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Trump président... quel impact pour l'économie suisse?

L'élection de Donald Trump à la Maison Blanche va ouvrir une nouvelle ère économique aux Etats-Unis. Mais les choix du nouveau président auront des impacts forts à court et moyen terme sur la croissance et la monnaie suisses.

Le protectionnisme prôné par Donald Trump devrait changer le paradigme économique mondial dans les mois à venir.

Crédits: Image: DR

Et si l'avènement de Donald Trump constituait un coup d'arrêt brutal à la vague de mondialisation sur la base du libre-échange entamée au lendemain de 1945? Dans son programme, le candidat républicain a notamment prévu un train de mesures qui relèvent du protectionnisme. Un choix de société qui, s'il n'a jamais été totalement éliminé aux Etats-Unis notamment (avec des barrières douanières, tarifaires et réglementaires maintenues), a largement reculé pour laisser la place aux accords bilatéraux et multilatéraux de libre-échange. Ces dernières années, les critiques de ce modèle venaient de nombreux bords politiques, mais restait marginales parmi les dirigeants au pouvoir. Or, avec Donald Trump, la première puissance économique mondiale pourrait se replier sur elle-même et dresser à ses frontières des barrières pour les produits étrangers. Une perspective qui a effrayé les marchés financiers dès la nuit du 8 au 9 novembre, avec la perspective toujours plus sûre de voir le magnat de l'immobilier accéder à la Maison Blanche.

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Or, la Suisse a de longue date, à l'instar de l'Allemagne, bâti une large partie de sa croissance sur les exportations. Machines-outils, horlogerie, médicaments,... autant de sources de croissance pour l'économie suisse. Mais des situations très contrastées après le vote américain. «A très court terme, la situation est très complexe, estime Michel Juvet, chef stratège et associé de la banque Bordier. Les observateurs sont à la fois surpris par les résultats des élections et par la réaction des marchés, qui va à l'encontre de ce à quoi on s'attendait en cas de victoire de Trump». Une surprise partagée par Bruno Cavalier et Fabien Bossy, économistes chet ODDO Securities: «Au matin du 9 novembre, avec la victoire de Donald Trump, la question se pose s’il faut revoir de fond en comble notre scénario pour les États-Unis».

Une question que se pose aussi Patrice Gautry, chef économiste chez UBP, pour qui «les marchés sont en attente d'éclaircissements, avec des premiers signes qui viendront avec la composition de son équipe, laquelle donnera des indications sur la plateforme électorale. Ce qui est attendu, c'est notamment les choix en matière de dette et de maîtrise de l'inflation. Ensuite on verra s'il pousse les choses par un calendrier doux malgré sa communication forte, ou si les changements seront brutaux».

Relance par la demande en 2017

La plupart des analystes s'attendaient à une année 2017 marquée par une probable récession aux Etats-Unis, avec un resserrement des marges de manoeuvre budgétaires. Or, l'élection de Donald Trump pourrait bouleverser ces prévisions: «Trump est un excessif qui va appliquer très vite son programme et se focaliser sur la croissance à tout prix aux Etats-Unis» prévoit Michel Juvet. «Les projets du candidat républicain sont une relance budgétaire significative, de l’ordre de deux points de PIB, sous la forme principalement de baisses d’impôt pour les ménages et pour les hauts revenus. Il devrait y avoir aussi davantage de dépenses publiques d’infrastructure, ce qui peut soutenir la demande intérieure américaine», détaillent Bruno Cavalier et Fabien Bossy.

L'année 2017 pourrait donc être marquée par d'importantes dépenses publiques américaines. Et à ceux qui seraient tentés d'objecter que les élus républicains du Congrès sont traditionnellement opposés aux politiques de relance par la dépense publique, Michel Juvet rétorque que «les sénateurs et représentants élus grâce à la vague Trump vont suivre ce dernier, au moins pendant les premiers mois, et ne pourront pas s'opposer à lui avant qu'il ne commette ses premières erreurs manifestes ou ne rencontre ses premiers revers». Le déficit pourrait donc être creusé davantage, ce qui risque de rajouter une pression sur les taux d'intérêt à long terme.

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Cependant, le volet protectionniste du programme va avoir d'autres impacts: la fermeture du marché américain aux produits étrangers (via des barrières douanières, taxes et réglementations) devrait renchérir ces derniers et provoquer de l'inflation. Pour certains partenaires économiques des USA, cela pourrait se révéler désastreux: le marché américain pourrait notamment être moins accessible aux constructeurs automobiles européens ou asiatiques, aux géants de l'agroalimentaire européen, aux fabricants de terminaux technologiques asiatiques,... «L’implication économique est un risque de protectionnisme, voire de frictions commerciales. L’expérience historique ne suggère pas qu’il y ait là quoi que ce soit à gagner, ni pour les États-Unis, ni pour le reste du monde», estiment les analystes d'ODDO Securities. Les pays émergeants où la production manufacturière américaine a été délocalisée ces dernières décennies figure en priorité dans le viseur du nouveau président.

Le franc suisse pourrait

se renforcer face à un euro faible

Et la Suisse dans tout ça? Certains pourraient en pâtir comme Nestlé. «Mais globalement, les périodes de forte croissance aux Etats-Unis sont souvent positives pour la Suisse, avec une croissance qui poussera la consommation américaine de produits pour lesquels il n'y a pas d'équivalents américains, depuis les montres jusqu'aux traitements de santé», estime Michel Juvet. D'ailleurs, les pharmas helvétiques ont une autre raison de se réjouir de l'élection de Donald Trump: sous la pression de l'aile gauche du parti démocrate et de Bernie Sanders, Hillary Clinton avait annoncé une politique plus stricte vis-à-vis des firmes pharmaceutiques; tandis que Donald Trump a mis au coeur de son programme le démantèlement de l'Obamacare, ce système d'assurance-santé qui assurait une couverture à l'ensemble de la population.

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Quant au marché des devises, l'impact à court terme devrait être limité pour le franc suisse: Michel Juvet ne voit pas de tendance claire sur le dollar et pas de raison déterminante pour les investisseurs de se précipiter sur le franc. Les répercussions pourraient par contre se situer d'ici quelques mois. «Avec l'élection de Donald Trump, on se rend compte que les électeurs populistes sont décomplexés. Cela pourrait se traduire dans les urnes lors des échéances électorales des mois à venir en Europe, avec le référendum en Italie fin novembre, et les élections en France et aux Pays-Bas au premier semestre et en Allemagne au deuxième semestre 2017: si les forces opposées à l'euro réalisent des scores élevés, nous allons assister à un affaiblissement de la monnaie unique européenne et le franc s'appréciera», envisage Michel Juvet.

Si ce scénario venait à se réaliser, le choc pourrait être au moins aussi violent que l'abandon du taux plancher franc-euro le 15 janvier 2015. Et avec 53,71% d'échanges commerciaux avec l'Union européenne (contre 13,52% avec les Etats-Unis, chiffres 2015), notre pays pourrait voir l'ensemble de son économie pénalisée. Pour Patrice Gautry, il faudra voir dans les mois à venir quelles valeurs refuges seront tirées vers le haut en cas de recul du dollar: «Il n'y a pas que le franc suisse parmi les actifs de protection, mais aussi le yen, les obligations, l'or. Ce dernier a réagi immédiatement à l'élection de Donald Trump: voyons si ça se calme ou si la tendance se confirme. La Banque nationale suisse (BNS) a été très claire sur ses possibilités d'intervention au cas où de fortes turbulences toucheraient la devise nationale».

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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