Bilan

«2020 sera une bonne année pour Sunrise»

André Krause, nouveau CEO de l’opérateur, souligne que la pandémie a boosté les besoins en télécommunications. Et s’exprime notamment sur l’offre de rachat par UPC et sur la 5G.

  • André Krause plaide pour la 5G, faute de quoi la place économique suisse pourrait finir «par perdre de son attractivité».

    Crédits: Joseph Khakshouri
  • Point de vente à l’Ambassador House de Zurich: Sunrise est la marque principale du groupe, qui détient aussi Yallo, Lebara, Swype et Ortel.

    Crédits: Alex Hale

L’année passée, Sunrise a défrayé la chronique en annonçant son intention d’acquérir le câblo-opérateur UPC Suisse. Finalement, le groupe de télécommunications – qui se présente comme la principale entreprise du secteur non contrôlée par l’Etat en Suisse – y a renoncé: la somme avancée de 6,3 milliards était jugée disproportionnée, notamment par Freenet, son plus gros actionnaire. Cette année, Sunrise fait de nouveau les gros titres. Ses actionnaires ont reçu une offre de rachat – moyennant une prime importante – de la part de Liberty Global, propriétaire d’UPC Suisse. Le conseil d’administration de Sunrise recommande d’ailleurs l’approbation de cette transaction.

Pour faire le point sur tous ces changements, Bilan est allé à la rencontre d’André Krause, CEO de Sunrise depuis le 3 janvier 2020, à la suite du départ «avec effet immédiat» de son prédécesseur. Le nouveau chef a rejoint Sunrise en 2011. En tant que chief financial officer, il s’est notamment occupé de l’introduction en bourse. Auparavant, ce citoyen allemand, titulaire d’une licence en économie de l’Université des sciences appliquées de Bielefeld, avait travaillé notamment comme consultant pour le cabinet de conseil McKinsey.

Concernant l’offre de Liberty Global, pourriez-vous quantifier les synergies potentielles?

Liberty Global s’attend à bénéficier de divers types de synergies: la fusion des infrastructures, la réduction d’achats de services externes (notamment auprès de Swisscom) ainsi que la suppression de doublons quant aux fonctions managériales et administratives. Ces synergies ont été estimées à 275 millions de francs par an.

L’année passée, lorsque Sunrise considérait le rachat d’UPC Suisse, votre principal actionnaire Freenet avait exprimé des doutes sérieux quant à la valeur du réseau câblé d’UPC…

Cette fois, la situation est différente. Il n’y a pas de vote à l’ordre du jour d’une assemblée générale extraordinaire. Chaque actionnaire peut et doit décider s’il souhaite ou non accepter l’offre de Liberty Global. Et Freenet s’est justement engagé à accepter cette offre et donc à vendre l’intégralité de sa participation dans Sunrise.

Est-ce que le rachat avorté d’UPC Suisse a laissé des traces?

Peu. L’année dernière, étant donné le rachat prévu d’UPC Suisse, nous avons moins investi dans certains produits, par exemple en relation avec la télévision. Cependant, nous avons remédié à cette situation dès le début de cette année, et c’est précisément pour cette raison que nous venons d’acquérir la société Wilma.

Comment résumeriez-vous les effets de la pandémie sur Sunrise?

Notre branche est peu affectée et, financièrement, 2020 sera une bonne année. Cette pandémie a contribué à l’accélération de la digitalisation et donc des besoins en télécommunications. A mon avis, l’augmentation du travail à domicile ou de l’enseignement à distance est un phénomène durable.

En 2015, Sunrise est entré en bourse. Quels ont été les principaux impacts sur vos opérations?

Je ne pense pas du tout que cette cotation ait généré une attitude court-termiste. En plus, la publication de rapports à un rythme trimestriel ne me paraît pas mauvaise. Et cela ne nous empêche pas d’investir sur le long terme, notamment dans les infrastructures, moyennant bien sûr des explications claires aux investisseurs. Néanmoins, nos obligations de transparence permettent à nos concurrents de savoir où nous nous situons sur une base trimestrielle. 

Quelles sont les grandes lignes de votre stratégie multimarque?

Pour servir une multitude de segments avec une large palette de prix, il est absolument nécessaire d’avoir recours à plusieurs marques. Dans notre cas, Sunrise est notre marque principale alors que Yallo, notre deuxième marque, cible une clientèle plus sensible au prix et plus orientée sur les services numériques.

Quid des autres marques (Lebara, Swype, Ortel…) qui ne sont d’ailleurs pas mentionnées sur le site internet de Sunrise?

Lebara est une marque qui a sa propre histoire et qui cible les communautés de l’ancienne Yougoslavie et d’Afrique. La marque Ortel est un cas similaire sauf que nous l’avons délaissée. Swype est une nouvelle marque complètement digitale et qui met en avant l’extrême simplicité d’utilisation. Nous ne cherchons pas du tout à cacher le fait que ces marques appartiennent à Sunrise, mais nous ne le mettons pas en exergue non plus, car nous souhaitons que chaque marque conserve une certaine indépendance.

Qu’en est-il de la complication opérationnelle générée par votre stratégie multimarque?

La multiplicité de nos canaux de distribution et de nos moyens de communication est en effet source de certaines complications opérationnelles, mais ces dernières génèrent beaucoup plus de bénéfices que de coûts.

Quelles sont vos principales actions pour promouvoir vos marques?

Nous mettons beaucoup l’accent sur la marque Sunrise et tablons principalement sur notre partenariat avec Roger Federer, un athlète qui incarne complètement nos valeurs. Naturellement, nous investissons également des montants conséquents dans le développement de nos infrastructures et pas seulement dans la promotion de nos marques.

Parrainer Roger Federer ne doit pas être très bon marché…

Oui, mais le retour sur investissement est bon. En Suisse, nous sommes le seul fournisseur de services de télécommunication à avoir un visage. En plus, nous organisons deux ou trois fois par an des événements privés avec Roger Federer et nous y invitons nos gros clients. Ces derniers sont ravis comme des enfants lors d’un repas de Noël.

Le marché suisse des télécommunications est-il dépourvu de distorsions?

Swisscom est majoritairement détenu par la Confédération. Force est de constater que cela leur permet d’obtenir des avantages sans doute indirects et peu transparents. Par exemple, l’année dernière, le Parlement a décidé de ne pas étendre la réglementation concernant les câbles en cuivre à la fibre optique; ce faisant, le pouvoir législatif perpétue des règles obsolètes en faveur de Swisscom.

Pour Sunrise, quels sont les moyens les plus efficaces pour gagner de nouveaux clients?

Nous tablons avant tout sur nos propres points de vente, nos magasins partenaires (Mobilezone, etc.) et nos canaux en ligne. Dans une moindre mesure, nous avons recours aux actions téléphoniques mais principalement pour répondre à des questions posées par des clients potentiels. Le rôle du démarchage par téléphone (voire par le biais du porte-à-porte) est mineur, car ces actions sont onéreuses, peu efficaces et pas toujours bien acceptées par la population.

«Le retour sur investissement de notre partenariat avec Roger Federer est bon.» (Crédits: Dr)

Concernant Huawei, est-ce que votre position a changé, par exemple à la suite de la récente décision du Royaume-Uni d’interdire les produits de cette firme chinoise?

Absolument pas. Il s’agit avant tout d’un débat politique – à l’instigation des Etats-Unis – avec peu d’arguments techniques. Nous continuerons donc à utiliser les produits Huawei, à moins que les autorités suisses n’en décident autrement.

Les téléphones Huawei doivent être vendus sans service Google. Cela freine sans doute considérablement les ventes…

C’est bien sûr un désavantage de taille pour Huawei et cela a entraîné une perte significative de leur part de marché. Par contre, concernant les solutions pour l’infrastructure, Huawei reste le fournisseur le plus solide du marché.

Sur votre site internet vous mettez plus en avant les smartphones de Samsung que ceux d’Apple et Huawei…

Cela varie en fonction des périodes. En général, nous mettons un peu plus en avant les marques qui viennent de lancer de nouveaux produits.


«Sans la 5G, nous ne pourrons plus garantir les mêmes tarifs»

Les oppositions contre la 5G ne faiblissent pas. A votre sens, qu’est-ce qui manque pour convaincre la majorité de la population et des politiciens?

A force de vociférer toujours les mêmes arguments erronés au sujet des dangers sanitaires de la 5G, une petite minorité d’activistes a réussi à créer une grande insécurité parmi la population et les politiciens. Par conséquent, ces derniers n’osent pas interdire les moratoires illégaux contre cette technologie.

Pendant ce temps, les autorités autrichiennes viennent de décider de subventionner le déploiement de la 5G. Le risque, c’est que la place économique suisse finisse par perdre de son attractivité. Heureusement, la nouvelle plateforme chance5g.ch explique factuellement les atouts de cette technologie. Et de plus en plus de consommateurs possèdent déjà un smartphone compatible avec la 5G: ils découvrent ainsi les avantages de cette nouveauté.

Pour Sunrise, le déploiement de la 5G est-il synonyme de profitabilité accrue?

Ce qui est sûr, c’est que notre profitabilité ne va pas faire un bond en avant, car cette nouvelle technologie exige des investissements substantiels alors que l’infrastructure mise en place pour la 4G n’est pas encore amortie. Ce qui est également certain, c’est que sans la 5G, nous ne serons plus à même de garantir les mêmes tarifs forfaitaires concernant le transfert des données. En effet, la quantité de données double tous les deux ans et il est trop onéreux pour nous de continuer à rajouter de la capacité avec la 4G.

Monnier Philippe
Philippe Monnier

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Philippe D. Monnier interviewe des leaders économiques et politiques depuis une vingtaine d’années, en parallèle avec d’autres activités. De nationalité suisse et mexicaine, il a grandi au Japon, en Suisse et au Mexique et a résidé dans une dizaine pays où il a étudié et dirigé plusieurs entreprises. Il a aussi été en charge pendant cinq ans du Greater Geneva Berne area. Actuellement, il est également actionnaire et administrateur de plusieurs entreprises internationales.

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