Bilan

Une commune lie revenus et écologie

Pour la première fois, le revenu de transition écologique initié par la fondation suisse Zoein est expérimenté sur le terrain. A Grande-Synthe, près de Dunkerque.

La présidente de Zoein, Sophie Swaton (à dr) et Damien Carême, (tout à dr.) maire de Grande-Synthe, présentent leur projet.

Crédits: Mélanie Niemierz

Basée à Genève, la fondation Zoein, présidée par la philosophe et économiste franco-suisse Sophie Swaton, et la commune de Grande-Synthe dans le département du Nord ont signé le 30 avril 2019 une convention de partenariat. Laquelle prévoit la mise en œuvre d’un revenu de transition écologique (RTE) auprès des habitants de la cité. Une coopérative nouvellement créée en est le fer de lance. 

Il arrive que de la misère émergent des initiatives exemplaires qui redonnent de l’espoir aux plus démunis et de l’imagination aux entrepreneurs dans l’âme. C’est précisément ce que vit aujourd’hui Grande-Synthe, dans la périphérie de Dunkerque. Cette commune française dont le tiers des 23 500 habitants gagne moins de 855 euros par mois – le seuil de pauvreté en France – se lance dans un modèle économique inédit. 

Quand Damien Carême, maire écologiste de Grande-Synthe depuis 2001, découvre dans le bureau de son collègue Jean-Christophe Lipovac le livre de Sophie Swaton Pour un revenu de transition écologique (PUF), il pressent que sa ville, déjà familiarisée avec les expériences qui décoiffent, peut encore aller beaucoup plus loin dans le chemin de la résilience. Concentré de crises – migratoire avec son afflux de réfugiés, environnementale avec les quatorze usines Seveso du complexe sidérurgique d’ArcelorMittal, sociale avec un taux de chômage de 21% –, Grande-Synthe est devenue un véritable laboratoire d’expérimentation économique et sociale. «Le revenu de transition écologique se greffe sur toutes les initiatives de transition déjà prises dans la ville», relève Clément Cayol, chargé de mission sur le revenu de base au sein de la mairie. 

Mis en place parallèlement au RTE, un minimum social garanti permet aux foyers les plus déshérités (17,2% des Grand-Synthois) qui en font la demande d’atteindre un revenu mensuel de 855 euros pour une personne et 1800 euros pour un couple avec deux enfants. Il s’agit d’une aide facultative et temporaire. Leurs prestataires bénéficient d’un accompagnement social adapté à leur situation. 

La maison des échanges Troc et Co, à l’initiative de Grande-Synthe. (Crédits: Dr)

Domaines très variés

Le revenu de transition écologique (RTE) répond quant à lui à une autre logique. «Toute personne qui le reçoit, souligne Sophie Swaton, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, doit impérativement être impliquée dans une activité socioécologique. Par ailleurs, le RTE inclut un dispositif d’accompagnement, de soutien aux personnes concernées dans leurs projets de transition en durabilité. Dans les domaines les plus variés: agroécologie, permaculture, habitat écologique, énergies renouvelables, finance durable, écomobilité, biens ou matériaux biosourcés, recyclerie, etc. Enfin, tout bénéficiaire d’un tel revenu doit adhérer à une structure démocratique: par exemple une coopérative d’activité et d’emploi en France ou l’une des très nombreuses associations existant en Suisse. Une telle intégration sociale est indispensable.»

Aux yeux de Damien Carême, «minimum social garanti et revenu de transition écologique ne se concurrencent pas. Ils se complètent». Le premier permet aux plus démunis de sortir la tête de l’eau, le second est un soutien à des activités de transition écologique et solidaire existantes ou un moteur pour de nouvelles activités de ce type. «En aucun cas le RTE ne vient démanteler l’aide sociale existante», souligne Sophie Swaton. 

Nouveau modèle économique

Pour soutenir le projet, la fondation Zoein verse à la commune 30 000 euros par an pendant trois ans. Cette somme servira notamment à amorcer la mise en place d’une coopérative de transition écologique, à financer un poste de chercheur ainsi que les premiers revenus. Une poignée de candidats a déjà été sélectionnée dans des activités très variées: traiteurs, remise en état de meubles, retouche et couture, cuisine et restauration, activités maraîchères, etc. Certains de ces nouveaux coopérateurs auront besoin d’une formation qui leur sera dispensée. 

A terme, tous ceux qui auront réussi à développer une activité rentable deviendront des «entrepreneurs salariés associés» et verseront un pourcentage de leur chiffre d’affaires
à la coopérative. «Celle-ci pourra également dispenser conseils et formation auprès d’autres territoires, ce qui lui apportera de nouveaux revenus. C’est un cercle vertueux», souligne Jean-Christophe Lipovac, directeur du projet transition écologique et sociale
au sein de la mairie. Plus novatrice encore, la perspective d’échanges non monétaires, à l’image des systèmes d’échange local (SEL), et d’une monnaie locale pose les bases d’une économie où les relations entre les gens l’emportent sur toute autre considération. 

Avec son dispositif zéro chômeur inspiré par ATD Quart-Monde pour éradiquer le chômage de longue durée, ses cinq maisons de quartier, son autre dispositif intitulé «Ose, on s’entreprend à Grande-Synthe», sa maison de l’emploi local, son fonds d’investissement, son association BGE d’accompagnement à la création d’entreprises, la commune des Hauts-de-France facilite grandement la mise en œuvre du RTE. «Mais ce dernier peut fort bien s’implanter sans un réseau aussi dense», remarque Sophie Swaton. A chaque ville et village son histoire et son choix de vivre ensemble. 

En France, Limoux dans le département de l’Aude et Epinal dans celui des Vosges prévoient d’expérimenter le RTE. En Suisse, la commune de Meyrin, aux portes de Genève, affiche aussi de l’intérêt pour un tel projet, en jumelage avec une commune française. 

Audrey Pulvar partenaire de Zoein

Par ailleurs, Audrey Pulvar, ancienne présidente de la Fondation Nicolas Hulot et journaliste-animatrice de radio et télévision, devient partenaire de Zoein. Elle dirige un fonds de dotation pour l’Afrique (AfricanPattern) soutenu par la fondation suisse. Selon Audrey Pulvar, «le revenu de transition écologique est une voie prometteuse pour accompagner des porteurs de solutions de transition, dans les pays développés comme dans les pays en développement». Le Burkina Faso serait, par exemple, un laboratoire de choix pour une telle initiative. 

Philippe Le

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