Bilan

«2000 employés, ça occupe toutes vos pensées»

La manufacture Chopard a fêté ses 20 ans en novembre. Un cap symbolique important pour son patron Karl-Friedrich Scheufele, qui mise sur l’indépendance pour résister aux crises.

Karl-Friedrich Scheufele: «En vingt ans de métier, j’ai appris à être patient!»

Crédits: Anoush Abrar

Karl-Friedrich Scheufele, 58 ans, a la satisfaction discrète. Célébrer les 20 ans de Chopard Manufacture alors que l’industrie horlogère marque un net repli a pourtant valeur de symbole pour la dynastie Scheufele. Avant lui, les Karl I, II, puis III avaient su traverser le XXe siècle en entrepreneurs. Au savoir-faire familial d’orfèvre né à Pforzheim (All), ils ont ajouté celui d’horloger genevois grâce à l’acquisition, en 1963, de la Maison Chopard. 

Karl-Friedrich, en fondant la manufacture horlogère à Fleurier en 1996, se devait de franchir le XXIe sans faiblir. Le pragmatisme, la discrétion et le sérieux sont les remparts de celui qui se livre peu. On sait de lui qu’il aime les bons vins et les belles voitures, mais rien de plus. En pleine euphorie du secteur dans les années 2000, l’homme avançait à pas mesurés, dans ce Val-de-Travers austère qu’il avait choisi pour construire sa manufacture, persuadé que Chopard devait conquérir là sa légitimité par une verticalisation fiable et maîtrisée de ses mouvements.

«Si c’était à refaire, je le referais évidemment!, lance Karl-Friedrich Scheufele, soudain transporté. Sinon le visage de notre horlogerie masculine ne serait pas le même. Nous serions dépendants de ressources extérieures, ce qui n’est pas une bonne chose. Nous aurions un problème de positionnement et de crédibilité de la marque. Cet aspect est fondamental.»

Réduction de l’horaire de travail à Fleurier et Meyrin

Mais la crise qui sévit depuis deux ans laisse des traces. Les licenciements annoncés chez Richemont en novembre ont confirmé la tendance négative qui s’affiche depuis quinze mois dans les statistiques d’exportation de la fédération horlogère. Et Chopard ne fait pas exception. «Chez Fleurier Ebauches – l’une des deux unités de production à Fleurier qui réalise 7000 mouvements, mais dont la capacité peut atteindre 25  000 mouvements – nous avons dû introduire la réduction de l’horaire de travail (RHT) et elle va également s’appliquer prochainement pour le site de Meyrin. Cette dernière concerne uniquement le secteur de l’horlogerie (fabrication des boîtes) et vise à préserver les postes de travail tout en maintenant le savoir-faire et les compétences. Malgré ce ralentissement, nous préparons la fabrication d’un mouvement dame automatique, un projet important, initié il y a quatre ans qui ne sortira que lorsque nous serons 100% prêts. En vingt ans de métier dans l’horlogerie, j’ai appris à être patient!»

La femme, d’ailleurs, dessine chaque année davantage l’avenir de la maison. Les collections haute joaillerie d’une part, dessinées et présentées au Festival de Cannes depuis vingt ans par sa sœur Caroline, coprésidente de la marque, contribue à façonner le glamour qui pouvait manquer à la marque, et d’autre part le prochain grand projet des Scheufele: redéfinir leur présence dans le secteur de la bijouterie, en croissance mondiale depuis cinq ans: «C’est notre deuxième cœur de métier depuis toujours (près de 40% des ventes). Nous allons renforcer la gamme entre 1000 et 5000 fr. Cependant, la croissance de la joaillerie-bijouterie ne compense pas tout à fait le recul des ventes en horlogerie.» 

Quant à l’horlogerie, Karl-Friedrich sait que la clé de la pérennité se joue sur deux aspects: «Ne pas céder à l’euphorie et avoir un produit bien réfléchi. Les modèles L.U.C (nom de la deuxième unité de mouvements, davantage haut de gamme) sont raisonnablement positionnés. Dans les années 2000, on nous avait reproché de n’être pas assez chers. Résultat, aujourd’hui ils sont très bien positionnés. Nous avons résisté à la tentation d’augmenter les prix à l’époque et de les baisser aujourd’hui.» La prudence, une vertu helvétique que les entrepreneurs venus d’Allemagne ont su appliquer comme d’authentiques horlogers suisses.

Cristina d’Agostino

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