Bilan

Zurich, hub mondial d’experts

En quinze ans, la métropole alémanique s’est imposée comme aimant pour les profils internationaux hyperqualifiés. Zurich dispute les emplois à Londres, Singapour et la Silicon Valley.
  • La métamorphose de l’ancien quartier industriel Züri West est emblématique du dynamisme local.

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  • Lobby de l’Hôtel 25hours de la Langstrasse, très prisé par une clientèle internationale.

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A Zurich, le brunch du Neni, le restaurant du nouvel Hôtel 25hours de la Langstrasse en plein quartier chaud, est devenu un must en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. La salle au décor design est prise d’assaut par une foule où domine l’anglais. II y a là, rassemblés à une grande table, des Zooglers (les employés de Google Zurich) issus de tous les continents, des financiers français, des couples d’internationaux ultrachics aux lunettes du label berlinois Mykita. «Nos hôtes doivent se sentir ici dans un lieu où la ville s’invente, un endroit qui attire aussi les cercles créatifs», indique Juliane Marquardt, porte-parole du groupe allemand 25hours Hotel Company.

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Cet automne, l’inauguration du centre culturel Kosmos jouxtant l’hôtel doit achever la mutation du Kreis 4. La métamorphose du mal famé «Chreis Cheib» reflète une évolution plus diffuse. En quinze ans, la proportion de Zurichois dont le revenu dépasse les 120  000 francs par an est passée de 32 à 49%. Un chiffre qui signifie qu’aujourd’hui, la moitié de la population appartient au segment le plus riche de la population helvétique. En contrepartie, la part des citoyens qui gagnent moitié moins a reculé de 35 à 24%, selon les statistiques de la Ville de Zurich. En clair, les personnes peu qualifiées ont été chassées du centre-ville au profit d’actifs surdiplômés globalisés, jouissant de hauts revenus.

L'hypercentre concentre les emplois hautement qualifiés

Qui sont ces nouveaux habitants? Des personnes extrêmement mobiles qui ont choisi de vivre à Zurich pour occuper une très bonne place de travail. Revenons sur l’annonce ce printemps par UBS du déménagement de 600 postes de Zurich à Bienne et à Schaffhouse. Décryptage: les postes délocalisés sont de niveau moyennement qualifié. Dans la banque, ce type de collaborateurs effectue des tâches telles qu’ouvertures de compte, bouclements des écritures et services informatiques. 

Le mouvement est identique en Grande-Bretagne, souligne la Neue Zürcher Zeitung. Différentes banques basées à Londres ont déménagé des services vers Birmingham ou Manchester afin d’économiser des frais. En revanche, en Suisse comme en Grande-Bretagne, les hypercentres concentrent toujours davantage d’emplois hautement qualifiés.

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Dès qu’il s’agit de trouver les profils les plus rares sur le marché, l’attractivité de bureaux situés au cœur de la cité joue un rôle crucial. C’est ce qu’expliquent dans la presse alémanique les porte-parole d’Adecco et de SWICA. Ces deux entreprises relocalisent des centaines de postes exigeants, afin de séduire les forces de travail correspondantes. 

Engagé, dans un processus de spécialisation sur les postes à haute valeur ajoutée, Zurich se transforme ainsi en hub de niveau international. Illustration avec Google, qui doit faire passer son effectif de 2000 à 5000 collaborateurs ces prochaines années. Les «top shots» recrutés par le géant internet aux quatre coins du monde seront logés dans des bureaux flambant neufs de l’Europaallee, à côté de la gare principale.

Disney, Kayak, Bayer et autres

A un jet de pierre se déploient le centre de recherche digital de Disney, le siège européen du groupe de voyage internet américain Kayak, ainsi qu’une antenne du géant pharmaceutique allemand Bayer. China Construction Bank a ouvert un quartier général une rue plus loin, de même que le groupe minier belgo-australien Nyrstar.

Une évolution qui ne doit rien au hasard. «Dans les années 1990, si Zurich était mondialement connu, c’était pour sa scène ouverte de la drogue. Le centre-ville se délabrait en raison d’une situation politique bloquée», rappelle Anna Schindler, responsable du développement urbain à la Ville de Zurich. Puis, promoteurs privés et autorités se sont mis autour d’une table pour s’entendre sur l’avenir des friches industrielles. Vingt-cinq ans plus tard, les résultats sont éloquents.

Le quartier de Züri West est devenu un haut lieu branché dont le dynamisme se cristallise autour de la Prime Tower. Les familles reviennent s’installer au centre dans des nouveaux lots d’habitation. Les expatriés plébiscitent cette région réputée pour la sécurité et la qualité de vie.

Un cercle vertueux 

«La rénovation urbaine a participé à un cercle vertueux qui s’est enclenché au début des années 2000. La réputation des hautes écoles et de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, la qualité de l’accueil des étrangers ainsi qu’une certaine dose de chance ont fait que l’ensemble du système s’est trouvé tiré vers le haut. Les autorités contribuent en investissant massivement dans l’innovation et les infrastructures», reprend Anna Schindler. Zurich s’est ainsi imposé comme un écosystème privilégié pour l’industrie des technologies de l’information et de la communication (ICT), dont l’essor dope le marché de l’emploi. 

Dans les ICT, la ville ambitionne de rivaliser avec Singapour et la Chine, tandis que dans la finance, elle gagne du terrain sur Londres. Dans l’industrie créative, elle s’élève au rang de Munich ou New York et, pour les start-up, Zurich talonne Berlin et la Silicon Valley, selon Anna Schindler. Le bémol, c’est évidemment un coût de la vie parmi les plus élevés du monde. Un inconvénient que ne peuvent surmonter que les projets les mieux nantis et les poids lourds de l’économie mondiale.

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Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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