Bilan

Une Suisse toujours plus dépendante de la pharma

La moitié des exportations de marchandises provient de l’industrie pharmaceutique et chimique contre 36% en 2005. Et cinq entreprises concentrent 90% des ventes à l’étranger.

La Suisse profite de la forte demande mondiale de médicaments.

Crédits: Keystone

La bonne santé de l’économie helvétique dépend pour partie du succès de son industrie d’exportation. Dix ans après la crise financière et économique de 2008-2009 et la forte appréciation du franc qui en a découlé, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) brosse, dans La Vie économique (une publication du Département fédéral de l’économie), un bref portrait d’un secteur toujours plus dépendant des produits chimiques et pharmaceutiques, mais qui est parvenu à diversifier ses débouchés.

Le rôle-clé de la chimie-pharmacie

Selon les derniers chiffres publiés pour l’an dernier, les exportations de marchandises sont supérieures de 30% aux maxima enregistrés avant la crise. Cet essor découle de la vigueur des ventes à l’étranger de l’industrie chimique et pharmaceutique.

«Les tendances démographiques, la hausse des revenus et les progrès dans le domaine médical induisent une demande toujours plus forte d’articles de santé et de médicaments à l’échelle mondiale», écrivent Ronald Indergand et Vincent Pochon, respectivement chef et collaborateur scientifique du secteur conjoncture au Seco.

Ce résultat s’explique aussi par le rôle toujours plus important des chaînes de valeur au niveau mondial. Le processus de fabrication en plusieurs étapes «génère de nombreux franchissements de frontière qui transparaissent dans les statistiques du commerce extérieur», observent les deux auteurs de l’analyse.

A fin 2018, environ la moitié des exportations de marchandises provenait de l’industrie pharmaceutique et chimique contre 36% en 2005.

Le poids de l’industrie reste important

Contrairement à la France, à l’Italie, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis où le poids de l’industrie a chuté au cours des dernières années, celui-ci reste important en Suisse. Le secteur secondaire représentait 18% du produit intérieur brut au 4ème trimestre 2018 et 16% des emplois l’an dernier.

Une situation économique fragile sur le Vieux-Continent et la forte appréciation du franc ont toutefois poussé l’industrie vers «un changement structurel en faveur de biens d’exportation moins sensibles à la conjoncture et aux cours de change» et à «une diversification vers de nouveaux marchés», constatent les deux auteurs de l’étude.

En mains de quelques entreprises

Les exportations de marchandises sont contrôlées par une minorité d’entreprises. «Les firmes comptant moins de 10 employés représentent quelque 60% des entreprises exportatrices, mais ne produisent qu’environ 5% des exportations. Inversement, les grandes entreprises dont l’effectif dépasse 249 employés ne constituent qu’environ 2% de toutes les sociétés exportatrices, mais génèrent plus de la moitié des exportations», observent Ronald Indergand et Vincent Pochon.

Dans les produits pharmaceutiques, les cinq principales entreprises concentrent, à elles seules, 90% des ventes à l’étranger de la branche. Dans les autres secteurs, les cinq entreprises leaders jouent aussi un rôle important mais leur part est nettement moindre.

Davantage de débouchés

Du fait que les entreprises sont parvenues à diversifier leurs débouchés, la répartition des exportations a changé au cours des années. En 2018, la zone euro a absorbé 44% des ventes à l’étranger encore 55% en 1995. Parallèlement, les Etats-Unis et la Chine jouent un rôle plus important qu’autrefois.

«La force du franc par rapport à l’euro et la longue phase de faiblesse conjoncturelle de la zone euro ont encore favorisé ce processus depuis la crise», écrivent Ronald Indergand et Vincent Pochon. Selon ces derniers, «la répartition géographique plus équilibrée des exportations réduit leur dépendance en cas de chocs de la demande de certains partenaires et les effets d’une appréciation du franc envers l’une ou l’autre des devises concernées.»

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Du même auteur:

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