Bilan

«100% de nos étudiants trouvent du travail»

Gratuite et sans professeur, la nouvelle Ecole 42 Lausanne ouvrira ses portes en octobre. Son directeur, Christophe Wagnière, prône une diversité des profils en encourageant notamment les femmes à s’inscrire.

Lancée à Paris (photo) en 2016, l’Ecole 42 forme des développeurs informatique.

Crédits: William Beaucardet

La pénurie de développeurs informatique est flagrante. «En Suisse, il manquera 35 000 spécialistes en 2028. Actuellement, seuls 1900 diplômés en informatique sont formés chaque année alors que 4500 informaticiens prennent leur retraite», révèle Christophe Wagnière, directeur de la nouvelle Ecole 42 Lausanne qui ouvrira ses portes à Renens (VD) en octobre prochain.

Christophe Wagnière, 45 ans, était auparavant directeur des systèmes d’information de la HES-SO. (Florian Cella)

Gratuite et sans professeur, l’Ecole 42 – fondée à l’initiative de l’entrepreneur et homme d’affaires français Xavier Niel – espère remédier en partie à ce manque d’informaticiens. Cette pédagogie a déjà fait ses preuves dans plusieurs pays au travers des 21 écoles existantes. Christophe Wagnière peut déjà compter sur l’inscription de plus de 1500 candidats. «Nous évaluons leur logique et leur mémoire. La plupart d’entre eux n’ont jamais codé. Près de 350 personnes ont réussi à passer la première phase du test en ligne.» A l’Ecole 42, aucun diplôme n’est requis pour postuler. La seule exigence est liée à l’âge. «Il faut avoir 18 ans minimum. Notre candidat le plus âgé en a 56, explique Christophe Wagnière. Nous sommes sur la bonne voie pour remplir, cet été, les 600 places des Piscines.» Ce terme désigne la deuxième phase de sélection. Durant quatre semaines, les candidats doivent résoudre différents challenges et faire preuve d’esprit d’équipe.

Parcours atypique

Finalement, seuls 200 étudiants pourront suivre le cursus dès la rentrée, en octobre. «Ceux qui aiment les escape rooms sont généralement de bons candidats», compare Christophe Wagnière. L’homme à la pensée atypique a choisi de quitter son poste de directeur des systèmes d’information de la HES-SO pour rejoindre cette école qui détonne. A 45 ans, il a connu un parcours non linéaire, préférant délaisser ses études à l’EPFL, à l’âge de 22 ans, pour créer sa propre startup. «Avec la bulle internet de 2001, je ne suis pas devenu millionnaire», dit-il avec une pointe d’humour. Il a ainsi rejoint Unicible, filiale informatique de la BCV, tout en effectuant un diplôme fédéral en informatique.

Chez les Wagnière, pas de smartphone avant 14 ans: «Je connais trop bien les effets pervers de ces jeux»

Il garde un regard critique sur les développeurs informatiques et espère modifier leur image en intégrant notamment de nouveaux profils et en encourageant les femmes à se former aux métiers du numérique. «L’informatique peut détruire des emplois. J’ai moi-même participé à la création de solutions d’e-banking qui ont fait perdre à ma mère son travail à la BCV, concède-t-il. Nous avons déjà 25% de candidates et allons maintenant renforcer nos efforts pour les encourager à intégrer davantage l’Ecole 42 Lausanne. Plus il y a aura de codeurs issus de milieux différents, plus le monde numérique deviendra moral et acceptable. La diversité est le mot-clé.»

Coût d’un élève: 3000 francs par an

Féru de BD, il possède une collection de 3000 albums. «Cette lecture apaise mon esprit», explique ce père de deux enfants de 12 et 14 ans qui suivent leur scolarité à l’Ecole Rudolf Steiner. Chez les Wagnière, pas question de posséder un smartphone avant l’âge de 14 ans. «Je connais trop bien les effets pervers et captifs de ces jeux et applications. Je veux épargner mes enfants jusqu’à ce qu’ils atteignent un âge de raison.» 

«Notre pédagogie? Un fonctionnement participatif et un apprentissage en lien avec des projets concrets»

L’Ecole 42 Lausanne est gratuite mais fonctionne avec un budget de 7 millions de francs sur cinq ans. Ce sont des grandes entreprises qui la financent. Romande Energie, Swisscom, Open Web Technology et TX Group (éditeur de Bilan) notamment. Serge Reymond, ex-membre de la direction générale de TX Group, assume la présidence de ce nouvel établissement. «Nos étudiants coûtent 3000 francs par année, contre 25 000 francs pour un étudiant dans une HES», compare Christophe Wagnière. Les coûts de l’Ecole 42 Lausanne sont beaucoup moins élevés car les professeurs n’existent pas. Les étudiants se forment entre eux et apprennent les uns des autres. «Dans une volée de 200 étudiants, il y a toujours quelqu’un qui trouve la solution et qui est capable de l’expliquer aux autres. La pédagogie est basée sur un fonctionnement participatif et sur l’apprentissage en lien avec des projets concrets.»

Le cursus dure généralement de deux à cinq ans. Après un tronc commun d’environ une année, les étudiants effectuent un stage de quatre à six mois où près de 50% d’entre eux signent leur premier contrat. «100% de nos étudiants trouvent du travail, avec un premier salaire moyen qui se situe entre 7000 et 8000 francs», précise Christophe Wagnière.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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