Bilan

650 collaborateurs des SIG profitent des horaires flexibles

Les SIG développent les bases de la ville intelligente et durable du futur. Rencontre avec leur directeur général, qui réorganise sa direction après avoir révolutionné son mode de travail.
  • Dirigé par Christian Brunier depuis quatre ans, les SIG multiplient les innovations.

    Crédits: Jay Louvion
  • Borne de recharge d’électricité 100% renouvelable. les SIG proposent «uniquement de l’énergie renouvelable» à ses clients.

    Crédits: Martial Trezzini/Keystone

Christian Brunier est un directeur général visionnaire. Il y a quatre ans, il a pris la direction des Services industriels de Genève (SIG), après presque trente ans au sein de l’entreprise publique, ayant commencé comme apprenti. Celui qui a exercé dans pratiquement tous les départements de la régie autonome est habité par une volonté de dynamiser le navire tout en surfant sur la vague «écolo» et celle «du bonheur au travail». Coup de com ou véritable axe stratégique? Interview.

Où en êtes-vous avec le programme EquiLibre, ce modèle de management basé sur la confiance?

Pour rappel, il s’agit d’un projet qui a été mis en place au départ pour une centaine de nos collaborateurs. L’idée était de leur offrir un meilleur équilibre entre vies privée et professionnelle grâce à des horaires de travail flexibles basés sur la confiance. Aujourd’hui, 650 collaborateurs ont adopté ce modèle qui va devenir le mode de travail général pour tous nos employés. Cela car nous avons observé un gain de productivité et des collaborateurs plus satisfaits après deux ans de test. 

A l’heure actuelle, si vous souhaitez recruter de jeunes talents, vous devez obligatoirement leur proposer plus de flexibilité, plus d’autonomie, de responsabilité et de confiance. Je suis persuadé que dans dix ans, toutes les entreprises appliqueront notre modèle. Certaines commencent déjà à le mettre en place comme Botanic, EDF, l’administration fiscale, l’Hospice général ou encore les régies Naef et Pilet & Renaud.

Attirez-vous aussi des talents préoccupés par la transition énergétique?

A l’époque, les gens postulaient aux SIG pour avoir un travail sûr et bien rémunéré toute leur vie. Aujourd’hui, les jeunes ne veulent surtout pas rester trop longtemps dans la même entreprise. Il faut donc les attirer avec d’autres arguments, comme nous le faisons avec notre travail sur la transition énergétique et notre programme EquiLibre. Sans compter qu’à l’interne, nous motivons les employés à découvrir d’autres départements. Avec 1700 postes et près de 150 métiers différents, nous récompensons ceux qui sortent de leur zone de confort ou se fixent de nouveaux challenges avec des «primes à la mobilité».

Vous avez mis un terme aux bureaux fixes...

Nous avons en effet abandonné la place de travail individuelle pour mutualiser nos mètres carrés. Etre assis durant huit heures au même bureau est devenu une aberration, parce que plus personne ne fait la même chose toute la journée. Il faut évoluer, premièrement parce que nous pouvons travailler partout dans le monde grâce aux ordinateurs portables. Ensuite, dans une journée, il faut pouvoir choisir le lieu le plus adapté à ce que l’on va faire.

Parfois il faut s’isoler, et, à d’autres moments, être dans un espace de créativité à plusieurs. Sans compter que nous pourrions résoudre une partie des problèmes de circulation si les collaborateurs venaient à des heures différentes au bureau ou s’ils travaillaient en partie depuis chez eux.  

Vous venez de diminuer le nombre de directeurs chez SIG...

Quand j’ai pris la fonction de directeur général il y a quatre ans, je voulais absolument créer une direction Transition énergétique, soit une direction de plus, afin d’être à la pointe dans ce secteur. En plus, le programme éco21 des SIG – qui vise à réduire la consommation d’énergie grâce à des solutions simples – était quelque peu en danger, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Maintenant, je souhaite réduire le nombre de directeurs pour que le collège devienne plus efficient. Nous avons eu un départ à la retraite cette année que je n’ai pas remplacé. Nous sommes dorénavant 8 directeurs, mais je n’exclus pas de diminuer encore ce nombre. L’idée est d’avoir de plus grands départements à diriger afin que les directeurs ne gèrent plus l’opérationnel, qu’ils le laissent enfin aux managers.

Quelles sont les autres innovations au sein des SIG?

Nous développons complètement notre département des ressources humaines. Nous allons non seulement continuer la formation interne, mais nous souhaitons aussi détecter nos talents, puis miser sur eux en leur offrant la possibilité de suivre, par exemple, des cours de MBA. Nous sommes aussi sur le point de sortir une étude sur les métiers de demain, sur ceux qui vont muter, apparaître ou disparaître. Typiquement, le métier de géomètre tel que nous le connaissons actuellement n’a plus beaucoup d’avenir. Nous repensons aussi l’espace au sein de nos bureaux avec des architectes d’intérieur afin qu’ils soient les plus pratiques et esthétiques possible. 

On a l’impression que SIG a le monopole sur beaucoup de secteurs, de l’eau à l’électricité en passant par le gaz et l’énergie thermique. Est-ce le cas?

Non. Sur le milliard de chiffre d’affaires annuel, nous avons 500 millions de francs exposés au marché. On a une image monopolistique qui est tronquée alors que nous avons de nombreux concurrents qui viennent des quatre coins de la Suisse. Quand j’ai repris la direction de SIG, nous avons décidé avec le président du conseil Michel Balestra de cesser toutes nos activités en concurrence avec les PME et PMI locales. 

Nous sommes une entreprise publique, ça n’a aucun sens de prendre du boulot aux chauffagistes, aux électriciens ou autres dépanneurs techniques. 

Je trouve d’ailleurs scandaleux que des entreprises publiques ou parapubliques d’autres cantons viennent sur le marché genevois prendre le travail de ces PME locales. C’est de la concurrence déloyale!

Parlez-nous de votre projet de Smart City... 

Nous voulons être au cœur de ces futures villes connectées et durables en développant notre réseau de fibre optique, d’antennes LoRa et d’objets connectés. Nous souhaitons aussi développer tout ce qui est «économie d’énergie» et «énergie renouvelable» en abandonnant le mazout, par exemple. Nous avons un rôle majeur à jouer autant avec les privés qu’avec les collectivités publiques pour créer un nouveau réseau électrique intelligent (Les SIG souhaitent installer des compteurs intelligents chez les privés pour un gain écologique et économique, ndlr). Nous souhaitons aussi créer des partenariats avec des startups qui se lancent dans ces secteurs-là.

En quoi consiste le mobilier urbain intelligent que vous développez?

Nous sommes mandatés par toutes les communes pour gérer l’éclairage public. Nous aimerions rendre cet éclairage intelligent, soit pouvoir allumer ces lampadaires lorsqu’il y a une présence humaine, par exemple. Les candélabres peuvent aussi avoir de nombreuses autres fonctions comme devenir des antennes wi-fi, des détecteurs de pollution et de bruit, des prises pour voitures électriques.  

Dernière question: quand est-ce que les factures SIG vont baisser? 

Les factures ne vont pas baisser car l’énergie n’est pas vendue assez cher. Nous sommes donc plutôt dans des tendances haussières au niveau international. Nous cherchons cependant toujours à être compétitifs comparé aux autres villes de Suisse. Il faut savoir que ceux qui cassent leurs prix vendent du charbon lignite et du nucléaire, alors que nous proposons uniquement de l’énergie renouvelable et motivons au quotidien nos clients à faire des économies d’énergie. La diminution des quantités consommées est durable, pas celle des prix. Juste pour information, à Genève, le coût énergétique global dans le secteur tertiaire n’est que de 2 à 3% pour les entreprises.  

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