Bilan

100 ans au service de la nature

Créée en 1902 par Rudolf Steiner, la marque bâloise est devenue au fil des années une référence mondiale de la cosmétique naturelle.

  • 2008 Les fleurs et racines de Pulsatilla fraîchement récoltées sont lavées, coupées et transformées.

    Crédits: Weleda, Michael Peuckert, Barbara von Woellwarth
  • 1921 Ita Wegman et Rudolf Steiner fondent Futurum AG, qui deviendra Weleda en 1928.

    Crédits: Gabriele Putzu/ti-press/Keystone
  • 1930 Le premier bureau de la marque à Arlesheim (BL).

    Crédits: Gabriele Putzu/ti-press/Keystone, Dr
  • Le siège actuel à Arlesheim (BL).

    Crédits: Weleda, Michael Peuckert, Barbara von Woellwarth
  • 2021 La direction de Weleda (de g. à dr.): Nataliya Yarmolenko (CCO), Dr. Aldo Ammendola (R&D), Michael Brenner (CFO) et Alois Mayer (COO).

    Crédits: Weleda, Michael Peuckert, Barbara von Woellwarth

La Suisse est internationalement connue pour avoir été l’un des derniers pays d’Europe à accorder le droit de vote aux femmes. Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est que l’Université de Zurich a été la première haute école suisse et européenne à ouvrir officiellement les études de médecine aux femmes, et notamment à la jeune Ita Wegman. Née en 1876 à Karawang (Indonésie), cette Néerlandaise quitte sa ville natale à l’âge de 18 ans pour étudier la physiothérapie aux Pays-Bas. Devenue masseur-kinésithérapeute, elle décide de pousser sa formation plus loin en s’inscrivant à l’Université de Zurich, d’où elle ressort diplômée en médecine et gynécologie.

Au cours de l’été 1902, sa route croise celle de Rudolf Steiner (1861-1925), philosophe autrichien, théoricien de l’agriculture biodynamique et fondateur de l’anthroposophie (du grec ancien anthropos, «être humain», et sophia, «sagesse»), «une science de l’esprit permettant de mieux comprendre les rapports entre l’être humain et le cosmos et d’agir en conséquence».

C’est le début de l’aventure Weleda. Il faudra cependant attendre plusieurs années avant que les célèbres laboratoires prennent officiellement ce nom.

Ita Wegman et Rudolf Steiner commencent en effet par fonder, en 1921, Futurum AG – Ökonomische Gesellschaft zur internationalen Förderung wirtschaftlicher und geistiger Werte
(«Futurum AG – Société économique pour la promotion internationale des valeurs économiques et spirituelles»). Basée dans la ville d’Arlesheim (Bâle-Campagne), cette entreprise soutient des initiatives économiques émanant de l’école de pensée anthroposophique.

«Valeurs économiques et spirituelles»

La même année, Der kommende Tag («Le jour à venir») est créée. Cette société basée dans la ville allemande de Schwäbisch Gmünd a aussi pour but de diffuser «les valeurs économiques et spirituelles». Elle s’occupe de la fabrication de produits pharmaceutiques d’inspiration anthroposophique, c’est-à-dire sans engrais chimiques, pesticides, parabènes, silicones, parfums de synthèse, ou encore huiles minérales.

Ces deux entreprises fusionnent le 21 novembre 1922 pour devenir ILAG (acronyme d’Internationale Laboratorien und Klinisch-Therapeutisches Institut Arlesheim, soit «les laboratoires internationaux et l’institut thérapeutique clinique Arlesheim»). L’offre de produits compte 120 préparations différentes, dont la célèbre lotion capillaire au romarin. Les ventes ne tardent pas à décoller. Encouragée par son succès, ILAG ouvre plusieurs succursales à l’étranger: la France est rapidement suivie des Pays-Bas et de la Grande-Bretagne (1925), puis viennent la République tchèque (1926) et les Etats-Unis (1931).

Le nom commercial «Weleda» – en référence à Veleda, une prophétesse et guérisseuse celte (lire l’encadré page précédente) – apparaît sur les préparations pharmaceutiques d’ILAG comme marque déposée, tandis que les cosmétiques sont distribués sous le nom «Everon». Parmi les produits phares de la marque, on trouve, dès 1925, l’huile de massage à l’arnica puis, dès 1927, les premiers «Bains revitalisants» aux huiles essentielles ainsi que la Skin Food, soin réparateur à base de plantes médicinales pour le visage et le corps.

Ce n’est que le 10 décembre 1928 que le conseil d’administration d’ILAG prend la raison sociale Weleda AG. Sa devise? «En accord avec l’être humain et la nature.»

En 1932, l’entreprise se dote d’un magazine: la Revue Weleda. Distribué dans un premier temps en Suisse et en Allemagne, celui-ci paraîtra en France dès 1960, puis sera mondialement et gratuitement diffusé dans vingt versions différentes.

Weleda réunit au départ des préparations pharmaceutiques (marque ILAG) et des cosmétiques (Everon). (Crédits: Gabriele Putzu/ti-press/Keystone, Dr)

Un label exigeant

Toujours en 1932, la marque de certification internationale Demeter est créée pour les produits issus de l’agriculture biodynamique, la science agricole inventée par Rudolf Steiner. Les directives de cette pratique agronomique vont bien au-delà des exigences légales de la Confédération et de l’Union européenne en matière de bio. Elles interdisent, par exemple, d’écorner les vaches. Les additifs et les étapes de transformation sont moins nombreux que dans l’agriculture biologique. Les agriculteurs qui travaillent en biodynamie prennent enfin en compte les cycles qui rythment la vie de la Terre et suivent le calendrier lunaire.

En 1950, Weleda France poursuit son expansion en ouvrant un site de production à Saint-Louis, en Alsace, à quelques kilomètres seulement d’Arlesheim. De nouveaux bâtiments viendront s’y ajouter en 1971, dans la ville voisine de Huningue.

L’enseigne développe également ses propres jardins pour parvenir à la maîtrise complète du processus de fabrication de ses produits. En 1952, un jardin est inauguré dans la ville de Bouxwiller (France). En 1959, le plus grand jardin de plantes médicinales d’Europe est créé à Wetzgau (Allemagne). Toutes les plantes médicinales nécessaires à la fabrication des cosmétiques, des médicaments et des produits diététiques sont cultivées en biodynamie.

C’est également dans les années 1950 que l’identité visuelle de la marque est entièrement repensée par l’artiste allemand Walther Roggenkamp. Le packaging des soins cosmétiques se pare de couleurs vives et la police de caractères Weleda s’inspire désormais de l’eurythmie, une forme d’art du mouvement créée par Rudolf Steiner.

(Crédits: Weleda, Michael Peuckert, Barbara von Woellwarth)

Pour les enfants

L’année 1960 marque le début d’un succès commercial, celui de la gamme pour bébés au calendula, plante reconnue pour ses vertus calmantes et cicatrisantes. Avec ce lancement, Weleda entend surtout amener une vision différente des nourrissons et des soins qu’il est nécessaire de leur apporter. L’enseigne communique sur l’importance des massages, qui ont un effet bénéfique sur le sommeil des tout-petits, aident les parents à décoder le langage non verbal et renforcent le lien mère-enfant.

Au cours des années 1990, le processus d’internationalisation se poursuit: Weleda est désormais présente dans une trentaine de pays (Nouvelle-Zélande, Brésil, Argentine, Chili, Pérou et Japon, notamment). Ce succès est en grande partie attribuable à un éveil de la conscience écologique et à la demande croissante de produits de cosmétique naturelle. Les patients sont par ailleurs toujours plus nombreux à faire confiance à la médecine douce pour traiter leurs allergies et les troubles liés au stress.

En 2006, Weleda France ouvre son premier «Espace Weleda» en plein cœur de Paris, à proximité des Champs-Elysées. Ce lieu de détente de 300 m2 propose des soins de beauté, des massages et des ateliers pour apprendre à masser les nourrissons. Forte de son succès, d’autres espaces similaires ouvriront leurs portes au fil des ans à Palissades, dans l’Etat de New York, mais aussi à Tokyo, Hiroshima et Kobé (Japon).

Toujours en 2006, la culture des plantes médicinales et leur transformation sont désormais confiées à Weleda Naturals. Cette nouvelle filiale emploie une cinquantaine de collaborateurs pour l’entretien du jardin de plantes médicinales de Wetzgau et produit pas moins de 450 teintures et extraits huileux à partir de plantes fraîches et de plantes séchées. Ceux-ci sont ensuite utilisés comme matières premières sur les trois sites de production de Weleda, dans la fabrication des médicaments et des produits cosmétiques et diététiques.

En 2009, les Suisses se prononcent en faveur de l’inscription de la médecine complémentaire, y compris anthroposophique, dans la Constitution fédérale.

Crise financière et nouvel essor

En 2011, Weleda connaît les premières pertes financières de son histoire: 8,3 millions d’euros. En cause: une situation économique internationale défavorable et une mauvaise gestion combinée à une absence d’anticipation.

Afin de contenir la crise, les principaux actionnaires de l’entreprise – la Société anthroposophique universelle (Dornach, Suisse) et la Klinik Arlesheim (KA, Arlesheim, Suisse) totalisent à elles deux 33,5% du capital de l’entreprise et 76,5% des droits de vote – procèdent à un profond remaniement du conseil d’administration. Plusieurs médecins intègrent les nouvelles structures. L’enjeu?Rationnaliser l’offre des produits. Un même principe actif existe en effet sous de multiples formes galéniques (gélules, solutions buvables, injectables, etc.). Weleda supprime en outre 5% de ses effectifs. En Suisse, 29 emplois sur 321 disparaissent. A la suite de ces mesures, la situation se redresse, comme l’atteste l’augmentation progressive du chiffre d’affaires.

En 2018, Weleda est l’une des deux premières marques de cosmétique naturelle du marché mondial à obtenir la nouvelle certification UEBT (Union for Ethical BioTrade) pour son approvisionnement respectueux. Elle est aussi récompensée au Sustainable Beauty Awards pour sa contribution, depuis 1921, au développement durable du secteur des cosmétiques.

A cet égard, le domaine d’activité de la cosmétique naturelle constitue l’essentiel du chiffre d’affaires mondial du groupe. En 2019, il s’élevait à 327 millions d’euros (76,2%) contre 307,6 millions d’euros en 2018 (74,6%). Les ventes proviennent en grande partie des régions en essor: Europe centrale et orientale, Amérique du Sud, et Asie/Pacifique. L’Allemagne, la Suisse et l’Autriche restent cependant le premier débouché, avec un chiffre d’affaires de 211,7 millions d’euros en 2019.

S’agissant des médicaments, Weleda commercialise environ 1400 préparations anthroposophiques, dont de nombreux produits homéopathiques, distribuées dans 22 000 pharmacies. En 2019, ces préparations représentaient 102 millions d’euros, soit 23,8%, du chiffre d’affaires du groupe. Ce chiffre est légèrement en baisse puisqu’il était de 104,6 millions d’euros en 2018 (25,4%).

En 2019, le groupe employait par ailleurs 2554 salariés à travers le monde, dont plus de la moitié étaient des femmes (1746 employées). 410 collaborateurs travaillent en Suisse, à Arlesheim, et près de 350 en France. Malgré l’actuel climat financier difficile, Weleda envisage l’avenir avec optimisme. «La crise sanitaire a affecté la productivité et les ventes dans certains pays, concède le groupe. Les résultats en 2020 seront moins positifs que ceux de 2019. Nous nous attendons cependant à ce que les ventes restent stables dans les années à venir et nous entrevoyons des occasions de croissance importantes.»

Les origines du logo

«Veleda» désigne dans la culture celte une prophétesse qui avait le don de connaître les vertus des plantes. Le symbole qui accompagne le nom est, lui, divisé en trois partie: le bâton pour Hermès, messager des dieux, le tissage pour le serpent, symbole de la médecine, et à ces 2 éléments s’ajoutent deux lignes extérieures représentant la protection et l’interaction sociale.

L’anthroposophie au service de l’éducation

En 1919, l’industriel Emil Molt, directeur de l’usine Waldorf-Astoria à Stuttgart en Allemagne, souhaite créer une école pour les enfants de ses ouvriers. Il fait appel à Rudolf Steiner pour en prendre la direction. Les recherches pédagogiques de celui-ci y sont mises en pratique et élaborées dans la formation des enseignants. La première Libre Ecole Waldorf s’efforce de valoriser, sans aucune hiérarchisation, les talents et les aptitudes particulières rencontrés en chaque enfant. Le modèle d’école Steiner se propage rapidement en Grande-Bretagne, au Canada, en Afrique du Sud et en Australie, mais aussi dans les métropoles d’Amérique latine et au Japon. Aujourd’hui, on recense 1150 écoles Rudolf Steiner à travers le monde, dont 709 en Europe. La Suisse en compte 28. Fait intéressant, les cadres de la Silicon Valley scolarisent leurs enfants dans des écoles Steiner afin d’éviter un contact précoce avec les nouvelles technologies.


L’anthroposophie au service de l’éducation

En 1919, l’industriel Emil Molt, directeur de l’usine Waldorf-Astoria à Stuttgart en Allemagne, souhaite créer une école pour les enfants de ses ouvriers. Il fait appel à Rudolf Steiner pour en prendre la direction. Les recherches pédagogiques de celui-ci y sont mises en pratique et élaborées dans la formation des enseignants. La première Libre Ecole Waldorf s’efforce de valoriser, sans aucune hiérarchisation, les talents et les aptitudes particulières rencontrés en chaque enfant. Le modèle d’école Steiner se propage rapidement en Grande-Bretagne, au Canada, en Afrique du Sud et en Australie, mais aussi dans les métropoles d’Amérique latine et au Japon. Aujourd’hui, on recense 1150 écoles Rudolf Steiner à travers le monde, dont 709 en Europe. La Suisse en compte 28. Fait intéressant, les cadres de la Silicon Valley scolarisent leurs enfants dans des écoles Steiner afin d’éviter un contact précoce avec les nouvelles technologies.

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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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