Bilan

Une «grande réinitialisation» va démarrer

Les deux experts Klaus Schwab et Thierry Malleret se sont penchés dans un ouvrage sur les conséquences du Covid-19 sur le monde de demain.

  • Crédits: Hector Rivera
  • Crédits: Manuel Lopez

Exercice compliqué que celui qu’ont tenté Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial (WEF), et Thierry Malleret, directeur associé de Monthly Barometer, service d’analyse prédictive, avec l’aide d’experts du WEF. Ils ont publié dans le courant de l’été un ouvrage qui se veut un «hybride entre un essai contemporain et un instantané académique d’un moment crucial de l’histoire».

Les auteurs rappellent d’emblée que les êtres humains existent depuis environ 200 000 ans, les bactéries les plus anciennes depuis des milliards d’années et les virus depuis au moins 300 millions d’années. «Les épidémies ont forcé les empires à changer de cap – comme l’Empire byzantin lorsqu’il fut frappé par la peste de Justinien en 541-542 – et certains même à disparaître complètement – lorsque les empereurs aztèques et incas ont succombé à des germes européens avec la plupart de leurs sujets», résument-ils. Avant d’affirmer que le Covid-10 «n’entraînera ni famine massive imprévue, ni défaite militaire majeure, ni changement de régime (…). En réalité, la pandémie exacerbe considérablement les dangers préexistants auxquels nous n’avons pas réussi à faire face de manière adéquate depuis trop longtemps.»

Ainsi, Klaus Schwab et Thierry Malleret estiment qu’au minimum la pandémie accélérera les changements systémiques déjà apparents avant la crise: le retrait partiel de la mondialisation, la séparation croissante entre les Etats-Unis et la Chine, l’accélération de l’automatisation, etc. Les auteurs plaident ouvertement pour «réimaginer notre monde afin de le rendre meilleur».

Ils estiment très vraisemblable le fait que la récession induite par la pandémie déclenche un remplacement d’une partie de la main-d’œuvre par des robots et des machines «intelligentes». Et de prédire que cela entraînera des centaines de milliers, et potentiellement des millions, de pertes d’emploi. Comme piste possible pour recréer des emplois, ils citent la garde d’enfants et les soins aux personnes âgées.

Pourtant, les auteurs écrivent peu après: «La dépendance excessive des décideurs politiques à l’égard du PIB comme indicateur de la prospérité a conduit à l’épuisement actuel des ressources naturelles et sociales (…). Le PIB doit être mis à jour pour refléter la valeur créée dans l’économie numérique, la valeur créée par le travail non rémunéré ainsi que la valeur potentiellement détruite par certains types d’activité économique.»

Redistribution des richesses

Les auteurs vont plus loin. Ils affirment que l’ère postpandémique «inaugurera une période de redistribution massive des richesses, des riches vers les pauvres et du capital vers le travail». Le fondateur du WEF avance qu’il sera difficile d’échapper à des troubles sociaux conséquents, notamment dans les pays où une grande partie des travailleurs fonctionnent sur la base de «contrats zéro heure», ce qui signifie qu’ils n’ont aucune garantie d’heures régulières et donc de revenu régulier.

Parmi les mesures citées par les deux auteurs, ils relèvent que les gouvernements pourraient, par exemple, rendre le rachat d’actions illégal ou interdire aux banques d’encourager l’endettement des consommateurs. «Les solutions politiques existent et consistent à adapter l’Etat-providence au monde d’aujourd’hui en donnant du pouvoir aux gens et en répondant aux demandes d’un contrat social plus juste.» A méditer.

«Covid-19: la grande réinitialisation», par Klaus Schwab et Thierry Malleret, Forum Publishing, 2020.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

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