Bilan

Venezuela en crise: les raisons du chaos

Hyperinflation, dette colossale... Comment un pays possédant les plus importantes réserves pétrolières au monde peut-il se porter si mal? Le régime bolivar n’explique pas tout.

1,6 million de Vénézuéliens ont quitté leur pays depuis 2016.

Crédits: Nacho Doce/Reuters

La situation au Venezuela tient en quelques chiffres connus. Selon le FMI, l’hyper-inflation devrait passer des 2600% de 2017 à 1 000 000% d’ici fin 2018; le PIB pourrait encore perdre 18%, tandis que la production pétrolière, qui assure 96% des revenus du pays, est déjà tombée à 1,5 million de barils par jour contre 2,5 millions jusqu’en 2016. Si l’on y ajoute une dette extérieure frôlant les 150 milliards de dollars pour des réserves officielles évaluées à 11 milliards, dont plus de 60% en or non liquide, on comprend que la faillite du pays est proche. 

Pour les 30 millions de Vénézuéliens, cela se traduit par des pénuries de produits de première nécessité et de médicaments ou par des prix inabordables, tout cela dans un climat d’insécurité de plus en plus infernal et de corruption endémique. Alors on s’exile. 1,6 million de Vénézuéliens ont quitté le pays depuis 2016. 

Mais le régime bolivarien n’explique pas tout. Le Venezuela a notamment connu des pics d’inflation dramatiques bien avant Chavez (8500% sur les 11 années qui ont précédé son arrivée), tandis que la société nationale de pétrole (PDVSA) faisait de la résistance anti-Chavez en refusant de verser ses royalties, en investissant massivement à l’étranger ou simplement en coupant la production (10 milliards de pertes en 2003). Quand ce n’était pas la tentative de coup d’Etat de 2003.

Retour dans la sphère otanienne?

Le fait que le Venezuela ne soit plus un allié des Etats-Unis mais de la Chine, qui est son plus gros bailleur de fonds, ainsi que de la Russie et de l’Iran, entre aussi en compte. Car cette Chine, qui se fait déjà rembourser ses prêts en pétrole, pourrait bien finir un jour par se payer en prenant le contrôle des ressources vénézuéliennes. Et cela, il n’en est pas question pour les Etats-Unis, raison pour laquelle ils punissent le Venezuela par des sanctions économiques mais aussi par l’arme monétaire. 

Le mécanisme est bien rodé. Depuis que Caracas a instauré un contrôle des changes en 2003, il existait un taux de change officiel du dollar et un taux de marché noir qui pouvait être du double, en cas de pénurie de devises officielles. Mais à partir de 2012 le taux parallèle, fixé à partir de plateformes internet privées comme dolartoday.com, hébergées aux Etats-Unis, s’est artificiellement envolé. Les cours ont subitement augmenté de plusieurs centaines de milliers de pourcents.

Du coup, le commerce de dollars est devenu très rentable, aggravant d’autant l’inflation, les coûts d’importations devenant prohibitifs alors même que le prix du brut s’effondrait. Puis un gigantesque commerce de rachat de billets vit le jour. On commença à payer moins cher un produit avec un billet parce qu’ensuite ce même billet pouvait être revendu plus cher que sa valeur nominale. C’est ainsi qu’à la ville frontière colombienne de Cúcuta, des négociants rachètent les bolivars en masse à 150% de leur valeur nominale, qu’ils paient par transfert bancaire sur le compte du vendeur au Venezuela. Ils créent ainsi une formidable pénurie de billets qui oblige le gouvernement à en réinjecter en permanence. 

On blâme la planche à billets comme cause de l’inflation alors qu’elle tourne en conséquence d’une attaque monétaire d’un type nouveau, accélérant le processus inflationniste. La question qui se pose est dès lors la suivante: la situation du Venezuela serait-elle aussi dramatique si ce pays retournait dans la sphère d’influence américaine? La Colombie qui vient d’entrer dans l’OTAN comme «partenaire mondial» a peut-être la réponse. 

Arnaud Dotézac

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."