Bilan

Vaccins anti-Covid: les Européens prêts à discuter d'une levée des brevets

Les Européens se sont dits jeudi prêts à discuter de la proposition américaine de lever les brevets sur les vaccins anti-Covid, saluée par la Russie, l'Union africaine et les Nations unies, alors que les pays pauvres manquent cruellement de doses.

Le patron de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué une "décision historique".

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Parmi ces derniers, l'Inde subit toujours une mortalité et une contagion record: 3.980 décès et 412.262 nouvelles contaminations jeudi. Son bilan total, que les experts jugent largement sous-évalué, dépasse les 230.000 morts et les 21 millions de cas.

Sur l'ensemble de la planète, le Covid-19 a fait au moins 3.244.598 morts et contaminé plus de 155.126.230 personnes depuis fin 2019, selon un bilan établi jeudi par l'AFP.

"L'histoire se souviendra"


"Les circonstances extraordinaires de la pandémie du Covid-19 appellent à des mesures extraordinaires", a déclaré mercredi la représentante américaine au Commerce Katherine Tai. "Pour mettre fin à cette pandémie, (l'administration américaine) soutient la levée" des brevets sur les vaccins, une mesure qui permettrait d'accélérer leur production et leur distribution à travers le monde.

Un porte-parole des Nations unies s'est réjoui jeudi d'une initiative qui "peut augmenter de manière importante l'approvisionnement du système Covax" de partage des vaccins avec les pays pauvres.

Le patron de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué une "décision historique".

La Russie, qui a homologué jeudi le Spoutnik Light, son vaccin contre le coronavirus en une seule dose, "soutiendrait une telle approche", a assuré le président Vladimir Poutine.

Jusqu'ici réticent, le président français Emmanuel Macron, dont le pays reste semi-confiné, s'y est dit finalement jeudi "tout à fait favorable".

Pour John Nkengasong, directeur du Centre de contrôle et de prévention des maladies du continent, qui dépend de l'Union africaine, "l'histoire se souviendra de la décision prise par le gouvernement américain comme étant la bonne chose au bon moment pour combattre ce défi terrible".

Les réactions sont plus nuancées à Bruxelles et Berlin.

Jusqu'ici défavorable à pareille initiative, "l'UE est prête à discuter de toute proposition qui s'attaquerait à la crise de façon efficace et pragmatique. Nous sommes prêts à discuter de la façon dont la proposition américaine peut permettre d'atteindre cet objectif", selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"C'est une discussion à laquelle nous sommes ouverts", a concédé le ministre des Affaires étrangères allemand, Heiko Maas. "C'est une question que nous devons nous poser car il s'agit de mettre fin à cette pandémie".

Big Pharma grogne


Pour l'heure, les brevets sont détenus essentiellement par des laboratoires américains globalement opposés à leur levée qui les priverait, selon eux, d'un retour sur des investissements coûteux.

La Fédération internationale de l'industrie pharmaceutique (IFPMA) a jugé "décevante" cette annonce, qu'elle qualifie de "réponse simple mais fausse à un problème complexe".

Stephen Ubl, le président de la fédération américaine (PhRMA), juge que cette décision pourrait "affaiblir davantage les chaînes d'approvisionnement déjà tendues et favoriser la prolifération des vaccins contrefaits".

Selon lui, il faut plutôt traiter le problème de la distribution et de la disponibilité "limitée" des matières premières.

L'annonce de Washington intervient alors qu'en Inde, des patients meurent aux portes des hôpitaux submergés et à court de réserves d'oxygène, de médicaments et de lits, malgré l'aide internationale.

Les autorités ont prévenu que le pays devait se préparer à "de nouvelles vagues" épidémiques. Selon les spécialistes, le pire serait encore à venir, avec un pic atteint seulement d'ici plusieurs semaines.

Le gouvernement refuse un confinement généralisé, mais plusieurs régions, dont la capitale New Delhi et les Etats du Bihar et du Maharashtra, se sont d'elles-mêmes confinées.

Covax patine


La levée temporaire des brevets sur les vaccins était notamment réclamée par l'Inde et l'Afrique du Sud.

Car la fracture se creuse entre les nations déshéritées, à la peine, et les pays riches, où les campagnes de vaccination - bientôt élargies aux Etats-Unis aux adolescents et au Canada aux enfants dès 12 ans - permettent une levée progressive des restrictions sanitaires.

Au Danemark, la situation épidémiologique est sous contrôle, au point que rouvrent jeudi les cinémas, théâtres et centres de fitness sur présentation d'un "coronapas" - un passeport sanitaire certifiant d'un test négatif de moins de 72h, d'une vaccination ou d'une guérison récente du Covid-19.

Exhortés par l'OMS à la solidarité, les ministres des Affaires étrangères du G7 (Etats-Unis, Japon, Canada, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie), réunis à Londres cette semaine, ont promis de soutenir financièrement Covax "pour permettre un déploiement rapide et équitable" des doses, sans cependant annoncer d'aide supplémentaire.

Car le système de partage des vaccins avec les pays pauvres, qui se fournit principalement chez AstraZeneca, patine: il n'a livré que 49 millions de doses dans 121 pays et territoires, sur un objectif de deux milliards en 2021.

Ces inégalités se retrouvent aux Jeux olympiques de Tokyo: les laboratoires Pfizer et BioNTech ont promis jeudi de donner des vaccins aux participants, inégalement protégés selon les pays, "en vue de s'assurer que les membres des délégations participantes reçoivent leur deuxième dose avant leur arrivée à Tokyo".

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