Bilan

«Genève doit repenser son offre d’événementiel»

Ce secteur économique représente des centaines de millions de francs pour Genève. Il doit cependant être développé estiment des experts.

La BCGE organisait une conférence la semaine dernière sur l'importance du secteur de l'événementiel pour Genève.

Mercredi 12 septembre, la BCGE organisait un séminaire sur l’importance du secteur événementiel pour Genève. Pour débattre, Raoul Monnay, directeur responsable du département Entreprises Suisse de la BCGE, Jacques Folly, délégué au développement économique du commerce à l’Etat de Genève, Anja Loetscher, directrice de NEXTFactor Enterprises, Claude Membrez, directeur général de Palexpo, Richard Torriani, directeur général de MCI et Thierry Lavalley, président de la Société des Hôteliers de Genève et directeur général du Grand Hotel Kempinski à Genève.

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Selon Richard Torriani, l’organisation d’événements représenterait plus de 5,9 millions d’emplois dans le monde, soit plus que les secteurs de l’automobile, de la pharma ou du pétrole. Rien qu’à Genève, le Bureau des Congrès, rattaché à Genève Tourisme, a généré 630 millions de francs de retombées économiques entre 2007 et 2017 (41 millions de retombées fiscales). A savoir qu’il faut compter un budget d’environ un million de francs pour organiser un événement de 1000 personnes. «Les congrès rapportent de l’argent, créent des emplois, permettent de se développer professionnellement, supportent le tourisme, permettent d’échanger des connaissances et augmentent les opportunités de business», explique Anja Loetscher.

La liste des avantages est longue selon l’ancienne directrice du Bureau des congrès de Genève Tourisme. «Le business d’affaires laisse un héritage au niveau de l’innovation et un échange de savoir. Les participants apprennent des autres. Cela positionne et offre une bonne image de la ville même si le rayonnement et la réputation sont très difficiles à mesurer».  Sans compter les retombées fiscales pour la ville et le canton. «Ce secteur est un véritable catalyseur financier», reconnait Jacques Folly, délégué au développement économique du commerce à l’Etat de Genève.

Les tensions politiques comme seul risque

D’autant que la cité de Calvin bénéficie de nombreuses compétences qu’elle doit mettre en avant dans les secteurs de la Banque & Finance, du trading de matières premières, dans la biotech et la medtech, les cleantech, l’horlogerie et l’industrie du luxe ou encore dans les arômes et parfums. A savoir que l’acquisition d’un mandat pour l’organisation d’un congrès prendrait tout de même entre un à six ans selon Anja Loetscher qui estime que le gouvernement devrait officiellement reconnaître les bénéfices économiques de ce secteur pour la destination et l’impact sur la communauté. «Il faut investir dans le business des congrès, car ce dernier est un business sûr. En effet, malgré l’évolution des technologies, les gens veulent encore se rencontrer en personne. Le seul risque pourrait venir des restrictions de voyage liés à des tensions politiques entre pays».

Le directeur général de MCI, Richard Torriani abonde dans le sens de l’experte des congrès: «L’Etat, l’hôtellerie, les transports, les commerces sont impactés par le tourisme d’affaires. Il est nécessaire de mettre en place une véritable stratégie de marketing territorial et de considérer l’événementiel comme un secteur économique à part entière». Genève doit innover et se moderniser dans l’accueil des touristes d’affaires car la concurrence existe, à l’international et en Suisse. En effet, alors que la ville détient 106'000 m2 de surface d’exposition, Bâle en compte 150’000m2 par exemple.

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Des villes comme Paris, Londres, New-York ou encore Dubaï se profilent de manière agressive pour l’organisation d’événements de grande envergure. «La force d’une destination dépend aussi de son offre de salles de réunion. Mais également de son image, des attractions et des loisirs qu’elle offre, de l’accès à un aéroport, de l’infrastructure relative aux communications, à la mobilité et à son offre de logements», ajoute Richard Torriani. Et à Genève, il manquerait, par exemple, des structures pour accueillir plus de 500 personnes pour un déjeuner. Certes, des espaces comme Palexpo, l’Arena ou encore l’espace hippomène (HEAS) existent, mais rien n’est très folklorique ou charmant comme un musée ou une salle avec vue sur le lac. Pour certains des intervenants, il manquerait aussi un centre de congrès tout équipé, moderne et pratique pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes.

Autre petit frein: le manque de chambres d’hôtels à Genève. La ville compte 9500 chambres (10'000 en 2019) avec un taux de remplissage entre 65 et 67%. Même si la ville du bout du lac détient le ratio le plus élevé au monde du nombre de chambres par rapport aux nombre d’habitants, il est très difficile pour cette dernière d’accueillir des congrès de plus de 5000 personnes. Au-delà, il faut en effet réquisitionner des établissements hôteliers sur le canton de Vaud ou en France voisine.

Il manque une communication centralisée

Selon Thierry Lavalley, président de la Société des Hôteliers de Genève, le problème n’est pas là: la ville doit surtout se singulariser et offrir des services que les autres n’offrent pas. Hélène De Vos Vuadens, porte parole de la BCGE abonde dans ce sens: «Il est temps pour Genève d’innover, de se moderniser. La ville ne peut plus se reposer sur ses anciennes structures. Elle doit se mettre à la page du digital et être plus réactive dans tous les domaines». Selon Jacques Folly, délégué au développement économique du commerce à l’Etat de Genève, Genève doit rajeunir l’image de sa destination, développer l’événementiel et élargir la gamme d’hébergement.

Les trois axes principaux de l’Etat de Genève sont: Faire du marketing territorial, offrir un catalogue touristique et développer la collaboration transfrontalière. Les atouts à mettre en valeur: la dimension de l’eau (lac, Rhône, Arve), l’horlogerie (projet de Geneva Watch Week) et la dimension scientifique avec le CERN, l’ONU et le CICR. Selon les experts présents, il manquerait également une communication centralisée, une plateforme pour les Genevois et les touristes d’affaires qui donnerait des informations sur tout ce qu’il y a à faire à Genève, l’idée étant de les fidéliser, leur donner envie de rester quelques jours de plus ou de revenir en famille pour du tourisme de loisirs.

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Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

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Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l’Université de Genève. Elle débute sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Journaliste depuis 2010 pour le magazine Bilan, elle est spécialisée dans les PME. En grande amatrice de vins et gastronomie, elle est également responsable du supplément Au fil du goût encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal contribue par ailleurs régulièrement aux suppléments Luxe et Immo Luxe de Bilan.

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