Bilan

Une Suisse sans paysans?

L’inquiétude grandit dans les campagnes face aux menaces qui pèsent sur l’agriculture. à quand un fonds de capital-risque pour soutenir les paysans cherchant leur avenir dans l’innovation et la diversification de leurs activités?

Le Broyard Pierre-André Grandgirard: «Le prix du lait ne rémunère pas suffisamment l’heure de travail et ne permet plus d’investir. Je me suis résigné à arrêter.»

Crédits: Nicolas Repond

Son domaine, qui reste marqué  par la sécheresse de cet été, s’étend entre Payerne (VD) et Estavayer-le-Lac (FR). A 55 ans, Pierre-André Grandgirard vient d’abandonner la production de lait d’industrie. «Je me suis senti humilié lorsque le prix a chuté à 47 centimes au printemps 2016. Il ne rémunère pas suffisamment l’heure de travail et ne permet plus d’investir. Je me suis résigné à arrêter», explique-t-il avec une certaine émotion dans la voix. Le Broyard, qui a vendu progressivement ses 45 vaches, se consacre désormais à ses cultures (céréales panifiables, betteraves sucrières et tabac) ainsi qu’à deux nouvelles activités: le colza et la viande de veau avec un élevage de quelque 200 bovins. 

A Cugy, dans le village de Pierre-André Grandgirard, il ne reste plus qu’un producteur de lait d’industrie contre une quinzaine au début du nouveau millénaire. La hausse de l’offre découlant de l’abolition des contingents laitiers en 2009, la structure du marché (quelques acheteurs face à des milliers des producteurs), la désorganisation de la branche, ainsi que l’ouverture partielle des frontières avec l’Union européenne ont entraîné un plongeon du prix du kilo de lait (1 litre = 1,03 kg). Celui-ci a chuté en moyenne annuelle de 76,57 centimes en 2008 à 56,42 centimes en 2017. Plus leur rémunération baissait, plus les agriculteurs tentaient d’accroître leur livraison pour essayer de conserver le même gain. 

Une spirale infernale qui leur a coûté cher. D’autant que le lait d’industrie – il est transformé en beurre, yaourt et lait de consommation – souffre surtout d’un manque de différenciation sur le marché. «Contrairement aux fromages, c’est un produit standardisé», constate Willy Gehriger. Ancien patron de la coopérative Fenaco (10 000 collaborateurs, 6 milliards de chiffre d’affaires), ce dernier a été approché pour tenter de créer une filière, mais il a renoncé face aux divergences des acteurs de la branche. «D’un côté, les producteurs estiment que la solution est politique et que c’est à la Confédération d’agir. De l’autre, la grande distribution n’a aucun intérêt à ce qu’ils se fédèrent», souligne le Vaudois.  

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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