Bilan

Ventes flashes: le succès de l’exclusivité

Grâce à des offres toujours plus ciblées, limitées et à des prix aux discounts imbattables, les ventes événementielles séduisent les consommateurs helvétiques depuis plus de dix ans.

  • Oded et Nir Ofek, cofondateurs du site genevois BuyClub.ch.

    Crédits: Nicolas Righetti/lundi13
  • «Nous avons fait muter, grâce au numérique, le vieux business du déstockage» Patricia Stoeckel, CEO de veepee.ch

    Crédits: Dr
  • «On fait une sélection pour nos membres en prenant en compte leurs remarques » Pascal Meyer, fondateur de Qoqa

    Crédits: Dr

Le concept est simple: premiers arrivés, premiers servis. De la paire de baskets Balenciaga au voyage en Grèce, en passant par de l’électroménager high-tech, les sites de ventes flashes font carton plein. Ce modèle, au départ boudé par la population suisse puis propulsé en 2010 dans le sillage de l’e-commerce, a su se démarquer avec des promotions chocs de courte durée et destinées à un public de fidèles. Le mastodonte européen de la mode s’est d’ailleurs lui aussi plié aux exigences du marché en lançant en 2013 la plateforme zalando-lounge.ch.

Mais celui qui avait flairé la bonne affaire dès le début, en 2007, c’est le site lausannois eboutic.ch. Inspiré par son homologue français déployé à l’international, vente-privee.com, il lui vend finalement ses parts majoritaires en 2016 pour qu’ils ne fassent plus qu’un sous le nom de Veepee. Depuis, veepee.ch propose à ses 1,6 million de membres 20 à 30 nouvelles ventes journalières et s’est imposé comme un acteur majeur du segment. «Nous avons fait muter, grâce au numérique, le vieux business du déstockage. Nous permettons à nos 1000 marques partenaires d’écouler sur trois à cinq jours leurs invendus dans un bel écrin protégeant leur image, mais avec des prix fortement décotés», décrit Patricia Lemattre Stoeckel, CEO de veepee.ch, dont les 50 collaborateurs sont basés à Lausanne et à Monthey.

Si le pionnier peut s’appuyer sur des partenariats de longue date, d’autres concurrents, au contraire, n’ont pas su s’inscrire dans la durée. Moins d’un an après le boom de 2010, plus de la moitié des sites fermaient. Un élagage à mettre sur le compte des fausses promotions. «En Suisse, les contrôles sont quasi inexistants, car les moyens de la police du commerce sont limités et les sanctions ne sont pas dissuasives», indique Robin Eymann, économiste à la Fédération romande des consommateurs (FRC). L’expert souligne néanmoins que, pour perdurer, les sites ne peuvent baser leur modèle d’affaires sur des arnaques aux soldes.

Un marché enfin consolidé

De fait, à présent, le secteur des ventes événementielles helvétique ne se compose plus que d’une poignée de sites. Chacun ayant une spécificité, plus rien ne semble les ébranler. A l’image de la plateforme qui fait le buzz, QoQa. Son parti pris est plutôt osé: un monoproduit soldé quotidiennement dans chaque catégorie (Qwine, Qbeer, Qsport, Qids, Qooking et dernièrement Qlock)… «On ne vend pas juste pour vendre, on fait une sélection pour nos membres en prenant en compte leurs remarques, leurs demandes et leurs critiques. Ainsi, les 720 000 adhérents à notre communauté deviennent de réels consom’acteurs. A long terme, se détourner de la vente de masse paie», assure le fondateur de QoQa, Pascal Meyer. Il est aujourd’hui à la tête d’une équipe de 125 personnes pour un chiffre d’affaires de 90 millions en 2019.

Nir Ofek, cofondateur du site genevois BuyClub.ch, démarré en 2010, se souvient de cette époque de revirement: «Notre commercial, qui était allé dans un spa 5 étoiles pour discuter d’une éventuelle collaboration, avait dû faire la queue derrière pas moins de quatre concurrents.» Associé avec son frère Oded, ils proposent chaque année 400 ventes et environ 100 000 coupons pour permettre à leurs membres, exclusivement des expatriés, de découvrir les meilleurs endroits de leur ville à prix d’essai. Seul acteur sur ce créneau en Suisse romande, BuyClub.ch emploie sept personnes.

De son côté, le carougeois MyPrivateBoutique.ch, rare site romand totalement indépendant, avance un chiffre d’affaires 2019 de 25 millions de francs. Son équipe de 40 passionnés propose près de 1500 articles de mode de luxe durant trois à cinq jours avec des rabais importants. «Nous avons observé un nouveau comportement d’achat en ligne très prometteur dans l’acquisition de produits luxueux soldés», témoigne son CEO, Babak Daghigh. Un succès qui a permis d’élargir l’offre depuis onze ans pour se décliner en 2016 en MyPrivateDressing.ch qui promeut cette fois le seconde main et affiche une croissance de 150% par an.

Cibler pour mieux régner

Dans ce marché très compétitif, l’erreur de cible peut coûter cher, comme l’ont montré les fermetures du géant américain Groupon et, plus récemment, du spécialiste des prix cassés dans la restauration Realdeals. La compétition oblige les derniers arrivés à se montrer encore plus audacieux en visant des niches.
L’un d’eux, le français du groupe Accor, VeryChic.com, a choisi de miser sur les promotions d’hôtels extraordinaires 4 et 5 étoiles pour un public francophone. Un concept qui plaît en Suisse depuis 2015, puisque le site comptabilise plus de 100 000 membres actifs, et ne semble pas être fauché par le coronavirus. «Bien que les valeurs d’achat soient moindres, en juillet nous avons observé le même nombre de réservations que l’an passé. C’est en partie dû à notre recentrage postdéconfinement sur des destinations locales et, surtout, grâce à nos membres très fidèles», souligne son responsable partenariats, Vianney d’Anglejan.

Autre acteur, autre créneau: le fribourgeois wobee.ch (Worker Benefits, cinq employés), créé en 2018, s’attaque quant à lui à la vente de produits de luxe pour entreprises. Des campagnes organisées quatre fois par an durant deux semaines, et offrant aux collaborateurs de la centaine d’entreprises partenaires des dizaines d’accessoires ou d’expériences uniques au rabais. «Malgré la crise, en mai nous avons enregistré le deuxième meilleur résultat de notre histoire», déclare son fondateur, Alexis Gouten. De quoi prouver que le marché des ventes flashes a de l’avenir et qu’il peut encore accueillir de nombreux acteurs. Le tout est de savoir viser juste…

Mullerjulieweb
Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle décrochait des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle se spécialise actuellement dans la presse écrite économique.

Du même auteur:

Malgré les turbulences, les agences de voyage gardent le cap
Bouche à oreille, le laissé pour compte du marketing

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."