Bilan

Un siècle pour venir à bout des inégalités de genre

D'après le dernier rapport du Forum économique mondial, il n'y aura pas de parité mondiale entre les hommes et les femmes avant 99,5 ans. Un écart qui se réduit mais persiste à travers le temps.

Le gender gap ne faiblit pas dans le domaine économique.

Crédits: DR

Une vie. C’est la durée qu’il faudrait patienter pour atteindre la parité homme-femme tant convoitée dans le monde. Plus précisément, selon le Global Gender Gap Report 2020 publié ce 17 décembre par le Forum économique mondial (WEF), au rythme d’évolution actuel, il nous faudra encore attendre 99,5 ans pour parvenir à cet équilibre.

Une sorte d’effet modèle

Si dans ce classement les pays du nord de l’Europe font figure de bons élèves, avec la Suède, la Norvège et la Finlande aux premières places, la Suisse n’est pas en reste. En effet, placée 18e des pays les plus égalitaires, elle gagne cette année deux rangs par rapport à l’an passé. Une amélioration qui s’est d’ailleurs généralisée au niveau mondial et qui a permis une réduction importante de l’écart de traitement entre les sexes pour la première fois en trois ans.

Soudaine, cette diminution du «gap» s’explique, selon le rapport, par un «effet modèle» en grande partie attribué à l’augmentation significative du nombre de femmes en politique. Pour preuve, en 2019 les femmes occupaient 21,2% des postes ministériels dans le monde contre 19% l’année précédente. Une forte féminisation politique qui coïncide avec le nombre élevé de femmes occupant des postes de direction dans huit des dix premiers pays cette année.

Mais bien qu'il ne s'agisse que d'une corrélation et non d'une cause, dans les pays de l'OCDE où les femmes occupent des postes de direction depuis relativement plus longtemps et où les normes sociales ont commencé à changer plus tôt, les « effets modèles » de comportement semblent contribuer à façonner les résultats du marché du travail.

Une économie masculinisée

Alors qu’en politique la situation semble se démêler, le fossé des opportunités économiques entre hommes et femmes s’est quant à lui aggravé cette année, s’étendant à une durée de 257 ans pour atteindre une parité, contre 202 ans en 2018. L’étude constate également dans une des analyses menées en partenariat avec Linkedin, que l'un des plus grands défis pour combler cet écart est la sous-représentation des femmes dans les nouveaux métiers, tels que le cloud computing (seulement 12% de femmes), l'ingénierie (15%), les données et l'IA (26%).

Pour expliquer ce phénomène, plusieurs facteurs sont pointés du doigt et surnommés le «triple fléau». Premièrement, les femmes restent majoritairement représentées dans des fonctions plus durement touchées par l’automatisation. Deuxièmement, peu de femmes accèdent aux professions où la croissance des salaires a été la plus prononcée. Enfin, des facteurs permanents comme le manque d’accès à un capital, limitent fortement les possibilités d’emploi de la gente féminine.

Une réalité qui présente deux défis majeurs pour l’économie. Celui des pénuries de compétences chez les femmes dans certaines professions, ce qui freine la croissance et lorsqu’elles possèdent ces connaissances recherchées, une sous-représentation systématique qui provoque un déséquilibre.

Le WEF passe à l’action

Attendre près d’un siècle pour atteindre la parité des genres, le WEF est catégorique. «C’est un calendrier que nous ne pouvons tout simplement pas accepter dans le monde globalisé d'aujourd'hui, en particulier parmi les jeunes générations qui ont une vision de plus en plus progressive de l'égalité des sexes», commente Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du WEF.

Pour ce faire, le WEF a mis en place la plateforme Shaping the Future of the New Economy and Society visant à combler les inégalités. D'ores et déjà une centaine des plus grandes entreprises mondiales ainsi que 100 organisations universitaires et internationales collaborent actuellement avec la plateforme pour promouvoir de nouvelles approches de la compétitivité tout en intégrant l’égalité des sexes.

En outre, les entreprises mobilisées au niveau mondial au sein du programme Hardwiring Gender Parity in the Future of Work se sont engagées à embaucher avant 2022, pas moins de 50 % de femmes aux cinq postes dont l’évolution est la plus rapide. Enfin, le Forum s'est engagé pour montrer la voie à, au minimum, doubler le pourcentage actuel de femmes participant à la réunion annuelle de Davos-Klosters avant 2030.

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Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle décrochait des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle se spécialise actuellement dans la presse écrite économique.

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