Bilan

Trois entreprises suisses dans le top 20 mondial des sociétés familiales

Après les Etats-Unis, la Suisse est le pays qui place le plus grand nombre d'entreprises dans le top 20 mondial des sociétés familiales: Novartis et Roche squattent le podium tandis que Richemont émerge à la 16e place.
  • Au nombre de sociétés familiales présentes dans le top 20 mondial des groupes majoritairement détenus par le fondateur ou ses descendants, la Suisse se place en 2e position avec trois représentants, derrière les Etats-Unis.

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  • Novartis est le premier groupe familial au monde en termes de valorisation boursière.

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  • L'autre grande pharma bâloise, Roche, se hisse au 2e rang mondial des sociétés familiales.

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  • Richemont complète le trio helvétique du top 20 mondial à la 16e place.

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  • Sur la période 2006-2015, le rendement des capitaux propres a été largement plus élevé pour les sociétés familiales que pour le marché global.

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C'était le modèle dominant de l'économie de marché au XIXe siècle et au début du XXe siècle, il rime avec stabilité et longévité, mais il a été largement remis en cause ces dernières années sur les marchés financiers: le capitalisme familial conserve cependant ses défenseurs et présente toujours de nombreux atouts, avec notamment des performances boursières intéressantes, comme le rappelaient nos confrères de Challenges.

Dans son étude CS Global Family 900 universe, Credit Suisse analyse les opportunités offertes par ces firmes dont le capital reste largement entre les mains d'une famille (souvent celle du fondateur). Les experts de la banque suisse ont analysé au niveau mondial un panel de 920 groupes familiaux et mesuré le taux de rendement des capitaux propres sur la période 2006-2015: sur une base 100 calculée au 1er janvier 2006, l'indice FB Basket (Family business) a dépassé la valeur de 200 au terme du premier trimestre 2015, tandis que son indice global MSCI ACWI plafonne à 140.

Rendement des capitaux propres 2006-2015 entre les sociétés familiales et les autres

Une tendance mondiale qui recoupe des différences régionales. Ainsi, si les groupes familiaux asiatiques et issus des marchés du Moyen-Orient et d'Afrique ont largement surperformé par rapport aux marchés, les rendements des capitaux propres ont été moins élevés que ceux du marché pour les sociétés familiales européennes et nord-américaines. «Un rendement du capital propre plus bas dans les marchés développés est symptomatique de stratégies plus conservatices, ainsi que de priorités plus amples que les seuls gains financiers pour les familles détentrices de sociétés», explique Richard Kersley, Head of Global Equity Research Product au sein de la division investissement de Credit Suisse.

D'autres caractéristiques distinguent les sociétés familiales des autres. Avec notamment une plus faible part des budgets alloués à la recherche et au développement. Aux Etats-Unis, les groupes familiaux accordent 25% de moins de fonds à la R&D que l'ensemble du marché, tandis qu'en Europe c'est 20% de moins. Selon Richard Kersley, cette différence peut s'expliquer par deux phénomènes: «Un style de management plus conservateur, mais aussi, selon nous, d'une R&D plus efficace au regard de retours sur investissements moins élevés».

Des lignées plus durables en Europe qu'aux USA

Reste le cas épineux de la transmission d'entreprise. Dans les pays développés, l'Europe connaît une proportion de sociétés familiales de longue date plus importante que les Etats-Unis: plus de 30% des groupes familiaux en sont à leur cinquième génération au moins sur le vieux continent, contre moins de 15% aux Etats-Unis. Sur les marchés émergents, le décollage plus récent des économies ne permet pas de voir autant de lignées anciennes, mais l'Amérique latine semble plus proche d'un modèle de transmission durable que l'Asie (5% de cinquième génération et plus contre moins de 2%), tandis que le Moyen-Orient et l'Afrique ne connaissent quasiment aucune sucess-story familiale ayant dépassé la quatrième génération. Mais ces situations pourraient évoluer dans les années à venir avec la maturation des économies des pays émergents.

Part des groupes familiaux détenus par les différentes générations après le fondateur

Le maintien du capital de l'entreprise au sein de la famille dépend également du secteur d'activités. Selon les experts de Credit Suisse, la transmission durable est plus pérenne dans le cas de sociétés disposant d'actifs tangibles que dans ceux de compagnies spécialisées dans la propriété intellectuelle. Une société active dans le domaine du commerce de détail ou de l'immobilier sera ainsi plus facilement transmise de génération en génération qu'une société spécialisée dans les technologies de l'information et de la communication. L'étude Credit Suisse pointe aussi le domaine de la santé comme un secteur propice à la vente précoce des sociétés familiales.

Novartis, Roche et Richemont

Pourtant, le classement mondial vient atténuer cette dernière analyse: les deux plus importantes sociétés au monde à être détenues (majoritairement) par des familles sont dans le secteur pharma. Et elles sont suisses! Novartis (279 milliards de dollars de valeur boursière) et Roche (254 milliards) sont entre les mains respectivement des familles Sandoz (via la Fondation Sandoz présidée par Pierre Landolt) et Oeri-Hoffmann (avec un pacte d'actionnariat comprenant notamment Andreas Oeri et André Hoffmann, qui siègent au conseil d'administration).

Les deux «cousines bâloises» devancent le géant américain de la grande distribution Walmart, dont la valeur boursière est estimée à 241 milliards de dollars et qui appartient principalement à la famille Walton.

Une troisième entreprise suisse se glisse dans le top 20 mondial: Richemont, n°2 mondial du luxe derrière LVMH reste entre les mains de la famille Rupert et notamment du fondateur Johann Rupert qui a installé sa société à Genève voici bientôt trente ans. Sa valeur boursière est évaluée à 46 milliards de dollars, avec des fleurons tels que Cartier, IWC ou encore Montblanc.

Avec ces trois fleurons de son économie, la Suisse se positionne en deuxième position pour le nombre de groupes familiaux au sein du top 20 mondial. Il n'y a que les Etats-Unis qui placent davantage de sociétés dans ces 20 premières places (8). Hong-Kong et l'Inde placent deux sociétés.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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