Bilan

Vélos électriques: quoi de neuf hors des sentiers battus?

C’est sans doute l’équipement de mobilité qui a connu le boom le plus fort depuis le déclenchement de la pandémie: le vélo électrique a le vent en poupe. Mais en dehors des modèles classiques proposés dans la plupart des magasins de sports et de loisirs, quelles sont les nouveautés des derniers mois? Echantillon des solutions innovantes.

Les 2-roues électriques se diversifient de plus en plus et s'éloignent des modèles conventionnels.

Crédits: Miloo

Et si le vélo électrique sortait des sentiers battus? Depuis une quinzaine d’années, le vélo à assistance électrique a envahi les villes et les sentiers ruraux d’Europe. La Suisse romande ne fait pas exception avec une hausse de 29% des ventes en 2020, et pas moins de 171'132 unités vendues au total. «La crainte de la contamination dans les transports en commun, couplée au refus des embouteillages en voiture et à la prise de conscience écologique se sont combinées. Et les clients réalisent que les inconvénients vécus jusque récemment avec des autonomies limitées, des 2-roues lourds et peu maniables ou un design trop standard appartiennent au passé. L’offre s’est élargie et les performances aussi», constate un vendeur lausannois.

Et parmi les nouveautés, plusieurs ont fait leur apparition ces derniers mois sur le marché romand. Entre les VTT à assistance électrique et le fabricant suisse Stromer qui s’est taillé la place du lion sur le haut de gamme, d’autres entrepreneurs ont voulu se faire leur place. Avec des concepts bien particuliers et des cibles précises.

Pour les portefeuilles serrés et les espaces réduits

    L’un des défis majeurs avec l’acquisition d’un vélo électrique réside souvent dans le destin à réserver aux cycles traditionnels que pratiquement toutes les familles ont dans leur cave ou leur cage d’escalier. Sans compter que certains amateurs de sport ont parfois envie d’un vélo électrique pour leurs déplacements domicile-travail en semaine, et d’un vélo traditionnel pour des sorties plus sportives le week-end. C’est là que Rubbee a trouvé la solution avec un accessoire qui se fixe sous la selle et qui, via le contact avec la roue arrière, permet d’entraîner celle-ci et de venir en aide au pédalage. «Ainsi, on garde son vélo classique. L’accessoire se monte en 10mn au début, 2mn quand on est habitué. La plupart de nos clients sont des urbains qui font entre 4 et 15km. Et cela leur permet de ne pas avoir un 2e vélo. On avait vu beaucoup d’avantages avec ce dispositif: gain de place, risque du vol atténué, pas besoin d’ôter la roue comme avec le système de la Copenhagen Wheel,…», détaille Kilian Cassier, responsable de l’entreprise aubonnoise qui importe ce système depuis l’été 2020.

    «Les pré-commandes ont été lancées en mai 2020. Nous avons reçu le stock début juillet. Et nous avons été en rupture de stock dès le mois d’octobre. Sur ces quelques mois, nous avons vendu 400 dispositifs de ce système en Suisse romande. En 2021, notre objectif est de nous développer en Suisse alémanique. De ce côté-ci de la Sarine, nous avons eu beaucoup de ventes à Lausanne, bien moins à Genève. Il y a sans doute plus de gens qui aiment transformer leur vélo à Lausanne», glisse Kilian Cassier.

    Avec un premier prix dès 699 francs pour une autonomie de 16km, le dispositif Rubbee vise clairement les jeunes urbains aux moyens limités ou ayant un logement aux dimensions réduites. Cependant, la plupart des clients achètent plus d’une batterie (2,7 en moyenne pour les ventes 2020), et s’autorisent ainsi un rayon d’action plus important, avec un coût dégressif (798 francs pour un dispositif avec deux batteries et 897 francs pour trois batteries). «Nous ne nous voyons pas en concurrence avec le vélo électrique: c’est une option différente. La plupart de nos clients n’étaient pas vraiment cyclistes avant, mais veulent un vélo pour de courts déplacements, notamment pour aller au travail», ajoute Kilian Cassier.

    Pour les amateurs d’un pédalage connecté et puissant

    Les cofondateurs de Miloo. (DR)
    Les cofondateurs de Miloo. (DR)

    A l’autre bout de la palette, un nouveau venu a semé ses premiers bolides sur les voies publiques suisses ces derniers mois: Miloo est une startup genevoise qui a voulu créer «la Tesla du vélo électrique: un 2-roues motorisé en version électrique, puissant, sécurisant mais aussi connecté, disposant d’un maximum de fonctionnalités. Face aux fabricants traditionnels de vélos qui ont souvent juste adapté leurs modèles avec une batterie et un système d’entraînement, Anna Bory et Daniel van den Berg, les deux cofondateurs, ont voulu concevoir dès l’origine un 2-roues particulier, en répondant aux défis de la mobilité. Les rails des tramways? Les modèles Miloo ont des roues épaisses qui ne peuvent se prendre dans ces rainures traîtres. L’autonomie? Des batteries puissantes qui offrent aux différents modèles de 70 à 150km. La cohabitation avec les autres usagers de la route? Rétroviseurs, feux clignotants et stops, avertisseur sonore, tableau de bord avec indications importantes.

    Et l’ensemble de ces fonctionnalités avec des vitesses classant l’objet dans la catégorie des 2-roues motorisées pour certains modèles, qui peuvent dépasser la limite habituelle des 25km/h et peuvent atteindre jusqu’à 45km/h. «Nous avons mis au point des vélos stables, sûrs et funs. Des vélos capables de transporter des bagages. Notre objectif n’est pas de remplacer la voiture, mais d’intervenir sur les petites et moyennes distances», glisse Anna Bory. Et pour ce faire, une grande attention a été apportée aux demandes des client·e·s potentiel·le·s: «Nos compétiteurs ont une très grande gamme de modèles, mais finalement assez proches les uns des autres. Nous préférons vendre peu de modèles de base, mais avec la possibilité de customiser chacun, du guidon à la couleur, en passant par des sacoches, paniers, cadre, attache pour une remorque,… Nous avons deux séries de base actuellement et réfléchissons à d’autres déclinaisons à l’avenir», confie la cofondatrice.

    Avec ces performances et cette personnalisation poussée, la clientèle est radicalement différente de celle de Rubbee: des banquiers, des dirigeants d’entreprises, des amateurs de sensation, souvent domiciliés hors des centres-villes et désireux de pouvoir rallier leurs bureaux sans transpirer, sans s’inquiéter de savoir si l’autonomie sera suffisante pour rentrer chez eux le soir. Et s’il y a le moindre doute, une application smartphone connectée au téléphone permet de savoir à distance où en est la batterie. Evidemment, avec autant de fonctionnalités, le prix monte un peu: dès 3500 francs pour le modèle plafonné à 25km/h et dès 5800 francs pour le modèle 45. «C’est certes un peu plus cher que la concurrence, mais c’est le prix de la qualité, de la sécurité, de la connectivité… Quand on compare les performances, on réalise que le prix est loin d’être exagéré», argumente Anna Bory. Et pour la marque désormais accompagnée par le footballeur Kevin Mbabu, le petit plus réside dans le service: le 2-roues est livré à domicile pour un essai comme pour un achat, des récompenses sont attribuées aux utilisateurs à certains paliers kilométriques, les réparations éventuelles peuvent être réalisées au domicile des client·e·s qui le souhaitent.

    Pour les innovateurs nostalgiques: renaissance d’une marque

    Paul Merz. (DR)
    Paul Merz. (DR)

    Que se passerait-il si une marque légendaire de l’univers de la moto passait soudainement aux 2-roues électriques? C’est le virage révolutionnaire que la marque Motosacoche prend cette année. Née au crépuscule du XIXe siècle sous l’impulsion des frères Dufaux, la marque genevoise a longtemps été pionnière dans le secteur des sports mécaniques, alignant innovations et records continentaux ou mondiaux. Cependant, après l’apogée du premier quart du XXe siècle, la marque subit les contrecoups des conflits mondiaux et la montée des fabricants américains puis asiatiques. Et la marque disparaît finalement à la fin du XXe siècle. «Dans le musée de mon oncle en Auvergne, qui abrite plusieurs centaines de motos, j’ai découvert la marque Motosacoche. J’ai fait mes recherches, essayé de trouver un héritage, des ayants-droits,… il n’y en avait pas, alors que l’histoire des frères Dufaux, des pionniers, était incroyable. Ils avaient créé leur première motocycle dans leur garage à l’âge de 17 ans. J’ai re-déposé cette marque en Suisse et en Europe, avec l’idée d’en faire quelque chose. Cela a pris du temps à maturer. Voici un an et demi, j’ai vraiment lancé le projet en engageant designers et ingénieurs, pour créer la nouvelle motosacoche qui est électrique et sera lancée à la rentrée», annonce Paul Merz, le nouveau CEO.

    Pour lui, la question d’un 2-roues électrique ne s’est pas posée longtemps: envie d’innover, notion de responsabilité et de durabilité, et volonté de renouer avec une motorisation électrique déjà utilisée à la fin du XIXe siècle… tout se combinait. Et là aussi, pas question de se positionner sur un segment de marché ultra-concurrentiel: c’est sur le très haut de gamme que Motosacoche entend se faire sa place. «Nous visons les pendulaires, les citadins qui vivent en périphérie. Et aussi des gens qui vivent en montagne et ont beaucoup de dénivelé. Des gens qui veulent gagner du temps, qui veulent s’extraire du trafic, être à l’air libre. Des profils hédonistes comme des hommes pressés. Ceux qui parcourent en moyenne 40km par jour», détaille Paul Merz. Et lui aussi se positionne sur des modèles puissants, capables d’atteindre les 45km/h et avec une autonomie importante.

    Reprenant un des modèles-phares de la gamme de la marque historique, lui et son équipe de sept personnes ont imaginé des fonctionnalités avancées, un confort marqué, mais en se focalisant sur l’essentiel, «sans gadget, sans fioritures». Et d’insister sur un point: «Nous avons mis au point notre propre moteur et nous serons les seuls à le produire en Suisse». Un choix audacieux et coûteux, mais qui semblait indispensable aux yeux de l’entrepreneur genevois, désireux de renouer avec le passé industriel de la marque. De nombreuses autres pièces seront produites en Europe. Seules quelques-unes viendront d’Asie, «mais avec une transparence totale pour nos clients», promet Paul Merz.

    Evidemment, cette exigence et ces choix ont un coût pour les client·e·s, avec des 2-roues qui vont «passer la barre des 10'000 francs»: «Nous avons déjà vendu quelques modèles d'une série très exclusive limitée à 10 exemplaires. Le design de la nouvelle Motosacoche, ses performances et la qualité de notre moteur suisse expliquent notre positionnement haut-de-gamme.» L’entrepreneur donne rendez-vous en septembre pour le lancement de ce nouveau deux-roues.

    Matthieu Hoffstetter
    Matthieu Hoffstetter

    JOURNALISTE À BILAN

    Lui écrire

    Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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