Bilan

«Le travail a toujours été un exutoire»

Quelles sont les conséquences d’une crise conjugale sur le plan professionnel et personnel? Premier d’une série de trois interviews autour du divorce, Raymond Loretan raconte.

Raymond Loretan dit se «remettre à jour» tous les matins grâce à la méditation.

Crédits: Oliver Maire/photo-genic.ch

Raymond Loretan, président exécutif du conseil d’administration de Genolier Swiss Medical Network, fondateur et partenaire du cabinet Fasel, Balet, Loretan, d’Arenberg, a été également, de 2002 à 2007, consul général de Suisse à New York avec le titre d’ambassadeur. 

Candidat PDC aux élections d’octobre, Raymond Loretan s’est finalement retiré au profit de son colistier de l’Entente, Benoît Genecand. Sur un plan personnel, l’homme a vécu le deuil de la séparation. Si cette épreuve a un impact direct sur sa vie privée, elle n’a rien changé à sa vie professionnelle. «Le travail a toujours été un exutoire»,  confie-t-il.

Votre séparation, un choc?

Le moment précis du départ est brutal. Mais sinon, pas vraiment, c’était malheureusement inéluctable. L’attention à l’autre n’est plus la même; le dialogue devient déficient, les centres d’intérêt divergent, les cercles d’amis changent. Les attentes de vie diffèrent et les chemins se séparent, parfois progressivement, parfois abruptement.

Une fatalité?

Pas une fatalité, un échec, l’issue d’un processus d’éloignement. La séparation, même pour de bonnes raisons, est suivie d’un deuil, celui d’un mariage, certes, mais surtout d’une vie de famille, d’une histoire que l’on avait imaginée différente, on ne vieillira plus ensemble. Il est sain de le vivre pleinement, ce deuil, il est libératoire.

C’est le premier échec de votre vie?

La vie est pavée de succès et d’échecs. Et l’échec porte aussi en lui le germe du renouveau, on s’en relève. Celui-ci a de particulièrement douloureux qu’il touche les tiers qui vous sont les plus chers, vos enfants.  

Cet échec a-t-il fait naître en vous une énergie particulière?

Il réoriente les énergies, Mais je dirais plutôt que c’est un voile de tristesse qui s’est abattu sur moi. C’est l’éclatement d’une famille, la fin de certains rites, un quotidien qui change, voilà ce qui pèse. Il faut se réapproprier l’espace et le temps. Sans l’autre... Mais le temps apaise, guérit et aguerrit.

Vous dites vous «remettre à jour» tous les matins…

C’est ma règle de vie: s’efforcer de faire le mieux possible, hic et nunc, là et maintenant. Réussite ou échec, il faut les intégrer pleinement dans votre nouvelle réalité, tant sur le plan privé que professionnel. Il en va ainsi d’une séparation. C’est une nouvelle situation de vie, avec ses douleurs et ses opportunités.

Un peu comme un GPS quand vous le reprogrammez, il recalcule l’itinéraire et vous amène à bon port. Sauf que là vous ne décidez pas du port, vous faites confiance à la vie. Cette conscience du moment et cet abandon à demain, c’est la remise à jour quotidienne dans ma pratique matinale. 

Ce nouveau paramètre n’a-t-il pas perturbé votre vie professionnelle?

Peu. Mon entourage professionnel a certainement ressenti que j’étais assombri, mais l’impact sur mon engagement n’a été que marginal. En réalité, j’ai rencontré autour de moi une discrète compassion qui m’a réconforté et pour laquelle je n’ai probablement pas été assez reconnaissant. 

Sur le plan familial, la relation avec les enfants devient plus complice. Les parents sont seuls, les enfants veillent et suppléent, sans juger. Tout devient plus personnel, plus émotionnel aussi. Et petit à petit la vie se normalise dans une nouvelle forme d’amour familial. 

Vous méditez?

C’est devenu à la mode aujourd’hui, mais je pratique à ma façon depuis mon université. Les hauts et les bas de la vie m’ont permis de découvrir l’importance de la dimension spirituelle en toute chose et en toute situation. Pour remercier des succès et se relever dans l’adversité, pour préserver l’équilibre et permettre l’équanimité.
A 60 ans, cet abandon à quelque chose qui me dépasse fait partie de mon quotidien. Mais il n’est jamais acquis. D’où l’importance d’une pratique régulière. 

Avez-vous gagné en humanité?

Cette épreuve vous touche et vous change, certainement. Elle peut vous humaniser ou vous durcir. Elle doit en tout cas vous faire réfléchir sur vous-même et vous remettre en question.   

Anne-Marie Philippe

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