 85 millions d'habitants, tout reste à faire, comme aux Philippines. Prenez l'exemple d'Holcim, le géant helvétique du ciment installé dans le pays depuis près de quinze ans. Aujourd'hui, cette entreprise est devenue un acteur incontournable sur son créneau dans un pays qui construit à tout va. Ces marchés de niche peuvent s'avérer très porteurs pour les entreprises helvétiques, il ne faut surtout pas les négliger. Ces pays connaissent certes des croissances records depuis plusieurs années mais certains, comme le Vietnam, connaissent aussi une inflation de plus de 20%. Pas idéal pour les affaires non' Il est vrai que le Vietnam connaît une période difficile depuis le début de l'année, c'est justement dans ces moments-là que nous devons venir apporter notre soutien à ce pays. D'ailleurs, le président vietnamien a confirmé un train de mesures visant à réduire les problèmes d'inflation. Il a notamment parlé d'une meilleure gestion de la masse monétaire et d'une baisse des dépenses publiques. J'ai confiance car ces gouvernements trouvent toujours des solutions pragmatiques pour gérer rapidement les situations difficiles. Certains entrepreneurs suisses actifs dans ces pays parlent de problèmes liés à l'inexistence d'un Etat de droit. Qu'en pensez-vous? Il ne faut pas nier les problèmes liés au respect de la propriété intellectuelle et des secrets de fabrication. Et cela, en Chine notamment. Ces questions s'améliorent rapidement même si la situation n'est pas encore satisfaisante. Là, c'est à chaque entreprise de calculer ses risques en mettant également dans la balance les avantages liés à une présence en Asie. Le fait de s'installer dans des pays communistes ne pose plus aucun problème pour les entrepreneurs suisses? Non. Le communisme d'il y a vingt ans, qui visait à fondre l'individu et sa diversité dans la masse, n'est plus d'actualité, ni en Chine, ni au Vietnam. Quand je discute avec les dirigeants de ces deux pays, ils démontrent clairement leur pragmatisme et leur ouverture sur le monde. L'un d'eux m'a même confié que le système de formation des prix expliqué par Marx ne fonctionnait tout simplement pas. Il suffit de regarder la cérémonie d'ouverture des JO pour se convaincre des changements actuels, il n'y avait aucune mention faite à Marx ou à la révolution mais plutôt à Confucius qui prônait l'harmonie des relations humaines. C'est encourageant. Les anciens dirigeants communistes ont peut-être perdu leur âme mais ils ne sont pas prêts à perdre le pouvoir. A mon avis, c'est en investissant dans ces pays et en augmentant la qualité de vie des populations concernées que nous parviendrons en parallèle à améliorer le respect des libertés individuelles. Cette transition entre un communisme dur et un système d'économie de marché s'accompagne souvent de l'apparition d'un nationalisme exacerbé comme en Russie, par exemple. Est-ce que ce phénomène vous préoccupe? Il y a un vide laissé par le communisme et certains gouvernements préfèrent le combler avec le nationalisme qu'ils peuvent contrôler plutôt que de laisser la place à des groupes non officiellement organisés comme des religions libres, par exemple. Si l'on veut éviter une flambée nationaliste en Chine ou au Vietnam, c'est aux pays occidentaux de savoir lâcher du lest et faire en sorte que cela ne se passe pas. Permettre au Vietnam de faire son entrée à l'OMC, par exemple, va exactement dans ce sens-là. La Chine demande qu'on lui accorde la place qu'elle mérite dans l'économie mondiale, je pense que nous devons lui accorder, en partie du moins, ce voeu légitime. L'une de vos principales préoccupations pendant ce voyage a été le risque environnemental au Vietnam avec la montée du niveau de la mer qui pourrait pousser au déplacement plus de 10 millions de personnes. Finalement, les Verts ont eu raison de mettre l'écologie en tête de leurs préoccupations? L'écologie est une préoccupation majeure mais je déteste l'idée de tout régler automatiquement par le prélèvement d'une nouvelle taxe. Il est clair que nous devrons trouver des solutions comme le renforcement d'incitations fiscales à prendre des bonnes initiatives par exemple. Mais, vous savez, il n'y a aucune nécessité d'appartenir à un Parti écologiste pour avoir une conscience écologique. Vous avez aujourd'hui 66 ans. Vous devrez céder un jour votre place de conseiller fédéral. Comment appréhendez-vous cette échéance? Cela ne me fait pas peur du tout. Je sais que mon avenir ne passera pas par des conseils d'administration car si je quitte le Conseil fédéral, j'estime que je n'ai plus ma place dans l'organe suprême d'une grande entreprise non plus. Par contre, en grand amateur de culture, je me verrais très bien au sein d'une fondation, par exemple. Parallèlement, je sais très exactement ce que je veux réaliser sur un plan plus personnel. Mais, je vous rassure, tout ce programme, je le garde pour un âge plus proche de 70 ans que de 65. Photo: Pascal Couchepin / © D.R.
Thierry Vial

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