Bilan

«Le sexe n’est pas un critère qui influence sur le salaire»

Le Centre Patronal réfute l’idée d’une discrimination salariale avérée entre les sexes. Une prise de position à contre-pied du Conseil Fédéral, en pleine consultation sur un projet de loi rendant obligatoire l’analyse des salaires.

Le directeur du Centre Patronal Christophe Reymond.

L’organisation patronale a présenté jeudi 3 décembre les résultats de son étude intitulée «Egalité salariale : la manipulation d’un juste principe», menée auprès de 660 entreprises romandes, en collaboration avec l’institut M.I.S Trend. Pour son directeur, Christophe Reymond, chiffres et graphiques à l’appui, «le sexe n’est pas un critère qui influence sur le salaire, mais le sujet est en lui-même dévoyé par les politiques. Et notamment le Conseil Fédéral.»

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Une « dictature statistique »

Le Centre Patronal (CP) dénonce une «extrapolation injustifiée» des données produites entre autres par l’Office Fédéral de la Statistique en qualifiant la situation de «dictature statistique». L’OFS publie en effet tous les deux ans un rapport sur le niveau et la structure des salaires, annonçant en août dernier une différence de salaire entre les hommes et les femmes de 21.3%, avec une part injustifiée de 40.9%.

«Si on fait le calcul total, la part injustifiée est en fait de 8.7%. C’est évidemment moins spectaculaire», souligne Sophie Paschoud, auteure du rapport. «Il est difficile de prouver que cet écart résulte d’une pratique discriminatoire. L’argument de la discrimination est toujours utilisé, et pourtant, il manque de nombreux critères pour le prouver.» 

Pas d’influence sur le salaire, ni à l’embauche, ni pendant la carrière

«C’est avant tout la qualité du travail, l’expérience, les résultats ou encore le comportement qui sont cruciaux pour déterminer les salaires», explique pour sa part Christoph Müller, directeur de M.I.S Trend. Les chefs d’entreprises interrogés jugent que le sexe ne jouerait pas d’incidence sur le salaire à la fois à l’embauche, mais aussi pendant la carrière.

Le CP critique le système actuel de comparaison des salaires, qui «ne prendrait pas en compte d’autres variables importantes, comme l’expérience, la qualité du travail ou le comportement de l’employé, difficilement traçables. Et encore moins les pratiques individuelles propres aux industries». Une généralisation qui fâche l’association patronale.

Surprise de l’étude: les entreprises favorables au projet de loi

En regardant de près le rapport, les entreprises sondées se montrent pourtant soucieuses de la problématique. Pour 77% d’entre elles, l’égalité salariale est estimée appliquée, et pour plus de 65%, la question est devenue importante dans la gestion du personnel.

Le projet de loi du Conseil Fédéral est même perçu favorablement par près de trois entreprises sur quatre. Mais sous certaines conditions: un processus simple, non punitif, et à une fréquence tolérable.

«Chère et inutile», la loi serait en plus une «menace réelle» pour les employeurs selon Christophe Reymond. Ces derniers se «verront reprocher sur d’autres différences, comme la répartition des rôles dans un couples, ou des choix de formation moins valorisés au départ, et qui peuvent avoir des conséquences sur la valeur du travail». 

 

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