Bilan

Valse dans les médias romands

Rachats, ventes, nouveaux acteurs et chaises musicales dans le paysage médiatique romand. Six ans après la crise de 2008, le secteur en subit encore les répercussions.

L'année 2014 compte déjà de nombreux changements dans les médias romands.

Crédits: Image: Martial Trezzini/Keystone

2014 est l’année du big bang pour les médias suisses, selon Patrick Zanello, fondateur de News and Sport Factory. Le constat n’est pas nouveau: à l’ère digitale et du retour rapide sur investissement pour les annonceurs, la presse papier souffre, les dépenses publicitaires nettes sont en baisse et les lecteurs virent de plus en plus vers le numérique. Mais selon l’expert, le secteur des médias connaîtra cette année un véritable phénomène de concentration. Il y aura dès lors de plus en plus de gros acteurs, type les grands groupes comme Springer ou Bertelsmann. Dés lors, la comparaison entre groupes de presse ne s’arrêtera plus aux acteurs helvétiques, mais plutôt à Google. En effet, «le site est le plus grand concurrent de Tamedia et Ringier» selon le spécialiste des médias. Avec des recettes publicitaires avoisinant les 500 millions de francs par année, Google est le challenger n°1.

Tout est en train de s’accélérer donc et le paysage médiatique suisse ne pourra plus se permettre de faire des compromis. «Aujourd’hui, nous sommes entrés dans le monde des médias dominé par le business», indique Patrick Zanello. On aperçoit des OPA, parfois hostiles. L’intérêt de Tamedia pour PubliGroupe, et en particulier son annuaire fort rentable, local.ch en est l’exemple. Les «anciens» médias ont perdu beaucoup de valeur tandis que les plateformes web s’arrachent à des centaines de millions de francs alors que leurs marges bénéficiaires ne sont pas toujours à la hauteur de leur valeur en termes d'audience.

L’exemple du Temps est frappant: «Sa valeur aurait été quatre fois plus grande il y a quelques années avec plus d’acheteurs potentiels», commente Patrick Zanello. Le titre, qui est pourtant une valeur sûre, ancré localement, avec un contenu de qualité, a perdu de la valeur alors que Tamedia, Ringier et Swisscom se battent pour acquérir le site local.ch. Le Temps a dû attendre six mois pour que le zurichois Ringier se décide à reprendre la participation de 46,25% détenue par son concurrent-partenaire. Le marché serait complètement irrationnel selon Patrick Zanello.

Les managements remis en question

Dès lors, les mouvements à l’intérieur de la presse seraient la conséquence de l’instabilité et de l’insécurité de ce secteur. Des tensions fortes amènent les grands acteurs à parier et prendre des risques. Les managements sont remis en question et la recherche de recettes publicitaires est de plus en plus audacieuse avec une attractivité forte pour le monde du digital. Un phénomène qui s’amplifiera avec les nouvelles fenêtres publicitaires sur les télévisions françaises. Les prochains résultats de Publicitas seront également déterminants maintenant que la société a rejoint Aurelius, société spécialisée dans les fusions-acquisitions.

Retour sur les mouvements internes au sein des médias: la semaine dernière, le départ immédiat de Christophe Rasch, directeur de La Télé était annoncé. La raison? Un trou d’1,5 millions de francs dans les comptes de la chaîne valdo-fribourgeoise. La même semaine, Damien Piller, avocat fribourgeois et gros promoteur immobilier sauve la chaîne du naufrage en alignant un prêt d’un million de francs. Il en devient l’actionnaire principal. Quelques mois plus tôt, c’est la télévision locale genevoise Léman Bleu qui a fait le ménage au sein de sa rédaction, mais pas pour les mêmes raisons: «Nous avions besoin de sang frais», expliquait alors Michel Robadin, directeur de Léman bleu dans les colonnes de la Tribune de Genève. Ou comment remonter l’audience en remplaçant le rédacteur en chef David Ramseyer par Laurent Keller, ancien journaliste au Matin Dimanche et précédemment producteur éditorial de l’émission Forum sur la Première. Dans le même temps, Canal9 a annoncé des résultats 2013 historiques sur le plan financier et de l’audience, où comment la proximité peut porter ses fruits dans la télévision locale.

Chaises musicales dans la presse écrite

Les deux télévisions locales ne sont pas les seules à connaître des changements. La RTS annonçait récemment une refonte de ses éditions d’actualité à la rentrée. Ainsi, Darius Rochebin ne présentera plus que quatre soirs par semaine le «19h30» au lieu de cinq alors que Romaine Morard a été nommée aux TJ du week-end. La Suisse romande connait encore quelques changements au niveau de ses radios: l’équipe du matin de One FM perd son animateur principal. Félix Viaene quitte la station genevoise dans une semaine pour se lancer dès le 1er juin dans les assurances (à La Bâloise). La radio change également de directeur commercial en reprenant Jérome Marchal, ex-directeur commercial de Rouge FM, le concurrent, et ancien de One FM qu’il avait quitté avec fracas. Mouvement invese pour Enzo Lo Bue, il quitte One FM après un bref retour de quelques mois pour rejoindre le groupe concurrent au sein de la radio Yes FM.

Du sang fais, donc, mais pas seulement au sein des radios et des chaînes locales de Suisse romande.  Le 1er juin, Le Matin accueillera son nouveau rédacteur en chef, Grégoire Nappey, actuel rédacteur en chef du Newsnet (l'agence interne de Tamédia qui alimente les sites du Matin, de 24heures et de la Tribune de Genève) qui remplacera Sandra Jean, partie pour reprendre les rênes du Nouvelliste avec l’ancien rédacteur en chef de Canal9, Vincent Fragnière. Le poste de Grégoire Nappey au Newsnet n'est pas encore attribué.

Chaises musicales également au sein des magazines féminins: Lucie Notari, journaliste indépendante (qui collabore aussi à Bilan) a succédé à Alexandre Lanz au poste de rédactrice en chef de Profil. Ce dernier a quitté le magazine de luxe du groupe Agefi pour rejoindre le groupe Ringier et reprendre les rennes d’Edelweiss. C’est le 1er mai qu’il a succédé à Laurence Desbordes. Cette dernière l’a accompagné pour lancer la nouvelle maquette du magazine qui sortira le 21 mai avant de se consacrer à de nouveaux projets, toujours dans le domaine des médias. Autre mouvement dans le secteur des magazines:  le biannuel Montres Passion perd son rédacteur en chef. Après plus de sept années passées à la tête du magazine horloger distribué dans L’Hebdo, Didier Pradervand souhaite se lancer d’autres défis. Personne n’est encore annoncé pour le remplacer.

Nouveaux titres à découvrir

Côté nouveaux acteurs, le mensuel gratuit Focus PME, lancé par Inédit Publications et distribué dans 27'000 PME romandes. Outre le lancement de ce nouveau magazine dont la rédactrice en chef est Nathalie Praz, la filiale lausannoise du groupe Gassman a récemment racheté Mediancer, une société spécialisée dans le développement  de produits digitaux et de solutions mobiles afin de s’ancrer encore plus sur le territoire romand. Côté mode, l’édition suisse du magazine l’Officiel vient d’être lancée en Suisse avec Sandra Bauknecht comme rédactrice en chef. Et le dernier né, Romande Magazine qui décrypte les dernières tendances de la mode et du luxe en Suisse a été lancé cette semaine par Anne-Marie Cissé. Aujourd’hui sous forme de plateforme web, le mensuel sera édité dans sa version papier dès le mois de septembre.

Le site Sept.info lancé par Patrick Vallélian, ancien journaliste à L'Hebdo, a vu le jour au mois d'avril. La plateforme, «sorte de Mediapart à la sauce suisse» ambitionne de sortir de l'information pure pour faire la part belle aux reportages, aux scoops, aux longues enquêtes ainsi qu'aux galeries photos. Aujourd'hui, ils sont une quinzaine de personnes pour ce site d'informations payant (99 francs par année) basé à Fribourg. Sept.info distribue également chaque semaine à ses abonnés le magazine Sept comprenant les meilleurs reportages diffusés sur son site.

Du côté local, le groupe Hersant vient d’acquérir un éditeur de magazines «enfants» ainsi qu’un site local de commerce basé sur un concept d’achat groupé.

Et puis, les Romands ont découvert récemment un nouveau site d’informations satirique. 24Matin, lancé le 1er avril dernier par deux amoureux d’Hara Kiri: Vincent Claivaz, (alias Tima) et Jean-Marc Delacrétaz (Jiem) éditent quotidiennement sur leur site plusieurs articles absurdes, «type Gorafi», qui poussent toutefois les lecteurs à la réflexion. Outre Sarine, le site d’informations Watson.ch a été lancé par une équipe d’anciens collaborateurs de 20 Minuten. La plateforme vise prochainement la Suisse romande et italienne. Et du côté de la télévision, AZ Medien a lancé cette semaine TV24 en Suisse alémanique mais n’exclut pas d’en faire une chaîne nationale.  Des changements et des nouveaux acteurs qui annoncent bel et bien un début de big bang dans le secteur des médias !

Chantal Mathez

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