Bilan

Un patron paie ses salariés pour dormir davantage

Le CEO d'un groupe américain d'assurances propose à ses collaborateurs de bénéficier d'une prime s'ils prouvent au moyen d'un bracelet connecté qu'ils dorment paisiblement et longuement la nuit. Qualité de vie et rémunération contre monitoring de la vie privée.
  • Bénéficier d'une prime pour des nuits paisibles: c'est le contrat proposé par le CEO d'un groupe d'assurance santé américain.

    Crédits: Image: AFP
  • Pour toucher la prime, l'employé devra prouver qu'il a cumulé 20 nuits à plus de 7 heures de sommeil.

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  • Selon les premiers essais menés au sein de l'entreprise et sous supervision de la Duke University, une augmentation de l'efficacité des employés ayant mieux dormi a été mesurée.

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«Dormir plus pour gagner plus»: le contrat peut sembler séduisant de prime abord. Voici un peu plus d'un an, Mark Bertolini, CEO du groupe d'assurance santé Aetna, avait déjà augmenté le salaire minimum au sein de son entreprise de 12 à 16$ de l'heure, après avoir lu l'ouvrage-phare de l'économiste français Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle. Le dirigeant américain récidive dans le registre des propositions iconoclastes en invitant ses collaborateurs à passer de longues et paisibles nuits, avec une généreuse prime à la clef.

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Basée dans le Connecticut, Aetna va désormais verser 25$ par nuit paisible et reposante, jusqu'à un plafond de 500$ par an à chacun de ses employés qui pourra prouver qu'il aura cumulé 20 nuits de sommeil de 7 heures ou plus, ainsi qu'il l'expliquait récemment à l'antenne de CNBC.

Mais avant de donner de l'écho à cette initiative et d'inscrire cette mesure dans le contrat qui unit l'entreprise aux salariés, Mark Bertolini a voulu s'assurer que cette mesure aurait des impacts positifs pour les employés comme pour l'entreprise. Il s'est donc adressé à la Duke University qui a observé une population test au sein de l'entreprise pendant plusieurs mois. Les collaborateurs devaient porter un bracelet connecté la nuit qui monitorait et enregistrait précisément leur sommeil, sa durée et sa qualité.

Un gain de 69 minutes de productivité par mois

Et les premiers résultats sont concluants: «La qualité de vie des collaborateurs s'est retrouvée améliorée, mais aussi leur productivité au travail: ceux qui ont pu dormir correctement ont vu leur efficacité croître et nous avons gagné 69 minutes de travail effectif par salarié et par mois. Simplement en investissant dans le bien-être», annonce le CEO d'Aetna. «Être présent sur le lieu de travail et prendre de meilleures décisions a beaucoup à voir avec nos principes de base de l’entreprise. Vous ne pouvez pas y être préparé si vous êtes à moitié endormi», ajoute-t-il.

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Désormais que cette mesure est élargie à l'ensemble de la main-d'oeuvre du groupe d'assurance, tous les collaborateurs se verront proposée ce système de primes. Mais, à l'instar de la population test, ils devront également porter un bracelet connecté pour apporter la preuve qu'ils ont connu des nuits de sommeil paisibles et reposantes.

Le monitoring des employés interdit aux Pays-Bas

Si la démarche peut sembler intéressante de prime abord, elle pose la question du monitoring des employés par leurs employeurs jusque dans les moments les plus intimes de leur vie privée. Pour le moment, ces bracelets mesurent le sommeil. Mais des patrons vont-ils prochainement imaginer des systèmes similaires pour inciter leurs collaborateurs à une pratique sportive qui les maintiendrait dans une forme olympique, ou au contraire les géolocaliser pour les empêcher de pratiquer des activités extrêmes susceptibles de déboucher sur des accidents et donc une absence au travail? Et à quand une surveillance de l'alimentation ou des pratiques sexuelles des employés?

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C'est précisément de ces dérives que les élus néerlandais ont souhaité se prémunir récemment. Sur recommandation d'une instance nationale en charge du numérique, une mesure législative a été adoptée récemment aux Pays-Bas pour interdire aux employeurs tout contrôle par des outils digitaux de l'activité de leurs employés en dehors des heures de travail, comme le rapporte Numerama. Et le consentement du salarié ne peut être invoqué, le législateur ayant estimé que le rapport de force dans cette situation ne permettait pas un accord équilibré entre les deux parties.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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