Bilan

UTMB: Chamonix, 170 kilomètres plus tard

L’Ultra-Trail du Mont-Blanc est une véritable attraction pour touristes et athlètes. Les différentes courses, dont l’une fait 170 kilomètres, sont le théâtre d’émotions et de passion. Viennent ensuite les sponsors.

Pau Capell, le grand gagnant de l'UTMB.

Crédits: UTMB

Il y a ceux qui finissent la course. Parfois ils rient. Des fois ils tapent dans les bras du public avec le sourire ou prennent la main de leur enfant pour passer la ligne d’arrivée, et parfois ils sont boitillants, en larmes et le visage fermé. Il y a aussi ceux qui abandonnent car l'épreuve ne pardonne pas. Les adeptes du trail se donnent rendez-vous chaque année autour du Mont-Blanc pour des courses longue distance.

Celle qui a occupé les esprits de vendredi à dimanche? L’Ultra-Trail du Mont-Blanc, dont le départ et l’arrivée se déroulent à Chamonix. Les participants se sont élancés à 18h vendredi, et le premier ayant terminé – l’Espagnol Pau Capell – est arrivé autour de 14h10 samedi. L’UTMB est une course de passionnés pour passionnés. Il s’agit surtout d’une véritable machine à attirer des touristes.

Au début : le financement

Budget: 3 millions. «Il s’agit de 50% de frais d’inscription et de 50% de communications et sponsors», affirme Catherine Poletti, cofondatrice de la course. Les participants s’acquittent de frais d’inscriptions à 250 euros. L’Ultra-Trail du Mont-Blanc est réputé mondialement. La preuve: 100 nationalités sont représentées. «Les Européens sont les plus présents, mais c’est ensuite l’Asie». Sur la ligne de départ – et d’arrivée – les Chinois, Japonais et Taïwanais sont nombreux.

Au cours des dernières années, la course a pris de l’ampleur, si bien qu’il s’agit réellement d’un incontournable. «A chaque fois que je vois le départ, je pleure», confie Florence Darbelay, présidente de la commune de Martigny. Depuis deux ans, elle doit également de s’occuper de la MCC, une sorte de petite sœur de l’UTMB. «L’UTMB s’occupe de ce qui est centralisé, comme les dossards ou certains aspects logistiques. Nous réglons la mise en place et la sécurité», précise la président de commune.

Même son de cloche du côté de Joachim Rausis, président de la commune d’Orsières. «La commune garantit le bon état des chemins et des tracés». Les quelque 400 kilomètres de sentiers pédestres présents sur la commune sont autant de travail en termes de balisage et d’entretien. «Nous avons un responsable en charge de cela ainsi que des auxiliaires durant la haute saison».

Car depuis quelques années, la commune vit davantage l’été que l’hiver. «Il y a un énorme afflux». De quoi gêner les habitants de ces stations en montagne? «Non, car cela les fait vivre», tranche Joachim Rausis. Durant la semaine de l’UTMB, tous les villages du tracé vivent au rythme des coureurs. Les magasins ferment tard, les stands accueillant boissons et matériel de sport font carton plein et les différents restaurant ont une ribambelle de clients qui affluent.

Les trois millions de budget permettent aux organisateurs de mettre en place une sorte d’écosystème du trail entre les différentes étapes du parcours. «Le réseau de transports que nous avons mis en place coûte 120'000 euros » lance Catherine Poletti, à titre d’exemple. Dans la logique environnementale que poursuit l’UTMB, plusieurs paramètres nécessitent des produits un peu plus chers. «Le budget alimentation est aussi de 120'000 euros. Pour le ravitaillement, nous achetons des produits locaux», précise-t-elle.

Le ravitaillement nécessite une grande organisation. Crédits: UTMB

Quant à l’organisation, elle compte en tout 2000 bénévoles et 500 salariés durant les moments chauds. «A l’année, nous sommes douze.» S’ajoutent les saisonniers qui effectuent 1, 3 ou 6 mois. Ce qui porte la masse salariale à quelque 480'000 euros annuels. Le salaire le plus élevé est trois fois supérieur au salaire le plus bas.

L’UTMB reconnaît ne pas avoir de chiffres précis quant aux retombées touristiques de ses différentes courses, mais l’organisation a une petite idée sur l’apport pour les régions traversées. Après un sondage réalisé sur deux ans, avec 4000 participants, elle en a tiré les conclusions suivantes : 80% des sondés viennent au moins une semaine autour du Mont-Blanc, en dehors des dates de l’UTMB. Certains participants viennent de loin, et il s’agit d’autant de nuitées et de consommation pour les locaux.

Cher est le sponsoring

Les organisateurs de l’UTMB ont fort à faire pour gérer l’effervescence des marques. Si certains ont payé à prix d’or les emplacements premium pour bien être vus, d’autres tentent de contourner le système. «Nous ne voulons pas que Chamonix ne devienne Disneyland», s’amuse Catherine Poletti. La course est suivie par des journalistes de tous les continents, qu’ils se concentrent sur le sport, la santé, le business ou tout simplement pour le tourisme.

Une commune comme celle d’Orsières a tout intérêt à faire partie de cette grande famille qu’est l’UTMB. «Il n’y a pas de prix en termes marketing. C’est un événement mondialement connu» plaide Joachim Rausis. Catherine Poletti ajoute tout sourire : «C’est génial d’entendre des Américains parler de La Fouly ou Trient». Celle qui est à la tête de l’organisation, avec son mari, raconte les difficultés à équilibrer l’événement entre l’expérience humaine et le monde du business. «Il faut gérer les gens qui tentent de s’afficher à l’événement sans être partenaire.» Exemple : une marque qui ferait mettre ses affiches et éléments marketing dans un café voisin, sans toutefois payer le moindre centime pour l’organisation de la course.

Autre élément auquel l’organisation fait attention : le street marketing. L’UTMB a récemment conclu un partenariat avec le WWF, et s’engage dans la durabilité. «Nous n’avions pas réalisé tout de suite, mais les « tap-tap » qui étaient distribués pendant la course ne sont pas du tout écoresponsables… nous avons dû demander aux participants et à leur famille d’éviter d’en amener» raconte la directrice de l’organisation.

L’UTMB a mis un point d’honneur à respecter l’environnement. Lors de ses courses, une équipe de nettoyage sillonne le tracé. «Ils effectuent un premier passage après les coureurs, puis un autre après. Ils pèsent ensuite les déchets.» révèle Catherine Poletti. C’est une manière pour l’organisation de voir si les campagnes de sensibilisation font effet, et d’éventuellement prendre des mesures par la suite. Du côté de la MCC, la course au départ de Martigny, aucun souci à signaler. «L’UTMB a toute une organisation. Lorsque les coureurs sont passés à 10h, à midi tout a déjà été nettoyé» se réjouit Florence Darbelay.

170 kilomètres de plaisir

Pour bien comprendre l’ampleur de l’effort, les coureurs doivent effectuer 170 kilomètres, le tout avec des montées très difficiles. Une de celles particulièrement ardues se trouve être celle du col du Bonhomme. Les premiers athlètes y parviennent en soirée, dans les heures suivant le coucher de soleil. La lampe frontale devient ensuite indispensable pour les adeptes du trail. Aux abords du parcours, l’ambiance est très bonne entre les amateurs du sport et la famille et amis des sportifs.

Quelque part au bord d’une montée, il y avait par exemple un groupe d’amis. S’ils s’affairaient à préparer une raclette («Les Suisses ont tout compris avec leur sachet»), ils ne manquaient pas d’encourager le passage de chacun. Un encouragement qui devient primordial, surtout à regarder les taux d’abandons. L’un des guides de montagne présent sur place raconte: «L’année dernière était catastrophique, avec 30 ou 40% d’abandons», affirmait-il. En 2019, ce n’est pas forcément mieux puisque plus de 3 personnes sur 10 ont abandonné la course.

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Le premier, par contre, a réalisé une prouesse tant physique que mentale. En plus d’avoir dépassé toutes les prévisions des organisateurs, l’Espagnol Pau Capell a surtout fait cavalier seul durant toute l’épreuve. De son départ à 18h à son arrivée vers 14h10, il était absolument seul. Lorsqu’il a parcouru le trail dans la nuit, il était tout seul. Lorsqu’il a franchi la ligne d’arrivée, il était seul devant un Xavier Thevenard qui est finalement arrivé quelque 40 minutes plus tard. Le Français, qui était parti favori après sa victoire de l’an dernier, avait parcouru les premières heures en groupe. Ils étaient 7 en tout.

Ceux qui terminent le parcours et arrivent à Chamonix ont le droit à un bain de foule. Plus les participants peinent, plus le public crie et applaudit. L'ultra-trail est une discipline plus qu'exigeante. Mais une sorte d'esprit de communauté se crée devant la douleur des coureurs. Les enfants, promeneurs, seniors ou admirateurs ont parfois veillé jusqu'au milieu de la nuit pour encourager. Les festivités continuent dimanche, pour clore la semaine de compétition. Il y aura ensuite la remise des prix officielle des quelques courses disputées. Peu importe la longueur du parcours, le mérite est là.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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