Bilan

Votations: non à la limitation de l'immigration, oui pour les jets

Les électrices et électeurs suisses ont largement rejeté ce dimanche 27 septembre l'initiative dite de limitation, qui visait à durcir les conditions d'immigration, tandis qu'ils ont validé le congé paternité. Quant à la nouvelle loi sur la chasse et aux déductions fiscales pour les familles, elles sont rejetées. Le crédit d'achat des avions de chasse a été validé de justesse.

Si le crédit pour les avions de combat a été accepté, la limitation de l'immigration a été largement rejetée.

Crédits: Keystone

Article mis à jour par la rédaction au fur et à mesure des résultats dans la journée du dimanche 27 septembre 2020.


L'UDC n'aura pas réédité son succès de 2014: la population suisse n'a pas souhaité suivre le parti agrarien sur sa volonté de réduire l'immigration. L'initiative "Pour une immigration modérée", qui demandait la fin de la libre circulation, n'a pas déduit plus de 38% des votant-e-s. Par plus de 62%, le texte a été rejeté. Un rejet qui était prévisible au vu du front uni présenté par la quasi-totalité des autres partis politiques, les faîtières patronales et les syndicats.

Au niveau géographique, le rejet a été le plus important en Suisse romande, avec pas moins de 69% de non à Genève, 70,93% sur Vaud, 62,1% en Valais, 64,6% à Fribourg, 71,1% à Neuchâtel et 65,1% dans le Jura. De l'autre côté du Röstigraben, l'initiative de l'UDC a séduit une plus large part de l'électorat, mais en ne parvenant à dépasser les 50% que dans de rares cantons (Glaris: 50,5%; Appenzell Rhodes-Intérieures: 54,3%). Au Tessin, l'initiative de l'UDC, soutenue par la Lega, l'a également emporté (53,1%). Les électrices et électeurs ont dit non à Bâle-Ville (74,6%), à Berne (61,4%), à Schaffhouse (56,6%), en Thurgovie (55,7%), à Lucerne (59,8%) et de justesse à Uri (50,4%).

Du côté des initiants, la déception a du mal à être masquée. Au sein de l'UDC, les prises de parole récentes avaient déjà intégré le probable échec annoncé par les sondages publiés tout au long de l'été. Mais pour Céline Amaudruz, les chances étaient minces face à un tel front uni, et face à la menace de la clause guillotine, avec les accords bilatéraux UE-Suisse qui s'effondraient en cas de oui.

Du côté des vainqueurs, c'est le soulagement. L'épisode de 2014 était encore dans toutes les mémoires: malgré les sondages favorables, ou peut-être de leur fait, il était crucial de maintenir une mobilisation forte afin d'éviter que, comme six ans plus tôt, un électorat sûr de son fait néglige de faire son devoir électoral et laisse les urnes créer la surprise.

Les pères auront deux semaines de congés

Toujours dans le domaine économique, le congé paternité de deux semaines a été très largement validé par le corps électoral. Voté par le Parlement après de longs débats entre la gauche et le camp bourgeois, la loi avait été combattue par l'UDC et une partie des élus PLR et PDC qui dénonçaient un projet trop coûteux qui permettrait à «quelques personnes» de prendre des «vacances payées».

Fruit d'un consensus, la loi prévoit que ces dix jours ouvrables octroyés à chaque père lors de la naissance d'un enfant soit financé par le système d'allocations pour perte de gains (APG), plus connu pour financer les périodes de répétition des militaires, ou plus récemment par les aides accordées aux indépendants pendant la crise du Covid-19. Ce congé devra être pris dans une période de six mois qui suivent la naissance de l'enfant, mais pourront être divisés. Pendant cette période, le salarié touchera au moins 80% de ses revenus, somme cependant plafonnée à 196 francs par jour. Selon les estimations, ce dispositif devrait coûter 230 millions de francs annuellement et entraînera un relèvement de 0,05 point des cotisations sociales.

Du côté des opposants, le refus était attendu. Au sein-même de l'UDC, certains élus, notamment romands, avaient bravé le choix du parti et s'étaient prononcés en faveur du texte. Si certains élus de gauche regrettent que la durée ait été fixée à deux semaines (la France vient de porter son congé paternité à un mois dès l'été 2021), la durée et les modalités choisies ont permis de créer un large consensus auprès de la plupart des organisations patronales et syndicales.

Au niveau cantonal, Genève a très largement soutenu le congé paternité de deux semaines avec avec 79,4% de oui, de même que Vaud (81,64%), Fribourg (67,8%), Neuchâtel (73,6%), le Valais (60,5%) ou encore le Jura (74,6%). Côté alémanique, les cantons ruraux ont plutôt penché en faveur du non, à l'instar de Glaris (56,7%), d'Uri (57%), de la Thurgovie (50,8%), ou d'Appenzell Rhodes-Intérieures (65,3%), tandis que des cantons plus urbains ont soutenu le texte, comme à Bâle-Ville (71,6%), Bâle-Campagne (58,9%), Schaffhouse (56,3%), Lucerne (51,9%), Berne (56,9%) ou Zürich. Le Tessin a lui aussi largement validé le projet de congé paternité (67,3%).

Les avions de chasse de justesse

Autre objet majeur soumis aux électrices et électeurs ce dimanche: le crédit pour les avions de chasse n'a livré son verdict que vers 17h, après un dépouillage extrêmement serré. Combattu par la gauche, soutenu par le camp bourgeois, cet objet faisait suite au rejet en 2014 de l'achat des Gripens suédois.

Cette fois-ci, l'armée a eu gain de cause auprès de la population: la flotte d'avions de combat sera renouvelée. Les défenseurs de cette option avaient changé leur fusil d'épaule avant cette campagne, obtenant des constructeurs et des pays d'origine que ceux-ci jouent profil bas par rapport à 2014, tandis que les militaires suisses se sont cette fois-ci davantage impliqués dans la campagne électorale.

Les opposants ont eu beau arguer que les Suisses étaient appelés à se prononcer sur un chèque sans savoir quel modèle allait être choisi. Mais le suffrage universel a donné raison aux partisans d'une défense aérienne dotée d'appareils neufs, aptes à accomplir les missions de surveillance de l'espace aérien suisse pour une trentaine d'années, qui l'ont finalement emporté par 50,1%. 

Là aussi, la Sarine aura joué un rôle, avec un soutien plus marqué pour les avions de combat côté alémanique (51,4% à Berne, 60,3% de oui à Glaris, 57,6% pour Appenzell Rhodes-Intérieures, 54,9% à Lucerne, 51,2% pour Schaffhouse, 62% pour Uri, 55,6% en Thurgovie), même si Bâle-Ville a dit non à 63,3% et Bâle-Campagne également à 50,3%, tandis qu'en Suisse romande, le refus est majoritaire (62,8% de non à Genève, 58,94% sur Vaud, 61,6% pour Neuchâtel, 68,2% pour le Jura, 54,4% à Fribourg), avec cependant une validation de l'enveloppe par les Valaisan-ne-s (52%). Sur cette question, le Tessin a rejoint la Suisse romande en refusant de voter en faveur des avions de combat (52,8% de non).

Les déductions fiscales rejetées

Les électrices et électeurs suisses étaient également appelés à se prononcer ce dimanche sur deux autres objets: l'augmentation des déductions fiscales pour les enfants et les frais de garde, ainsi que la nouvelle loi sur la chasse. Le premier, fruit d'une volonté d'une volonté du Conseil fédéral et du Parlement d'aider les parents à concilier vie familiale et professionnelle prévoit le relèvement de la déduction fédérale pour frais de garde, qui doit passer de 10'100 à 25'000 francs, un point ayant fait consensus.

Cependant, l'examen aux Chambres a assorti la loi d'une augmentation de la déduction générale pour les enfants de 6500 à 10'000 francs, modification du projet initial que la gauche a vu comme un cadeau pour les plus riches et a souhaité combattre lors de cette votation. En acceptant le paquet proposé par le Parlement, les électeurs suisses valident donc la stratégie de la gauche. Ce que Charles Juillard, vice-président du PDC, voit comme «une claque pour la classe moyenne».

Au niveau cantonal, Genève (50% de oui, avec 70'256 voix pour et 70'129 voix contre) s'est distingué des autres cantons romands qui ont refusé le paquet. Ainsi, les Fribourgeois-es ont rejeté le texte par 56%, de même que les Jurassien-ne-s (57%) ou encore les Neuchâtelois-es (57,3%), les Vaudois-es (50,85%) et les Valaisan-ne-s (51,8%). Côté alémanique, Glaris a également rejeté le texte (68,5% de non), idem pour Appenzell Rhodes-Intérieures (70,7%), Berne (70,5%), la Thurgovie (68,9%), Bâle-Ville (66,1%), Bâle-Campagne (68,6%), Uri (69,7%), Lucerne (66%) ou Schaffhouse (67,5%). Le Tessin a rejoint les Genevois dans le oui, par 52,1%.

La loi sur la chasse rejetée

Enfin, la nouvelle loi sur la chasse a été rejetée de justesse par le scrutin dominical (51%). Officiellement envisagée pour offrir une meilleure protection à de nombreuses espèces animales, la loi a été vite dénoncée par les organisations écologiques. Celles-ci dénonçaient en effet une loi permettant d'abattre des espèces vulnérables, dont le loup, et d'ouvrir la porte à des tirs ultérieurs contre d'autres espèces telles que le lynx.

L'un des points majeurs concerne le transfert de compétences de la Confédération aux cantons pour ce qui relève de la protection des espèces, avec des interactions entre les volontés des bergers, des chasseurs, des forestiers ou encore des biologistes. La question du loup a notamment cristallisé les tensions, tout spécialement dans les cantons alpins où la présence du canidé est forte (Valais, Grisons, Tessin).

Sur cet objet, la distinction a davantage résidé entre cantons urbains et de montagne, la nouvelle loi a été rejetée à Genève (63,1% de non), mais aussi sur Vaud (59,79% de refus), le Jura (52,1%) et Neuchâtel (58%), ainsi qu'à Bâle-Ville (63,9%), Bâle-Campagne (57,4%), Schaffhouse (63,3%), Berne (53%) et à Zürich (57,7%), mais les Valaisan-ne-s l'ont acceptée (68,6% de oui), de même que les Fribourgeois-es (50,7%). Côté alémanique aussi, les cantons ruraux et alpins ont validé la nouvelle loi, à l'instar des Glaronnais-es (52,7%), des Uranais-es (69,6%), des Thurgovien-ne-s (50,3%), des Lucernois-es (56%) ou d'Appenzell Rhodes-Intérieures (70,7%). Le Tessin a validé de justesse la nouvelle loi (51,5%).


Objets de votation cantonales et communales

- Genève: les électrices et électeurs ont validé le principe d'un salaire minimum de 23 francs de l'heure pour toutes les branches. Le projet qui ne faisait face à aucun contre-projet a été accepté par 57,81% des votants.

- Genève: le corps électoral de la cité de Calvin a accepté par 87,88% de oui de faire une croix sur la présidence unique du Conseil d'Etat et de revenir au système de tournus annuel qui avait cours avant la réforme de 2013.

- Genève: par 72,46%. les Genevoises et Genevois ont validé le soutien par subventions des pertes d'exploitation du financement de l'Institution de maintien, d'aide et de soins à domicile (IMAD).

- Genève: de nouvelles voies de bus et pistes cyclables pourront être créées plus facilement, le corps électoral ayant validé par 58,35% des règles plus souples en ce qui concerne la suppression de 4000 places de stationnement.

- Montreux: le projet de rénovation du centre de musique et de congrès 2m2c a été largement accepté (76,7% de oui), après un premier refus de justesse (une centaine de voix) début 2019, invalidé quelques temps plus tard par la justice.

- Gruyère: un crédit de 55 millions de francs sera alloué à l'édification d'un centre sportif intercommunal dans le district de la Gruyère (FR), validé ce dimanche par 71,68% des électrices et électeurs.

- Nidwald: Les Didwaldien-ne-s ont approuvé dimanche par 59,46% la loi révisée d'impôt, qui prévoit notamment que le taux d'impôt sur le bénéfice va passer de 6 à 5,1%, record national.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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