Bilan

«En Suisse, c’est assez facile de rebondir»

Fondateur du Genolier Swiss Medical Network, Antoine Hubert a connu la faillite et la prison. Aujourd’hui, il a repris la direction générale de la Clinique de Genolier.

«Dans la vie, l’ennemi, c’est l’ego»

Crédits: Jean-Christophe Bott/Keystone

Le parcours professionnel d’Antoine Hubert n’a pas manqué d’épreuves. Aujourd’hui à la tête d’un groupe de plus de 3000  personnes qui vient de reprendre la Clinique Montbrillant à La Chaux-de-Fonds, ce patron autodidacte confirme que sa vie a été «pleine de péripéties». Rencontre avec un homme d’affaires qui assure pourtant ne pas connaître la notion d’échec: «Quand j’ai raté mes classes, que j’ai dû faire deux fois la première du collège, cela a contribué à ma maturité. A 30 ans, j’ai connu la faillite et le «violon» et ça m’a donné à réfléchir.» 

La prison a-t-elle perturbé votre vie privée?

Pour moi, il n’y a pas de frontière entre le travail et la vie privée. A l’époque, j’avais un enfant de 4  ans et mon épouse Géraldine travaillait avec moi. D’ailleurs, elle est encore toujours impliquée dans mes affaires. Etre enfermé, durant une détention préventive d’un mois, m’a obligé à me remettre en question. J’étais probablement un con arrogant. Il ne me restait que quelques amis; ceux qui me connaissaient le moins bien! Nous avons déménagé. J’avais fait faillite en Valais, le canton de Vaud était ma deuxième chance. En Suisse, c’est relativement facile de rebondir en changeant simplement de canton.

Vous sentiez-vous plus fort après cette épreuve?

La privation de liberté m’a fait comprendre que libres, nous étions maîtres de notre destin. Dans une pièce, à tourner en rond, j’étais confronté à ma part de responsabilité. Dans la vie, l’ennemi, c’est l’ego. Et c’est souvent les autres qui font grandir votre ego. Le risque d’être guidé par l’ego est grand, il faut être vigilant.

L’adversité semble être votre moteur…

Si tout va bien, je me demande: «Qu’est-ce qui va me tomber dessus?» Et je n’aime pas du tout cet état! Je me sens dans mon élément quand, d’une manière générale, les choses vont bien mais avec quelques coups compliqués à surmonter. Je suis un grand paresseux. L’homme a fait les plus grandes inventions par paresse. Ne serait-elle pas le moteur de la créativité et de l’innovation? 

Comment pourriez-vous décrire votre personnalité?

J’aime les belles choses de la vie. Et avoir du temps aussi… Pour cela, il faut un niveau de réussite qui ne peut être liée qu’à l’ambition. L’ambition est noble, elle ne consiste pas forcément à gravir les échelons sociaux ou à gagner de l’argent mais aussi à progresser, se cultiver, ou à découvrir de nouveaux univers. Je vis dans différents pays et, tous les jours, je découvre de nouvelles choses. En vingt ans, je n’ai pas changé, je m’amuse de la même manière, je suis toujours un enfant. La vie est un jeu, une partie d’amusement. Ce que j’aime? Réussir à faire marcher quelque chose qui ne marche pas! 

C’est ce qui vous pousse à reprendre momentanément la direction générale de Genolier?

Douze ans après l’avoir rachetée en 2002, il était temps de revenir dans l’arène pour s’assurer que la Clinique de Genolier soit vraiment l’exemple au sein du groupe éponyme.

Quelle est votre motivation profonde?

Réunir les gens sous une même bannière, partager les mêmes idées. A chaque moment de la vie, il y a une opportunité, il faut être aux aguets pour la saisir.

Dans le domaine immobilier, en 1997, vous avez, visiblement, su saisir les opportunités…

Dans l’immobilier, il faut savoir s’arrêter! Les gens ne savent pas encore que, dans certains cas, la valeur actuelle de leur bien ne couvre pas leurs dettes. Avec des intérêts négatifs, nous vivons dans un monde à l’envers. En Suisse, il y a trop d’objets sur le marché et on ferme la porte de l’immigration. En Europe, on a tué l’espoir. On nivelle par le bas, pour relancer la machine économique, il faudrait augmenter les bas salaires comme nous avons toujours su le faire en Suisse!

C’est ce que vous avez fait dans votre groupe?

C’est ce que nous nous efforçons de faire. Dans le cadre de l’initiative sur le salaire minimum, dans notre groupe, sur 3000 personnes, il n’y aurait eu que 48 employés dont le salaire aurait dû être ajusté.

Quelles seraient, selon vous, les clés de la réussite?

La capacité de réussir à comprendre ce qu’attendent les individus et anticiper leurs désirs. Savoir se mettre en adéquation avec le marché et adapter le marketing à la passion et à l’attente des gens. 

Michel Reybier et vous, une rencontre marquante dans votre existence…

Michel Reybier et moi nous nous sommes associés, car je pense que nous avons la même vision de l’entreprise. Je l’ai rencontré en 2003 dans le cadre de La Réserve et, au fil du temps, nous nous sommes découvert des points communs, on s’est rencontrés régulièrement et, en 2011, nous avons fait l’OPA sur GSMN. 

Avez-vous une philosophie de vie particulière?

Vivre discrètement me semble essentiel. L’homme est envieux par nature. Et sans espoir, l’envie chez l’autre est exacerbée. Il faut vivre pour soi, penser à soi et à son bien-être. Un égoïsme bien géré, ça rend les autres heureux! A condition bien entendu de respecter également leur propre égoïsme.

Où vivez-vous en ce moment?

Je vis et travaille en Suisse. Mais notre fille est à l’école en Californie. Nous y passons souvent. Il fait toujours beau et l’avenir du monde s’y joue en ce moment avec une énergie et une innovation permanentes. Je peux prendre du recul et réfléchir. Je trouve souvent des solutions plus intéressantes. J’essaie de partir une semaine par mois. Je l’ai toujours fait, même quand je n’avais pas d’argent. Car le privé fait partie intégrante de mon travail.

Lier sa vie à une passion professionnelle vous semble-t-il essentiel?

Le problème du monde, c’est que les gens ne font pas ce qu’ils ont envie de faire. Même s’ils n’aiment pas leur boulot, ils n’ont pas le courage de réapprendre un autre métier. Les gens ne savent pas se remettre en cause. Plus facile, ils mettent en avant le système et se sclérosent. Il faut casser les conventions! 

Anne-Marie Philippe

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