Bilan

Vers un plastique 100% recyclable

Seuls 9% des déchets plastiques sont recyclés tandis que 80% finissent dans les océans. De nouvelles solutions innovantes émergent pourtant, comme celle adoptée par L’Occitane.

  • Une rivière souillée de plastique dans la province indienne du Rajasthan.

    Crédits: Himanshu Sharma/AFP
  • L’Occitane, avec son partenaire Loop, tend à recycler 100% de ses emballages d’ici à 2025.

    Crédits: Dr

Les images des continents de déchets plastiques flottant dans les océans ou celles de cachalots empoisonnés par les microplastiques ont hissé cette pollution au rang de priorité environnementale immédiate. Les projets de nettoyage des océans qui se sont multipliés ne semblent toutefois pas à l’échelle du problème. L’idéal serait de ne plus rejeter ces déchets. On en est loin. Le PET, pourtant l’un des plastiques les plus recyclés, ne l’est que pour 9% de sa production mondiale. 

Face à cette situation, des entreprises commencent à réagir. En janvier, une trentaine de multinationales de la pétrochimie, du recyclage et des biens de grande consommation (ExxonMobil, Dow Chemical, P&G…) ont annoncé la création d’une alliance afin de mobiliser plus d’un milliard de francs pour trouver des solutions d’élimination des déchets plastiques. Or, ces solutions existent déjà, comme l’illustre un projet de L’Occitane qui vise à rendre 100% du plastique de ses flacons recyclable d’ici à 2025. 

Le groupe de cosmétiques, basé à Genève depuis 1997, vient d’annoncer un partenariat avec l’entreprise canadienne Loop Industries qui a développé une nouvelle technologie de recyclage des emballages en PET. Loop Industries a mis au point un procédé qui permet de dépolymériser le PET pour revenir aux molécules de base de ce plastique afin de le recycler indéfiniment. Le recyclage mécanique du PET employé aujourd’hui suppose, en effet, de le trier, le broyer, le laver, puis d’extruder les polymères complets pour en refaire des granulés. «Toutefois, après quelques cycles, la couleur du PET est altérée (il devient grisâtre, ce qui pose des problèmes esthétiques) et ses propriétés s’amenuisent. Cela rend sa qualité insuffisante pour des produits alimentaires ou cosmétiques», explique la directrice de la conception des emballages et du design de L’Occitane, Corinne Fugier-Garrel.

La voie du recyclage chimique

Le processus développé par Loop Industries repose sur l’utilisation d’un catalyseur qui sépare dans des réacteurs les monomères du PET afin de revenir à deux molécules nécessaires à la synthèse du PET «vierge». «La production de ce PET de qualité alimentaire, y compris à partir de déchets textiles, colorés, etc., ne demande ni chaleur ni énergie mécanique, affirme Nelson Switzer, chief growth officer de Loop Industries. Et elle peut être intégrée dans les usines de recyclage locales existantes afin d’éviter le transport.» Ce sera le cas avec une première usine aux Etats-Unis l’an prochain en partenariat avec le géant du PET Indorama.

Pour L’Occitane, la transition au processus de Loop Industries est prévue pour 2022. Certes, la quantité de plastique ainsi recyclé par une marque qui soigne son image environnementale (78% de ses ingrédients sont d’origine naturelle) demeurera modeste. Mais outre que le groupe espère que le recours à la technologie de Loop Industries inspirera d’autres clients de ses fournisseurs, l’entreprise canadienne a signé des contrats avec de très gros utilisateurs de PET comme L’Oréal, Danone, Coca-Cola et Pepsi. 

A côté du développement des plastiques biodégradables, les innovations se multiplient dans le recyclage par dépolymérisation du PET (GR3N en Suisse, Garbo en Italie ou Ioniqa aux Pays-Bas) mais aussi d’autres plastiques. La dissolution avec des solvants est par exemple développée par l’allemand APK pour le polyéthylène (PE), par le canadien Polystyvert pour le polystyrène (PS) et par l’américain PureCycle pour le polypropylène (PP). Il reste cependant à savoir si d’autres industries aux marges moins confortables que la cosmétique accepteront de s’accommoder des surcoûts de ces technologies. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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