Bilan

Vue de l'étranger, l’initiative Minder intrigue

Les Suisses aiment les riches s’ils restent humbles. Federer l’a compris et pas Vasella. C’est une des conclusions que tire le magazine Time. L’initiative Minder intrigue la presse étrangère; florilège.
Comme la Suisse n’est plus à une curiosité près, la presse étrangère s’est penchée sur l’initiative Minder. Au pays des banques et des riches, selon l’image colportée, une votation qui touche aux rémunérations des grands patrons intrigue.

«La Suisse s’apprête à voter pour abolir les hauts salaires» écrit le blog économique du Monde. Le grand quotidien français a posté une présentation didactique de l’objet phare de la votation du dimanche 3 mars. Aussi, il n’hésite pas à écrire: «Si le "oui" l'emporte lors de la votation du 3 mars, c'est une véritable révolution que s'apprête à vivre le pays de la banque et de la finance, ce qui n'est pas du goût de tous!» Cliché, quand tu nous tiens.

Les nombreux commentaires du forum vont même jusqu'à faire un parallèle entre Thomas Minder et le chantre de l’ultragauche tricolore, Jean-Luc Mélenchon. Mais de toute évidence le site du quotidien français est lu en Suisse romande: de nombreux commentaires de Suisses tentent d’expliquer quelques-unes des subtilités de notre culture politique.

Les louanges des Echos

Pour Les Echos, «la Suisse sera championne de la gouvernance, si le oui l’emporte». Le titre économique français focalise son article sur les deux personnages clés de la campagne de votation. Thomas Minder est dépeint comme un «Robin des Bois» qui mène le combat de David contre Goliath. Et dans le rôle du méchant, Daniel Vasella évidemment.

Le patron de Novartis n’a reconnu ses erreurs que trop tard, selon Les Echos. Qui prend acte de la colère de la population suisse et salue le processus ayant amené la Suisse à faire un pas décisif pour la démocratie actionnariale. Car, reconnaît le journal français, le contre-projet élaboré par les Chambres fédérales sous la pression du texte de Minder est déjà une vraie avancée pour les actionnaires.

Le Time s'étonne

Les Etats-Unis aussi s’intéressent au cas Minder. «Pourquoi la riche suisse est furieuse contre les rémunérations de ses riches directeurs», titre le Time. Le grand média américain met en évidence le fait que l’initiative est largement soutenue par la population, qui, bien qu’elle soit composée par une classe moyenne aisée (9700 dollars de revenus mensuels en moyenne), s’insurge contre les rémunérations «imméritées» des top managers.

Car selon le Time, «le Suisse – le citoyen le plus riche et le plus économe du monde – pense que l’argent doit être le fruit d’un travail acharné et non pas de primes dues aux circonstances des marchés. De plus, les super-riches ne doivent pas afficher leur fortune». Et de citer en exemple Roger Federer, qui, «malgré ses succès et sa fortune, est resté modeste».

Pour Reuters US, le Suisse est mécontent

Toujours outre-Atlantique, Reuters fait le même constat. La population suisse serait en train de vivre une prise de conscience. L'agence met en exergue l’expression d’un mécontentement grandissant. Et cite Hans Kissling: «Même s’il n’y a pas de misère en Suisse, il y a d’importantes inégalités qui ne font pas de sens pour la population.» Ce Zurichois est l’auteur d’un livre qui dépeint la Suisse comme une société qui risque de se «féodaliser» sous l’influence de la caste des super-riches.

Et pour faire bonne mesure au mécontentement qui gronde à travers le pays, Reuters explique que plusieurs cantons ont abandonné, ou songent à le faire, «les forfaits fiscaux pour riches exilés comme Michael Schumacher, Phil Collins, Tina Turner ou encore Ingvar Kamprad, le fondateur d’Ikea».
Xavier Alonso

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