Bilan

«Les concentrations dans la presse ne font que débuter»

Edipresse vient de publier ses résultats pour 2009. Une année charnière dans l’histoire de l’éditeur de Bilan. Le groupe vaudois a vendu à Tamediases activités suisses (à l’exception du magazine que vous lisez) dans un contexte atroce pour la presse qui n’a jamais connu un tel séisme. L’opération qui se fait par tranches sera finalisée en 2013.

Chute de la publicité, qui représente parfois jusqu’à 80% des revenus des titres, érosion du lectorat print face à l’installation dans la consommation d’information des nouveaux médias: tout contribue à une remise en cause des fonctionnements des entreprises de presse qui doivent revoir leur stratégie.

Pour Tibère Adler, le CEO du groupe, 2009 n’est clairement pas un bon cru pour Edipresse, même si les efforts consentis ont permis de préparer l’avenir. «Une telle pression sur les marges des éditeurs fera qu’il y aura d’autres opérations de concentration. C’est inéluctable et d’ailleurs cela se passe en ce moment. Le marché de la presse suisse se trouvait dans une situation excellente, il a décru mais il reste intéressant en comparaison internationale.»

Au-delà d’effets de restructuration et de réorganisation exceptionnels, Edipresse annonce pour 2009 une perte de 32,3 millions de francs pour un chiffre d’affaires de 170 millions. «Reste que le cash-flow est resté positif et un retour au bénéfice est attendu dès le premier semestre 2010.» Tibère Adler poursuit: «Notre transaction avec Tamedia a fait sauter un tabou dans la tête de nos concurrents.» A l’image de Ringieret Axel Springerqui viennent de créer une joint-venture pour leurs affaires en Europe de l’Est, notamment.

A quoi ressemblera le nouvel Edipresse? «Le groupe a fait le choix de vendre les activités suisses pour se consacrer à l’international tout en conservant un pôle magazine basé à Genève» (ndlr: outre Bilan, il possède la Tribune des Arts, GMT et Révolution auxquels il faut ajouter le site horloger Worldtempus). La stratégie à l’international consistera à posséder 100% des sociétés et ne plus opérer par joint-venture. L’essentiel des activités du groupe se situe désormais en Europe de l’Est (deux tiers du chiffre d’affaires) et en Asie, des investissements seront effectués dans le Web, tout en sachant que c’est un domaine à risque. Quant au pôle immobilier du groupe, il va prendre de l’ampleur et pourrait ainsi représenter 50% des actifs à l’avenir. Outre les cycles moins volatils de ce secteur, l’éditeur compte investir les fruits de sa vente à Tamedia dans une activité équilibrée entre risques et retours sur investissement. Le conseil d’administration a par ailleurs décidé la mise en place d’un programme de rachat d’actions propres de l’ordre de 30 millions de francs.

Le groupe vaudois est contrôlé par la famille Lamunière, Pierre en étant le président. L’actionnaire de référence conforte sa position dans le capital du nouvel Edipresse dont il détient 72,3% du capital après le rachat des 17,9% détenus jusqu’ici par PubliGroupe. «La famille est autant impliquée dans le nouvel Edipresse que dans l’ancien», précise encore Tibère Adler. Dorénavant, c’est la troisième génération de la famille Lamunière qui joue un rôle actif dans l’entreprise. Sébastien, après avoir travaillé deux ans pour l’entreprise à Hongkong, a pris un rôle de contrôleur financier au niveau du groupe. Son frère Michel chapeaute pour sa part les activités Web d’Edipresse Asie. Tous les deux sont les fils de Pierre qui avait lui-même succédé à son père Marc.

Stéphane Benoit-Godet

<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

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Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

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