Bilan

Un syndicat tessinois dénonce la précarité et la flexibilité "à sens unique"

Selon le syndicat tessinois OCST, la flexibilité demandée aux travailleurs doit faire l'objet d'une contrepartie et être encadrée.

L'OCST affirme qu'au Tessin, un résident sur dix est sous-employé. 

Crédits: Keystone

Le syndicat tessinois OCST a publié mercredi une étude dans laquelle il dénonce la détérioration des conditions de travail au sud des Alpes. "Les chiffres font état d'une augmentation du travail intérimaire, rémunéré à l'heure, sur appel, à temps partiel fragmenté et des contrats à durée déterminée", signalent les auteurs de l'étude.

Selon le syndicat, la flexibilité demandée aux travailleurs doit faire l'objet d'une contrepartie et être encadrée afin d'éviter que le risque d'entreprise se retrouve à la charge des employés. L'association appelle de ses voeux la mise en place d'une réglementation adaptée, qui devrait également permettre d'atténuer la concurrence déloyale entre les entreprises.

Se basant sur des chiffres de l'Office fédéral de la statistique (OFS), l'OCST affirme qu'au Tessin, un résident sur dix est sous-employé. Leur nombre a plus que doublé entre 2004 et 2015, s'établissant à 17'400 personnes, "dont deux tiers de femmes et 60% de citoyens suisses avec une bonne formation", précisent les auteurs.

Le phénomène touche l'ensemble de la Suisse, mais le Tessin en particulier, avec pour corollaire l'avènement du travail sur appel et des horaires fragmentés. Cela rend difficile, voire impossible, la conciliation de plusieurs activités nécessaire pour assurer un minimum vital.

Le travailleur se voit alors contraint de demander des prestations d'assistance. "En substance, c'est la collectivité qui prend à sa charge le coût généré par l'exigence de flexibilité des entreprises", s'insurge l'OCST. Le syndicat dénonce également les "temps partiels fictifs" - où le travailleur exerce de fait une activité à temps plein - qui permet aux patrons peu scrupuleux d'éluder les normes sur les salaires minimaux.

Intérim à outrance

Autre pratique courante, le recours abusif au travail intérimaire. Dans nombre d'entreprises, les mêmes employés officient comme intérimaires d'une année à l'autre. Selon l'OCST, il existe des accords informels entre entreprises et agences d'intérim pour ne pas fournir à d'autres employeurs des travailleurs formés à certaines tâches.

Se référant à des données publiées par la Suva, le syndicat signale que le personnel intérimaire est également plus exposé au risque d'accidents du fait de sa méconnaissance de son environnement et du manque d'information et d'intégration de la part des entreprises.

Afin de contrer les effets négatifs de ces phénomènes sur les travailleurs tessinois, "qui constituent également la majeur partie des consommateurs", l'OCST propose un train de mesures afin de renforcer les protections au niveau contractuel et juguler la précarité.

L'association souhaite par exemple que figure dans la convention collective de travail (CCT) du secteur de la vente l'interdiction de fractionner le temps de travail pour un taux d'occupation inférieur à 50%. Elle appelle également à un meilleur contrôle dans les secteurs de la construction et de l'artisanat pour lutter contre les temps partiels fictifs.

Afin d'éviter la substitution de personnel fixe par des intérimaires, l'OCST propose d'introduire une période de gel d'embauche de personnel intérimaire après le licenciement d'un employé, ainsi qu'un taux plafond de travailleurs par intérim.

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."