Bilan

Un projet phare au service de l’industrie vaudoise

Croissance démographique, densification... Tout le monde veut construire des logements. Mais il faut aussi préserver le tissu industriel.

Le futur centre artisanal et industriel de 43 000 m2 à Cheseaux-sur-Lausanne.

Crédits: Tatyana Tomsickova Photography

L’urbanisation galopante produit des effets pervers. Face à la poussée démographique, une sorte de «priorité au logement» est devenue la règle. Les communes se battent pour obtenir des habitations à prix abordables. Les développeurs s’engouffrent dans la brèche. Et les investisseurs institutionnels s’arrachent les immeubles locatifs pour une raison simple: les rendements dans l’immobilier, même tombés au plus bas, restent beaucoup plus rémunérateurs que ceux des autres classes d’actifs, sans parler du cash qui se voit carrément ponctionné par des intérêts négatifs.

Dans le canton de Vaud, l’attractivité du logement est telle qu’on a commencé à en mettre aussi là où ce n’était pas prévu par la loi: dans les friches industrielles en reconversion. La tendance remonte à une dizaine d’années. Des solutions mixtes ont été acceptées. Ici un EMS, là des logements qu’on qualifie, en profitant d’une zone juridique grise, de «protégés», mais qui, de facto, pourront être loués à tout un chacun.

Confrontées à cette tendance lourde, les autorités cantonales ont décidé de tirer le frein à main. Une démarche audacieuse dans l’un des cantons suisses où la maîtrise du territoire se trouve placée sous la responsabilité des communes. Mais qui ne va cependant pas aussi loin qu’à Genève, par exemple, où la gestion des sites industriels est entièrement en mains publiques à travers la puissante Fondation pour les terrains industriels (FTI).

Cette volonté politique vaudoise est ancrée dans un rapport de septembre 2018 signé par le Service de la promotion de l’économie et de l’innovation (SPEI). Le discours se veut diplomatique: «L’intérêt public et l’intérêt privé peinent parfois à trouver des convergences. Dans ce cas, le système se grippe et les solutions de compromis qui en résultent sont globalement moins favorables.» Mais il a débouché sur des mesures radicales, à savoir le gel des projets situés sur des parcelles affectées en zone industrielle, au nom du combat contre la «tertiarisation des zones d’activité.»

Jean-Baptiste Leimgruber, responsable de l’Unité économie régionale du SPEI, résume les objectifs du canton: «Le contexte actuel de reconversion de zones d’activité en quartiers urbains mixtes (habitants-emplois) entraîne une perte du potentiel d’accueil pour des activités du secondaire. Afin d’assurer le maintien d’un tissu économique diversifié, nous accompagnons donc activement certains projets stratégiques, afin que les activités industrielles et artisanales continuent d’y trouver place avec de bonnes conditions-cadres.»

Le site de Cheseaux-sur-Lausanne, petite commune située à 15 minutes de la capitale vaudoise et desservie par les autoroutes A1 (vers Berne) et A9 (vers Vevey), accueille l’un de ces projets stratégiques soutenus et accompagnés par le canton. Restait à trouver un partenaire privé pour sa politique volontariste. Il s’agit du groupe immobilier EPIC Suisse, à qui un permis de construire vient d’être délivré pour la construction d’un centre artisanal et industriel de 43 000 m2, du jamais-vu en terres vaudoises.

500 à 1000 utilisateurs

Basée à Zurich depuis 2004, EPIC Suisse est l’une des principales sociétés immobilières du secteur, avec un portefeuille de 24 objets (dont une majorité en Suisse romande, par exemple les immeubles du Biopôle au nord de Lausanne), valorisés à 1,3 milliard. La société avait annoncé vouloir entrer à la Bourse suisse en septembre 2020, avant d’y renoncer en raison des incertitudes générées par la crise du coronavirus.

Le projet en question représente un investissement global d’environ 150 millions. Doté d’un restaurant et d’une crèche, il offrira tout ce dont a besoin l’industrie: de grandes hauteurs (5,5 m au rez, 3,5 m à l’étage), d’importantes charges au sol (2 t au rez, 1 t à l’étage) et de vastes surfaces (plateau jusqu’à 5000 m2), avec en outre des quais de chargement/déchargement pour la logistique. Le tout à des loyers situés dans la fourchette basse du marché (environ 140 fr./m2). Si le bâtiment était déjà construit, il aurait pu faire concurrence à Lonza pour la mise en place d’une chaîne de production de vaccins. La commercialisation du projet démarre ces jours, tout comme la dépollution du site, qui sera suivie par les travaux préparatoires jusqu’à l’automne. Selon le type d’activités qui viendront s’y implanter, le site pourrait accueillir entre 500 et 1000 utilisateurs d’ici à la fin de 2023.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

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