Bilan

Victimes de guerre des droits TV

Toujours plus chers, les droits TV sont attribués au compte-goutte aux grands groupes helvétiques. Swisscom et UPC ont choisi leur camp entre football et hockey sur glace, la RTS a remanié son offre et d’autres acteurs surgissent.

Rares sont ceux qui peuvent s'offrir les droits de diffusion des grandes ligues.

Crédits: DR

Les adeptes de sport doivent payer plus d’un abonnement s’ils veulent voir l’intégralité du football et du hockey suisse. Les droits télévisuels de la Swiss Football League reviennent en quasi-totalité à Teleclub, un groupe largement lié à Swisscom. La Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) peut diffuser un match par journée de championnat. Du côté du hockey sur glace, la National League est l’exclusivité de MySports, elle-même sous la direction d’UPC.

Le prix à payer pour régner sur ces deux sports helvétiques s’évalue en dizaines de millions. “Il faut être solide” admet Julien Grosclaude, porte-parole d’UPC, sans donner de chiffre précis. Sven Schaeffner, chef d’acquisition des droits sportifs de Swisscom, confirme l’augmentation des coûts. «Les sports sont confisqués au nom du fric» dénonce Massimo Lorenzi, chef des sports à la Radio Télévision Suisse (RTS). «L’UEFA et les grands clubs veulent toujours plus».

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Concrètement, la hausse du prix d’acquisition a des répercussions sur les amateurs de sport. La limite du raisonnable est-elle atteinte ? La question préoccupe notamment Teleclub. «Cela est aussi un facteur déterminant pour le prix final facturé aux consommateurs» précise Sven Schaeffner.  La RTS a décidé de se retirer du combat. «Nous n’avons pas envie et ne pouvons pas entrer dans cette surenchère» explique le journaliste sportif.

Les droits sont bien gardés peu importe les sanctions de la Commission de la concurrence (COMCO). Swisscom a dû s’acquitter de 71 millions de francs d’amende pour sa chasse gardée sur le football. En parallèle, une enquête est en cours contre UPC, afin de savoir si le groupe abuse de sa position dominante sur le marché.

La cerise sur le gâteau, qu’on partage comme on peut

Chaque groupe ajoute des cordes à son arc. Les ligues allemande, anglaise, russe ou même chinoise sont l’objet de grandes négociations. La Ligue des Champions - la crème de la compétition pour certains supporters - pèse lourd dans le porte-monnaie. Si bien que Teleclub a pu s’offrir la diffusion de tous les matches pour la Suisse. Les trois régions que forment la SSR diffusent un match le mercredi au contraire de quatre la saison dernière.

D’autres moyens existent pour suivre ce caviar footballistique, comme la souscription à des groupements d’opérateurs comme net+. La particularité? Les matches sont choisis et commentés par les experts de RMC Sport. «Nous reprenons le bouquet à travers le groupe français Altice» explique Alexandre Rey, marketing manager chez NetPlus.

Le groupe Altice pèse lourd dans le paysage audiovisuel français. (Image: CSA)

Cette nouvelle façon de voir les matches représente un réel changement pour le consommateur. Si les possibilités étaient quasi infinies auparavant - «c’était un paradis» admet l’ex footballeur - les limites apparaissent clairement. «La votation No Billag» a provoqué de nombreux débats quant à l’utilisation du budget des télévisions publiques.

Massimo Lorenzi soulève la diversité proposée par le paysage médiatique suisse. Au sein de la commission sport des «Médias Francophones Publics», l’exemple helvétique impressionne. «Mes collègues me demandent si les Suisses se rendent compte. Je leur dis que non, ils ne se rendent souvent pas compte de l’offre du service public» regrette le journaliste.

Le sport ? Pas rentable.

Qu’en est-il du basketball, de l’athlétisme, du cyclisme, de la Formule 1 ou encore du handball ? Les différentes chaînes tentent de toucher un plus large public avec leur bouquet. Le service public n’ayant plus l’exclusivité des sports nationaux, il tente de proposer une couverture large du tissu sportif international.

La lutte est cependant loin d’être restreinte aux seuls acteurs nationaux, puisque des plateformes en ligne comme DAZN prennent leur part du marché. Pour un peu plus de dix francs par mois, l’abonné peut assister à la NBA, la Premier League, la Bundesliga ou encore la Liga. «On ne peut pas contrer cela» souffle Alexandre Rey, qui met en avant l’aspect davantage local de son offre, tant au niveau de la langue que des contenus de l’offre des opérateurs romands. Le streaming est qualifié «d’enjeu majeur» par Massimo Lorenzi. Les cablo-opérateurs ne se jettent pas sur le web pour autant. “Internet n’est pas tout-à-fait un substitut de la télévision” affirme Sven Schaeffner.

Aux multiples plateformes légales sur Internet s’ajoutent toutes les rediffusions illégales. Pour celui qui sait où chercher, il est facile de trouver une tierce personne qui retransmet le flux d’une chaîne. Les ligues de football tout comme les diffuseurs officiels sont loin d’apprécier le procédé. Sky a utilisé les grands moyens, en utilisant l’intelligence artificielle pour trouver les directs piratés. Paradoxalement, Facebook a acquis les droits de diffusion de la Ligue des Champions, et compte passer les matches gratuitement en Amérique latine. Twitter a de son côté l’autorisation de retransmettre la plus grande ligue de baseball.

Les pessimistes parleront d’une fidélisation pour mieux faire payer après, les optimistes y verront une volonté de popularisation du sport. Malgré le prix élevé des droits TV, tout n'est pas négatif pour Julien Grosclaude. «Je pense au contraire que l‘accès est toujours plus grand car l’offre grandit et se diversifie. Là où il y encore quelques années seule la RTS proposait des contenus sportifs, aujourd’hui nous sommes trois sur le marché sans parler des plateformes en lignes» affirme-t-il. Une chose est sûre: la médiatisation du sport risque encore de subir de nombreuses transformations ces prochaines années. 

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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