Bilan

WEF: la globalisation doit être «inclusive»

La question des gilets jaunes en France n’a pas été spécifiquement abordée à Davos, mais nombre de panels au WEF ont cherché des solutions pour une globalisation à visage humain.

Klaus Schwab (à droite) avait invité quelque 3000 décideurs, dont Angela Merkel.

Crédits: Dr

C’est à une réflexion sur la globalisation que Klaus Schwab a invité les quelque 3000 décideurs venus au World Economic Forum (WEF) cette année. Un thème cher au grand maître du WEF, qui a présidé nombre de sessions à ce sujet. Tout en abordant les questions du moment – l’économie digitale, l’intelligence artificielle, l’environnement... –, la valeur ajoutée du forum résidait dans les panels faisant le bilan de la globalisation et les moyens de remédier à ses travers. 

S’il était admis que la globalisation est passée de vecteur d’éradication de la pauvreté à vecteur d’inégalités, y compris en Europe, les invités prônaient des aménagements en vue de la rendre «inclusive et durable», sans toutefois y renoncer. Des réformes qui requièrent de «l’innovation sociale» de la part des nouvelles générations, et non plus uniquement de l’innovation technologique, ont estimé les intervenants du WEF. 

En préambule des conférences qui ont abordé les moyens de retaper la globalisation, Klaus Schwab a affirmé que le WEF n’a jamais promu un «globalisme débridé», mais une globalisation qui place l’humain avant la production. «Nous avons besoin d’une remobilisation de la globalisation», a-t-il conclu.

Faire des compromis

Préserver l’ordre mondial a été l’angle d’attaque de participants comme Angela Merkel, qui a plaidé pour la défense de l’ordre multilatéral orienté sur le libre-échange. La chancelière allemande, qui depuis octobre ne préside plus l’Union démocrate-chrétienne (CDU) et a renoncé à un nouveau mandat à la tête du pays, a estimé que «les institutions multilatérales sont indispensables» et plaidé pour le respect de ces dernières et de l’ordre international né après les guerres mondiales, tout en estimant que ces institutions devaient s’adapter aux changements et refléter de façon plus réaliste les nouveaux rapports de force. Pour elle, «une architecture globale ne fonctionnera que si nous sommes tous prêts au compromis». 

Homme du multilatéralisme lui aussi, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a également plaidé pour la nécessité absolue d’apporter des réponses globales – et non fragmentées – aux problèmes globaux, quitte à rendre le multilatéralisme plus inclusif qu’à l’heure actuelle, en l’ouvrant davantage au monde des affaires et à la société civile. Au sujet de l’Union européenne aussi, les panélistes se sont voulus constructifs, réfléchissant aux manières d’éviter un «peak Europe» et d’imaginer un avenir positif, là aussi sans renoncer à l’Europe.

Tout en réduisant la focale sur les sujets de l’an dernier – blockchain, égalité hommes-femmes, thèmes forts de 2018 – les conférences ont abordé les défis de l’urbanisation, d’un humanitaire plus efficace, ou encore du risque financier global. Parmi les aspects critiqués de cette édition figurait la brève intervention du nouveau président brésilien Jair Bolsonaro où il se présentait à nouveau comme le chantre de la lutte anticorruption, alors qu’au même moment son fils est sous enquête pour soupçons de corruption. Par ailleurs, ses arguments en faveur à la fois de la préservation de l’Amazonie et de l’agrobusiness peinaient à convaincre les commentateurs. Enfin, les quelque 1550 jets privés ayant atterri dans la station grisonne n’ont pas laissé la presse indifférente, alors que le dérèglement climatique figurait en bonne place des préoccupations du forum.

Atelier «Un jour dans la vie  d’un réfugié». (Crédits: Dr)

Le programme n’a pas abordé directement la question des gilets jaunes, qui enflamme la France depuis novembre dernier. Si le sujet était évoqué sur plusieurs panels, le cas français n’a pas fait l’objet d’un coup de projecteur spécifique, le forum demeurant très anglo-saxon dans sa programmation. Les tensions communautaires qui touchent des pays d’Europe, le rejet d’un islam trop visible, la montée de l’extrême droite, la perte rapide de légitimité de présidents comme Emmanuel Macron, ou encore les guerres d’intervention au Moyen-Orient n’ont pas non plus fait l’objet d’un traitement spécifique. Le cas du Venezuela a quant à lui été directement abordé, plusieurs leaders latino-américains ayant apporté sur place leur soutien à un changement de régime dans ce pays.

La question de l’immigration a reçu passablement d’attention, des panélistes ayant estimé qu’elle a «recalibré» la politique et forcé chacun à réévaluer ses propres valeurs, alors que 260 millions de migrants sont recensés de par le monde. «La collaboration est indispensable pour gérer les flux migratoires globaux», a estimé Antonio Vitorino, président de l’Organisation internationale pour les migrations. Des chefs d’entreprise ont évoqué la responsabilité du business dans l’intégration de migrants dans l’économie et dans la contribution à un meilleur sens de la communauté. «Le travail est le lieu où l’intégration se produit, la plupart du temps», a estimé Paweł Surówka, CEO de la banque polonaise PZU. Pour Stanley Bergman, président et CEO du groupe Henry Schein, «il faut imaginer un Plan Marshall» pour les migrants, qui consisterait à créer des emplois dans ces pays et à aider au développement des économies à l’origine des flux migratoires comme le Mexique. Les entreprises devraient investir dans ces économies également avec cet objectif en tête, ont convenu les intervenants.

«La collaboration est indispensable pour gérer les flux migratoires globaux», a estimé Antonio Vitorino. (Crédits: Dr)

La Russie survit bien aux sanctions

Enfin, un panel sur la Russie a abordé les défis qu’affronte ce pays pour maintenir sa compétitivité malgré les sanctions américaines. Les participants, dont le ministre russe du Développement économique Maxim Oreshkin, ont souligné que la Russie tirait son épingle du jeu car ses relations s’améliorent avec beaucoup d’autres pays. 

«Les partenariats avec l’Europe se sont intensifiés, de même qu’avec la Chine, l’Arabie saoudite et le Japon», a indiqué Kirill Dmitriev, CEO du Russian Direct Investment Fund. Maxim Oreshkin a estimé que «les Etats-Unis pointent du doigt un ennemi extérieur quand leurs problèmes économiques structurels
sont intérieurs. Ils cherchent des solutions à court terme pour leurs problèmes de long terme. Nous préférons investir dans le long terme.» Lourdeurs bureaucratiques et corruption restent toutefois des problèmes en Russie et notamment pour les entreprises étrangères, a admis Boris Titov, chargé du Bureau des droits des entrepreneurs de la Fédération de Russie. 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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