Bilan

«Le mieux est de trouver un investisseur local»

Professeur à la HEG Fribourg, Carlos da Silva donne des conseils aux start-up et aux investisseurs qui veulent se lancer sur des marchés émergents en début de développement.

Carlos da Silva: «Le potentiel de croissance est beaucoup plus élevé dans des régions encore peu développées.»

Crédits: Dr

Si certains marchés émergents, comme Singapour ou la Corée, ont déjà atteint une grande maturité, une quantité d’autres pays vivent actuellement les premiers jalons du développement économique. L’Inde, le Bangladesh, l’Asie du Sud-Est, les Philippines, le Mexique ou encore la Pologne vivent l’effervescence des débuts d’une vigoureuse phase de croissance. Les opportunités abondent pour les entrepreneurs les plus aventureux. Les conseils du professeur Carlos da Silva, de l’institut entrepreneuriat et PME de la HEG Fribourg.

Est-ce beaucoup plus difficile de se lancer comme entrepreneur dans des régions nouvellement développées comme les Philippines plutôt qu’à Singapour, par exemple?

Le potentiel de croissance est beaucoup plus élevé dans des régions encore peu développées, en comparaison avec d’autres pays économiquement plus mûrs, où les principaux jalons économiques, tels que la construction d’infra-structures et la création d’un système bancaire, ont déjà été franchis.

Ces écosystèmes prometteurs où tout est à bâtir attirent des entrepreneurs étrangers qui y voient des espaces alternatifs où la concurrence est rare et les opportunités abondantes. Mais le terrain s’avère difficile, parce qu’il n’y existe pas encore de communauté liée à l’entrepreneuriat qui puisse soutenir les start-up.

On rencontre très peu de managers expérimentés qui comprennent les écosystèmes émergents et lancent de véritables entreprises. L’entrepreneur étranger se retrouve très souvent dans un rôle de formateur. 

Quels sont les secteurs où il y a des opportunités pour les investisseurs?

Un grand nombre de développeurs informatiques très doués se concentrent dans certains marchés émergents comme l’Europe de l’Est et l’Inde. Or, ce capital humain est toujours plus rare et plus cher en Europe et aux Etats-Unis. Du point de vue de l’investisseur, cette densité de compétences informatiques peut déboucher sur de réelles innovations qui débouchent sur la création d’entreprises qui connaissent un grand succès.

La start-up Paytm a par exemple révolutionné l’industrie du paiement mobile en Inde. Fondée en 2010, elle est aujourd’hui valorisée à plusieurs milliards de dollars et revendique 100 millions d’utilisateurs.

Paytm a tout d’une success story sur un marché émergent…

Le fondateur Vijay Shekhar Sharma a bénéficié de l’avantage du «first mover». Il a été le premier à se lancer dans le pays dans le secteur du paiement mobile. Paytm a eu une approche unique du commerce électronique en Inde. Lancé à l’origine en tant qu’application pour le téléphone, son nom est une abréviation de «payer par mobile».

Il est rapidement devenu un porte-monnaie en ligne et, quatre ans plus tard, la firme lançait un site de commerce électronique. Avec aujourd’hui le géant chinois Alibaba et l’industriel indien Ratan Tata comme actionnaires, Paytm est maintenant un des trois acteurs majeurs du commerce mobile en Inde avec Snapdeal et Flipkart. En août dernier, Paytm a reçu une licence bancaire des autorités indiennes qui l’autorise à étendre ses services. Son objectif est d’avoir 500 millions d’utilisateurs d’ici à 2020. 

Pour un entrepreneur intéressé par les marchés émergents, comment trouver un financement?

Je lui recommanderais de se renseigner sur place auprès des autres start-up pour savoir comment elles ont obtenu leur financement. Les start-up dans les marchés émergents devraient d’abord marcher dans les traces de leurs aînés qui ont réussi dans cette voie, avant de solliciter des investisseurs étrangers.

La vérité, c’est que si vous n’êtes pas capable d’obtenir un soutien financier dans votre propre écosystème, comment des investisseurs étrangers pourraient-ils vous faire confiance ? Commencez par lever un financement local, montrez des résultats et, très vite, de plus grands acteurs entendront parler de vous. 

La microfinance est-elle une option?

J’ai des sentiments mitigés envers le microfinancement. Certes, il permet aux micro-entrepreneurs de prospérer. Mais nombre d’entre eux sont maintenant noyés sous une montagne de dettes. 

Faut-il trouver un partenaire local qui connaisse le marché?

Je crois de plus en plus aux partenariats locaux, car il est vraiment difficile à l’entrepreneur étranger de naviguer seul dans les eaux des marchés émergents. 

Un partenaire local fort peut grandement faciliter son voyage. Même pour entrer sur le marché américain, je recommande de travailler de la sorte. Le mieux est de trouver un investisseur local qui souhaite voir le projet se développer vite et à grande échelle. 

Quelle est l’erreur la plus fréquente que font les entrepreneurs?

Sous-estimer les différences culturelles et méconnaître les façons de faire des affaires dans les marchés émergents.

Quels conseils pouvez-vous donner aux entrepreneurs et investisseurs suisses intéressés par ces marchés?

Méfiez-vous du rôle des autorités locales et de leurs relations avec la communauté entrepreneuriale. Contrairement aux usages dans nos marchés développés, l’implication des administrations dans la construction d’un écosystème favorable aux start-up est primordiale. Il faut vous assurer que le gouvernement montre un soutien au climat d’investissement et que la législation locale protège l’innovation. 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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