Bilan

Wang Shihting: «Nous ne sommes pas contre la critique, mais contre la désinformation»

L’ambassadeur de Chine estime que la couverture médiatique occidentale est très biaisée. Il réaffirme la volonté de son pays de développer ses relations avec la Suisse dans tous les domaines.

Wang Shihting: «L’internationalisation du yuan est en progression stable.»

Crédits: Susanne Keller

Cela fait huit mois que Wang Shihting, nouvel ambassadeur de Chine à Berne, a pris ses fonctions. Selon lui, les voyants sont au vert concernant les relations sino-suisses. «La Chine est prête à développer ses relations avec la Suisse dans tous les secteurs, affirme Wang Shihting: la finance, l’initiative des nouvelles Routes de la soie, l’innovation – y compris l’intelligence artificielle – et la protection de l’environnement.» Il s’agirait de combiner les atouts respectifs de la Suisse et de la Chine, car un vaste potentiel de coopération demeure.

Dans le domaine de la finance, les choses ont piétiné ces dernières années. La place financière suisse espérait depuis près de huit ans devenir un hub pour le trading international de la monnaie chinoise, mais cela ne s’est pas concrétisé. De même, très peu de banques chinoises ont ouvert des succursales en Suisse. «L’internationalisation du yuan est en progression stable: l’an dernier, le yuan est devenu la 5e monnaie de réserve et la 6e monnaie de paiement dans le monde», répond l’ambassadeur. Le gouvernement chinois se dit prêt à renforcer la coopération avec la Suisse, «mais la mise en œuvre dépend des institutions financières elles-mêmes, et bien sûr des autorités suisses, dont les banques chinoises respectent strictement les réglementations et les demandes».

«Beaucoup de reportages sur la Chine avancent des éléments infondés, voire faussés»
Wang Shihting, ambassadeur de Chine à Berne

En matière de business comme de politique, la perception fait tout. Pour Wang Shihting, la couverture médiatique sur la Chine pose un sérieux problème. «Beaucoup de reportages sur la Chine avancent des éléments infondés, voire faussés. Nous ne sommes pas opposés à la critique, mais aux reportages fabriqués de toutes pièces et aux fake news.» Selon lui, il existe une sorte de «politiquement correct» dans les médias occidentaux qui consiste à ne relayer que les informations négatives sur la Chine, et à parler très rarement des nouvelles positives. «Typiquement, des images de la police armée chinoise sont systématiquement montrées, pour créer la perception d’un Etat policier et d’une oppression politique. Cela déforme la perception de la population suisse et nuit aux relations bilatérales à long terme», regrette le diplomate.

Dons de vaccins contre le Covid

Une vision négative a-t-elle influencé la politique vaccinale? L’Union européenne (UE) n’a pas privilégié le vaccin chinois contre le Covid. Le haut fonctionnaire constate qu’il «existe des préjugés et une politisation du vaccin chinois», qu’il appelle à rejeter pour «regarder le vaccin objectivement». Il ajoute que le vaccin chinois est populaire dans le monde grâce à son efficacité et à sa sécurité. L’Empire du Milieu avait annoncé que ses vaccins seraient des biens publics mondiaux et a effectué des dons de vaccins à 69 pays en développement. En Europe, la Hongrie et la Serbie ont fait le choix de ce vaccin.

La réconciliation passe-t-elle par le commerce? La Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’UE l’an dernier, et les deux blocs ont conclu un accord d’investissement, «ce qui a porté leurs relations à un niveau supérieur», selon le diplomate, qui souligne que «plus de 60% des entreprises de l’UE souhaitent accroître leurs investissements en Chine», selon un sondage de la Chambre de commerce de l’UE en Chine.

Plus épineuse est la relation sino-américaine. L’ambassadeur Wang Shihting indique que Pékin garde espoir dans le président Biden, qui lors d’un appel avec le président Xi, a convenu que les deux pays ont davantage intérêt à éviter les conflits et à coopérer, dans des domaines tels que le changement climatique. D’autres éléments mettent de l’huile sur le feu, tels que les sanctions américaines contre Huawei et TikTok. «Ces entreprises ont été noircies et réprimées sous prétexte de sécurité nationale, ce qui viole la libre concurrence et la concurrence loyale que prônent les Etats-Unis», déclare le représentant de la Chine.

Il estime à l’inverse que la Chine se montre hospitalière vis-à-vis des entreprises étrangères, avançant que 26% des entreprises américaines sondées en Chine se disent plus rentables en 2020 qu’en 2019 et voient des perspectives commerciales encore meilleures en 2021, tandis qu’aucune n’envisage de quitter la Chine.

La question des droits de l’homme

Reste que la Chine est constamment critiquée pour avoir bafoué les droits de l’homme, que ce soit à Hongkong ou dans la région ouïghoure du Xinjiang. «La question de Hongkong relève de la sécurité nationale, de l’intégrité territoriale, de la souveraineté», insiste Wang Shihting, qui affirme que des puissances comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont encouragé les manifestants, dont certains ont brandi les drapeaux américain et britannique. Le China Daily s’était fait l’écho de contacts réguliers entre des leaders des manifestations et l’ambassade américaine, des informations que la presse occidentale n’a pas creusées, affirme le haut fonctionnaire chinois. «Les Etats-Unis tentent de faire de Hongkong la première ligne contre la Chine.» L’année dernière, la loi sur la sécurité nationale promulguée par Pékin a mis fin aux émeutes de façon autoritaire. La Chine s’estime soutenue à l’ONU dans sa démarche. Les activistes des droits de l’homme répondent que les pays alliés de la Chine à l’ONU sont loin d’être exemplaires en matière de droits démocratiques. «Nous continuerons à appliquer un haut degré d’autonomie pour Hongkong, poursuit l’ambassadeur, mais on va s’opposer à toute ingérence dans les affaires intérieures de la Chine.»

«A-t-on jamais vu un tel génocide?»

Le diplomate rejette comme un «mensonge total» l’emploi des termes de «camps de concentration», «extermination» et «génocide» à propos des Ouïghours. «La population des Ouïghours au Xinjiang a augmenté de 25% entre 2010 à 2018, soit plus que celle de toutes les ethnies confondues au Xinjiang et aussi à celle de l’ethnie Han. A-t-on jamais vu un tel «génocide»?» Il s’agirait selon lui d’une campagne de dés-information basée sur les travaux d’Adrian Zenz, un anthropologue chrétien évangélique, «radicalement antichinois», qui serait soutenu par les services secrets américains et cautionné par l’ancien secrétaire d’Etat Mike Pompeo, aux fins de propagande antichinoise. «Nous étions engagés, depuis les années 1990, dans une lutte contre le terrorisme et le séparatisme dans cette région ayant connu plus d’un millier d’attentats terroristes.» Le diplomate explique que pour endiguer l’extrémisme, la Chine a mis en place des «centres d’enseignement et de formation professionnelle similaires aux centres de déradicalisation de la France et des Etats-Unis». Depuis quatre ans, il n’y a plus eu d’attentat. «Nous avons fermé tous les centres. Avant octobre 2019, tous les détenus avaient terminé leur formation.» Wang Shihting «invite tout un chacun à venir visiter la région pour constater ce qu’il en est de ses propres yeux». La région a accueilli environ 150 millions de visites touristiques en 2018, et 200 en 2019.


Face aux médias

(The Economist)

Le 18 mars dernier, «The Economist» titrait en couverture «La brutale réalité des relations avec la Chine» et s’interrogeait comment ferait le «monde libre» pour «préserver sa prospérité et sa liberté» face à la montée d’une Chine qui a «giflé la démocratie» à Hongkong et réprime les Ouïghours. Une couverture qualifiée par l’ambassadeur Wang Shihting d’«unilatérale et manichéenne».

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante et responsable de la Filière communication au CFJM (Centre de formation au journalisme et aux médias). Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale" qui lui vaut le prix Schweizer Journalist. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale", puis en 2011 "La fin du dollar" qui prédit la fin du statut de monnaie de réserve du billet vert. En 2016 elle signe «La finance de l'ombre a pris le contrôle».

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