Bilan

«2020 aura été une parenthèse difficile»

La marque horlogère Zenith s’est vu contrainte de licencier 18 personnes. Son CEO Julien Tornare revient sur cette annonce et sur la situation au sein de la manufacture locloise.

Julien Tornare: «Le luxe ne doit pas être synonyme d’inaccessibilité.»

Crédits: Zenith

Cette fin d’année a été marquée par le licenciement de 18 collaborateurs. Pourquoi?

La crise sanitaire a entraîné des répercussions économiques considérables qui ont touché de plein fouet l’horlogerie de luxe dans son ensemble. Dans ce contexte, nous avons choisi de privilégier les synergies face à l’incertitude dominante et à la baisse conséquente de volumes. En outre, le but était également de permettre à Zenith de poursuivre son plan de transformation initié depuis 2018, afin de consolider et dynamiser la marque en assurant sa pérennité. Nous avons alors entrepris une consultation sociale en visant une démarche responsable vis-à-vis de nos collaborateurs, car attendre davantage dans la conjoncture actuelle aurait entraîné un risque de les laisser partir dans de mauvaises conditions.

Bien licencier, ça veut dire quoi?

Nous avons travaillé en étroite collaboration avec le syndicat Unia afin de trouver les meilleures solutions de reclassement et d’accompagnement pour les collaborateurs concernés. Nous avons également favorisé le départ à la retraite de certaines personnes dans d’excellentes conditions, ce qui nous a permis de limiter le nombre de licenciements au maximum, même si cela restera toujours 18 de trop. Nous sommes en contact avec les sociétés du groupe (la marque fait partie du groupe de luxe LVMH depuis 1999, ndlr) ainsi que les partenaires sociaux pour voir s’il est possible de replacer notre personnel. Avec les projets horlogers annoncés dans la région, nous espérons que ces employés retrouveront un emploi rapidement.

Avez-vous dû vous justifier auprès de la direction de LVMH?

Me justifier, non. Comme vous et moi, ils lisent l’actualité et je leur ai expliqué ce à quoi nous faisons face. Nous enregistrons un décalage d’une année sur les objectifs prévus initialement. L’année 2020 aura été une parenthèse difficile pour tous, mais aussi l’occasion de mieux nous préparer pour inscrire une croissance dans le long terme pour Zenith.

Les Asiatiques n’ont pas encore repris les voyages. Quel impact cela aura-t-il sur les ventes en Europe?

L’Europe va continuer à souffrir, entre autres parce que les Chinois la perçoivent comme un vieux continent. Je pense qu’ils vont continuer à privilégier les achats en local dans les mois qui viennent. L’exemple d’Hainan se démarque et nous avons pris la décision d’ouvrir notre distribution afin de répondre à la demande des clients en visite sur cette île, nouvel eldorado du tourisme en Chine. Ils achètent de plus en plus dans leur pays, et nous y avons d’ailleurs gagné des parts de marché cette année! Nous sommes restés dynamiques même au plus fort de la crise, là où d’autres marques ont peut-être été plus frileuses.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que la Chine compte 1,4 milliard d’habitants. Le gouvernement doit faire grandir sa classe moyenne en amenant une certaine stabilité sociale. Vendre des montres à des prix démesurément élevés comme lors de la venue des nouveaux riches à Hongkong en 2011, n’est plus du tout d’actualité.

Et aux Etats-Unis?

Les derniers résultats de Zenith lors des ventes aux enchères nous ont donné un véritable élan sur ce marché où la valeur perçue est très importante. Les marques fortes aux Etats-Unis sont souvent celles qui réalisent de très bons résultats aux enchères. De plus, l’élection de Joe Biden devrait simplifier les relations internationales et les perspectives d’un vaccin nous laissent penser que lorsque tout reprendra, ce sera un fort rebond.

Le positionnement de la marque change-t-il? Vous évoluez dans le luxe, mais votre campagne «Time to Reach your Star» s’adresse pourtant à tout le monde?

J’ai une approche similaire à celle de Jean-Claude Biver (ancien patron de la division montres du groupe LVMH, ndlr). Je trouve que le luxe ne doit pas être synonyme d’inaccessibilité. L’authenticité demeure une valeur primordiale, et plus particulièrement dans la relation de proximité que nous souhaitons construire avec nos clients. Tout le monde n’est pas Roger Federer ou Leonardo DiCaprio. C’est pour cela que nous mettons à l’honneur des personnes moins connues du grand public ou aux origines parfois modestes, à l’instar d’une danseuse étoile, d’un coach sportif, ou bien les créateurs du mouvement chronographe El Primero… Plus que des ambassadeurs, nous recherchons de véritables amis de la marque, des personnalités qui incarnent notre philosophie de marque «Time To Reach Your Star» et qui n’hésitent jamais à repousser les limites afin de réaliser leurs rêves…

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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