Bilan

Turquie: Erdogan lâché par les USA?

Les élections municipales sont un demi-succès pour Recep Tayyip Erdogan, soupçonné de fraudes massives. Les USA seraient en passe de lâcher l'AKP et son chef. Si tel est le cas, ils peuvent peser sur la politique turque par le biais des agences de notation, estime un spécialiste.

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan

Crédits: DR

Même si l'AKP, le parti du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, a quelque peu reculé aux élections municipales du 30 mars, celui-ci n'en est pas moins accusé de fraudes massives. Le succès de l'AKP, déjà relatif au soir du vote, s'est amenuisé au cours des derniers jours: 43,3% au lieu des 45,5% initialement annoncés, nettement moins que les 49,8% de 2011. Des recomptages de voix ont eu lieu dans plusieurs municipalités, souvent en faveur de l'opposition laïque du CHP, notamment à Yalova où l'AKP était en avance d'une seule voix. Finalement, c'est l'opposition qui l'emporte avec seulement six voix, ce qui n'a rien de massif. 

L'attitude critique des laïques peut donc paraître excessive, mais elle est alimentée par des vidéos postées sur Facebook, dont l'origine et la véracité sont difficiles à évaluer. Il reste que la méfiance a été exacerbée quelques jours avant le vote par la publication sur Youtube de l'enregistrement d'une réunion entre quatre hauts personnages de l'Etat, le 15 mars, qui évoquaient ouvertement la planification d'une attaque contre la Syrie. L'opération aurait été précédée d'un coup de main contre un mausolée gardé par 28 soldats turcs mais situé en territoire syrien, une enclave concédée à la Turquie pour des raisons historiques.

La question se pose de savoir qui a posté l'enregistrement sur Youtube: peut-être le chef des services secrets, qui a participé à la réunion mais qu'on dit sympathiser avec Téhéran dont la Syrie est l'alliée, ou alors les Américains, désireux d'enrayer la montée en puissance d'un homme qu'ils ont longtemps soutenu. Si cela se vérifie, cela signifie aussi que les Etats-Unis, sans trop le dire, sont en passe de changer d'attitude en Syrie.

L'hypothèse américaine n'étonne pas Celâl Bayar, petit-fils du 3e président de la République turque, compagnon et dernier premier ministre d'Atatürk. Actif dans le négoce pétrolier, basé à Genève, Celâl Bayar pense que les Américains ont lâché Recep Tayyip Erdogan et qu'ils ont les moyens de faire pression sur la Turquie par le biais des agences de notation: "Ils peuvent couler l'économie turque en quelques semaines", dit-il avant de rappeler que celle-ci a besoin d'accéder au marché international des capitaux pour financer son déficit commercial.

 

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."